Rennes, tour Duchesne
La tour Duchesne (ou du Chesne), parfois dite de la Vieille Monnaie ou à Piron (Banéat 1904, p. 451), est un des derniers vestiges de l’enceinte médiévale de Rennes. Située dans le prolongement de la porte Mordelaise, elle participait à la défense de la partie ouest de la muraille de la Vieille ville correspondant à la cité tardo-antique. Reconstruite en 1444 sur la base d’un ouvrage antérieur (Le Boulch 2020, t. 1, p. 69), lors des travaux de restructuration des fortifications urbaines, elle servit successivement de logis au portier de la ville au XVe siècle, de prison au XVIe siècle, mais aussi pour le jeu du tir au papegaut de 1460 à 1680 (Banéat 1904, p. 451).

Arquebusiers tirant au papegault sur la tour Duchesne, dans Rennes, AM, CC 659, Confrérie du papegault : rôle des rois, prévôts et chevaliers, 1587, p. 5.
Une enluminure du Rolle de la confrérie du papegault, rédigé à partir de 1587, offre une représentation de la tour Duchesne au XVIe siècle, qui n’est certes pas totalement réaliste, mais reste crédible dans l’ensemble (Rennes, AM, CC 659, s.f.). On y voit deux arquebusiers tirant sur une cible en forme d’oiseau doré, placé au sommet d’un mât dressé à la pointe du toit. Par une large fenêtre carrée percée dans les murs, on aperçoit trois hommes buvant du vin. Sur le haut des vitres, deux écussons sont dessinés (armoiries 1a, 2). Le premier porte un palé d’argent et de sable au chef herminé (armoirie 1a) qui correspond aux armes de la ville de Rennes, en usage depuis au moins 1532 (Hamon 2010) mais datant vraisemblablement du XVe siècle puisque plusieurs sources de cette époque attestent de leur existence mais sans cependant en fournir une description (Leguay 1981, p. 109). Le second (armoirie 2) arbore une croix noire sur champ d’argent qui reprend l’emblème national de la croix noire bretonne (Hablot 2006). Il ne s’agit pas en l’occurrence de véritables armoiries, puisque ces emblèmes figurent plutôt à l’origine sur des enseignes et des livrées, mais aux XVe et XVIe siècles cette composition est également héraldisée et, donc, reproduite sur des écus.

Arquebusiers tirant au papegault sur la tour Duchesne, détail du drapeau aux armes de la ville et du gouverneur. Dans Rennes, AM, CC 659, Confrérie du papegault : rôle des rois, prévôts et chevaliers, 1587, p. 5.
Sur la même représentation de la tour, un grand drapeau rouge semé de croisettes noires est également visible, planté dans la fenêtre d’une lucarne. Il porte deux grands écus armoriés : le premier montre une nouvelle fois les armes de la ville (armoirie 1b), tandis que le second affiche une armoirie d’argent au lion de gueules à la fasce de sable brochante chargée de trois molettes d’or (armoirie 3). Nous y reconnaissons les armes de la maison de Marec (Marrec ou Marc’hec) une famille d’origine locale qui donna plusieurs grands officiers à la ville et au Parlement de Rennes (Potier de Courcy 1890, p. 233). L’écu figuré sur la tour Duchesne, dans lequel les molettes d’or remplacent les molettes d’argent que l’on retrouve habituellement sur les armes de la famille, faisait sûrement référence à René, gouverneur de la ville de 1583 à 1605 (ibid.), qui s’illustra durant la guerre de la Ligue, en étant assiégé dans la porte Mordelaise (Hozier 1884, p. 240 ; Répertoire breton). Ainsi, les armoiries affichées côte à côte rendent comptent des deux autorités placées à la tête de la cité qui en assuraient le gouvernement : le corps de ville, expression de la bourgeoisie locale, et le gouverneur, nommé par le roi.
En plus de ce décor éphémère, nous ignorons si la tour Duchesne était déjà ornée d’armoiries au XVe siècle. Une vue de la ville de Rennes datée de 1543 (Paris, BnF, dép. Cartes et plans, GE EE-146 (RES), Cours de la Vilaine de Redon à Rennes en vue cavalière, 1543, p. 25) offre une première représentation de l’édifice, qui ne présente qu’un simple toit en poivrière et des mâchicoulis sans autre ornementation. La mise en place d’un décor héraldique lors de la construction du monument reste cependant plausible, puisque de très nombreuses tours de l’enceinte de la ville affichaient généralement, si ce n’est systématiquement, les armes ducales à leur sommet (tours Gaye, Le Bart, d’Apigné, de Saint-Yves, des Carmes, de Plaisance, de Chicogné, et de l’Horloge).







