ArmmA

ARmorial Monumental du Moyen-Âge
Afficher la recherche

Rechercher dans le site

Recherche héraldique

Molsheim, chapelle de l’hôpital de la Vierge

L’actuelle église de la Sainte-Trinité et de Saint-Georges de Molsheim, dite « des Jésuites » (base Mérimée), est bâtie à l’emplacement de l’ancien hospice diocésain, fondé par l’évêque de Strasbourg Jean Ier de Dirpheim ou Dürbheim (1306-1328), à la suite de la « peste » qui ravagea la plaine d’Alsace entre 1313 et 1316. La construction de l’hôpital de la Vierge s’étala du 6 septembre 1316 au printemps 1319, date à laquelle la chapelle de l’établissement, également placée sous le vocable de la Vierge, était achevée (Oswald 2008, p. 119-120). Richement dotée par l’évêque, l’institution s’apparentait à un petit chapitre avec ses sept prébendiers attestés dès les années 1320 (Oswald 2008, p. 121-122) aux côtés d’un chapelain et de sœurs hospitalières (Oswald 2020, p. 112).

Matthaüs Merian, Vue de Molsheim, détail de la capelle de l’hôpital de la Vierge, 1600-1610 (Merian, Matthaüs et Zeiller, Martin, Topographia Alsatiae, Francfort-sur-le-Main, 1643-1644, p. 34).

Signe de son rayonnement et de sa prospérité aux XIVe et XVe siècles, sa chapelle fut élue comme lieu de sépulture non seulement par son fondateur, dont subsiste le gisant armorié (armoirie 1), mais aussi par l’un de ses successeurs, Guillaume II de Diest († 1439), dont une stèle commémore l’élection en 1394 (armoirie 2) ainsi que par des filles de nobles de la région, Anne d’Andlau et d’Adélaïde de Mullenheim (armoiries 3-4 et 5-6). Encore florissant à la fin du XVe siècle, l’hôpital périclita au siècle suivant, comme l’indique en 1550 le transfert des prébendes à l’ancienne église paroissiale romane Saint-Georges, aujourd’hui disparue (Oswald 2008, p. 127).

On ne sait quasiment rien de la chapelle médiévale, qui, d’après la gravure de Merian représentant la ville vers 1600-1610, était constituée d’une nef gothique surmontée d’un clocheton (Oswald 2020, p. 109). Si, à la suite des travaux de restauration entrepris en 1987, il est certain que l’actuelle chapelle de la Vierge a remplacé celle de l’hôpital, on ignore ce qui a pu perdurer de l’ancien édifice, dont ne subsiste par ailleurs qu’une clé de voûte sculptée et un fragment de vitrail (Oswald 2020, p. 111). Les travaux ont mis au jour de solides fondations médiévales ainsi que les monuments funéraires aujourd’hui exhumés et exposés dans les deux chapelles du transept (armoiries 2-6) (Oswald 2008, p. 128-129).

Molsheim, église de la Sainte-Trinité et de Saint-Georges (dite « des Jésuites »), vue de la nef.

Avec l’installation des jésuites en 1580, Molsheim devint l’épicentre de la réforme catholique en Basse-Alsace. Ce qui restait de l’hôpital et de ses revenus leur fut alors concédé par l’évêque Jean IV de Manderscheid-Blankenheim (1569-1592). La chapelle leur servit d’église mais fut pillée en 1610, pendant la guerre de Juliers-Clèves (Barth 1964, p. 3-5). En complément du collège achevé en 1614, le prince-évêque Léopold V d’Autriche-Tyrol (1608-1625) décida la construction d’une collégiale. Confié à l’architecte Christophe Wambser (ca. 1575-1649), l’édifice fut bâti entre janvier 1615 et octobre 1617 et consacré le 26 août 1618 à la Trinité, à la Vierge, à saint Augustin, à saint Materne et aux saints de la Légion thébaine (Barth 1964, p. 5-6). Long de 72 m et large de 34 m, c’est une des plus grandes églises d’Alsace, qui répondait aux attentes des religieux avec sa grande nef destinée à l’accueil des fidèles, son chœur de taille modeste, sa très grande luminosité et sa tribune pour les collégiens (Gaymard 2015, p. 60-61). Cette église unique parmi les réalisations des jésuites (elle n’a comme équivalent que celle de Cologne, due au même architecte), est gothique avec certains éléments renaissance (Gaymard 2015, p. 63-66).

Armoirie de Léopold V d’Autriche-Tyrol. Molsheim, église de la Sainte-Trinité et de Saint-Georges (dite « des Jésuites »).

De la décoration initiale des murs, dont les derniers vestiges ont été effacés dans les années 1970, ne subsistent que les gypseries baroques des chapelles latérales dédiées respectivement à saint Ignace de Loyola dans le transept nord – où figurent sur la clé d’arcade du petit chœur, les armes de Léopold d’Autriche-Tyrol (Oswald 2015, p. 83-85), et à la Vierge dans le transept sud. Celle-ci fut rénovée en 1686 à l’instigation, et aux frais, de l’évêque co-adjuteur de Strasbourg, Gabriel Haug (1646-1691), comme le rappellent une inscription commémorative ainsi que ses armoiries sur la clé d’arcade du petit chœur (Oswald 2015, p. 80-81).

Le bâtiment n’a pas subi de modification majeure depuis lors. Après la suppression de l’ordre en 1765, l’église est devenue église paroissiale catholique en 1791, en remplacement de l’église romane qui menaçait ruine et fut détruite. Elle a été classée aux monuments historiques le 25 avril 1939.

Auteur : Thomas Brunner

Pour citer cet article

Thomas Brunner, Molsheim, chapelle de l’hôpital de la Vierge, https://armma.saprat.fr/monument/molsheim-chapelle-de-lhopital-de-la-vierge/, consulté le 01/12/2021.

 

Bibliographie études

Barth, Médard, L’église paroissiale de Molsheim, ancienne église des Jésuites, Strasbourg 1964.

Gaymard, Daniel, « Étude architecturale de l’ancienne église des Jésuites. “Une église pas comme les autres” », dans Oswald, Schlaeffli, Les Jésuites à Molsheim…, p. 59-72.

Oswald, Grégory, « Molsheim, église Saint-Georges (ancienne église des Jésuites) », Congrès archéologique de France, CLXII, Strasbourg et Basse-Alsace, Paris 2006, p. 61-67.

Oswald, Grégory, « L’hôpital des pauvres de Molsheim, de sa fondation (1316), à la fin du XVIe siècle », Annuaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Molsheim et environs, 2008, p. 119-132.

Oswald, Grégory, « Le mobilier ancien et les trésors artistiques de l’église des jésuites », dans Oswald, Schlaeffli, Les Jésuites à Molsheim…, p. 73-102.

Oswald, Grégory et Schlaeffli, Louis (dir.), Les Jésuites à Molsheim et ses environs (1580-1765), Molsheim 2015 (Histoire & Patrimoine, 4).

Oswald, Grégory, Molsheim au Moyen Âge (vers 820-1525), Molsheim 2020 (Histoire & Patrimoine, 7).

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Aucune armoirie n'a été répertoriée dans ce monument.

Recherche

Menu principal

Haut de page