Poitiers, église Notre-Dame-la-Grande
Édifice symbole de la ville et chef d’œuvre reconnu de l’art roman, l’église Notre-Dame-la-Grande fut érigée en deux phases distinctes au XIe-XIIe siècle sur un édifice plus ancien et consacrée en 1086 (Camus, Favreau, Jeanneau 1995 ; Andrault-Schmitt, Camus 2002 ; base Gertrude). Composée d’une nef flanquée par deux collatéraux, l’église termine dans un chevet à déambulatoire doté de chapelles rayonnantes. Collégiale et en même temps paroissiale, à la fin du Moyen Âge l’édifice fit l’objet d’une dévotion particulière de la part des paroissiens qui d’un côté multiplièrent, par leurs testaments, la création de messes et services particulières, de l’autre obtinrent, sous le payement d’un tarif établi (Andrault-Schmitt, Camus 2002, p. 27) et à partir du XIIIe siècle (ibid., p. 51), le droit d’être enterrés dans l’église même ou dans son cloître et non plus seulement dans le cimetière qui se trouvait près du chevet (Camus, Favreau, Jeanneau 1995, p. 18). Non seulement les habitants de la paroisse bénéficièrent toutefois de ce privilège qui semble avoir été accordé également à d’autres personnages (comme les Du Fou), de toute évidence très influents dans la cité, habitant dans d’autres zones de la ville.
L’église devint ainsi un des lieux privilégiés de l’expression du rang de la part des familles formant l’élite poitevine. Dès le début du XVe siècle, les lignages les plus puissants et fortunés purent donc exercer leur activité de mécènes notamment à travers la réalisation d’œuvres destinées à l’ornementation de l’édifice – c’est le cas de Jacques Boilève qui fit refaire deux vitraux du chœur « tam in lapide quam vitro » obtenant la permission d’y mettre « arma sua » (Crozet 1942, num. 647, p. 167, 22 septembre 1476) (armoiries 1a-?) –, l’installation de sépultures ou, principalement, la construction de chapelles particulières ouvertes sur les bas-côtés de l’édifice et autour de son chevet. La plupart de ces chapelles se concentra sur le côté nord, rétrécissant ainsi progressivement la gallérie sud du cloître (Crozet, Clément 1939-1941, p. 500 ; les vestiges de ce dernier seront définitivement démolis en 1859). À partir de 1420 et jusqu’à 1538 plusieurs chapelles furent donc érigée, d’abord autour du chevet, parfois à l’emplacement de structures préexistantes (la chambre du trésor pour la chapelle Fumé, une des chapelles romanes pour celle du Fou), puis tout au long du collatéral nord, procédant de la façade vers le chevet. Seulement la chapelle des Claveuirier semble avoir été en revanche ouverte sur le collatéral sud (Favreau 1995, p. 85). L’origine de ce choix n’est pourtant pas liée exclusivement à des intentions pieuses. L’église constituait aussi un des pôles de la vie civile de la ville de Poitiers au Moyen Âge, vu que les conseils municipaux se réunissaient assez souvent à son intérieur ou dans ses cloîtres et que des cérémonies, religieuses comme séculières, y se tenaient régulièrement (Camus, Favreau, Jeanneau 1995, p. 26) dans les années 1470-1513 (Andrault-Schmitt, Camus 2002, p. 33).
Une mise en signe héraldique particulièrement soignée caractérise ces interventions monumentales : les armes des constructeurs et de leurs familles émaillent ces nouveaux espaces, comme il arrivait d’une manière constante à cette époque dans l’architecture sacrée régionale. Nous le voyons, sur le côté nord, dans les chapelles Potier, Fresneau, Citoys, Gilliers, Fumé, dans celle du chapitre aussi bien que dans la IVe et la Vechapelle, mais aussi dans la chapelle Boinet, ouverte sur le côté sud de la chapelle d’axe, et notamment dans celle Du Fou, également érigée sur le côté sud du chœur. Par rapport aux éléments armoriés visibles dans d’autres églises de la region, les représentations héraldiques visibles dans l’église Notre-Dame se signalent pour deux raisons : pour la qualité souvent très élevée de leur exécution et pour leur distribution qui vise à signaler, depuis la nef ou même dès l’extérieur du bâtiment, les noms des bienfaiteurs propriétaires des nouvelles chapelles. En outre, sur les tombeaux et les autels étaient parfois placés des statues ou des bustes des patrons (Andrault-Schmitt, Camus 2002, p. 27-28) ou, encore, des portraits peints étaient accrochés au mur (Crozet 1942, p. 241, num. 906, 25 avril 1541) pour certifier l’identité des commanditaires et des défunts, d’ailleurs déjà énoncée « en signes » par l’héraldique.
Il ne faudra pourtant oublier que d’autres décors héraldiques, disparus par la suite sans laisser aucune trace, furent mis en place dans l’église lors d’événements particuliers. « Huit grands escussons » aux armes du roi furent notamment payés par le chapitre au peintre Denis Gordet, qui les avait réalisés à l’occasion du service fait pour la mort de Louis XI (Crozet 1942, num. 677, p. 174, 27 octobre 1483) (armoiries 2a-h), tandis que six écus armoriés avaient été faits réaliser à la mort de la reine (Andrault-Schmitt, Camus 2002, p. 33) (armoiries 3a-f).






