ArmmA

ARmorial Monumental du Moyen-Âge
Afficher la recherche

Rechercher dans le site

Recherche héraldique

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Les travaux de restauration de la chapelle Saint-Jacques de Merléac, achevés en 2017 ont permis de restituer le décor héraldique ornant les intrados des arcades des colonnades, décor devenu quasiment invisible depuis le chaulage de l’ensemble à l’époque moderne et donc très rarement signalé jusqu’ici. Henri Frotier de la Messelière, qui relève par exemple les armes des vitraux, ne signale pas ce programme peint et la couverture photographique de la base Gertrude confirme bien (à la date de mise en ligne de la notice) cet oubli du programme héraldique.

Merléac, chapelle Saint-Jacques, interieur avant les travaux de dégagement des peintures héraldiques, à cette époque presque invisibles (base Gertrude).

Chacune des onze voûtes (les dix des travées et celle du retour du clocher) se divise en six grands écus bannière qui occupent la totalité de l’arcade. Sur l’ensemble de ces 66 écus bannière se répètent cinq armoiries distinctes : les armes ducales de Bretagne (armoirie 1), placées en double de part et d’autre de l’arête sommitale de l’arcade et dont les mouchetures hermines sont traitées en ocre rouge (et non en noir) en raison de la palette du peintre ; les armes de Rohan (armoirie 2), qui occupent l’espace médian de l’arcade en alternance avec les armes de Penthièvre (armoirie 3) ; les armes d’Avaugour (armoirie 4), faisant face à celles des Boterel de Quintin (armoirie 5).

Si la hiérarchie des fiefs (duché au sommet, comté/vicomté au centre, seigneuries en bas) est toujours respectée, les combinaisons s’intervertissent en fil du décor sur les côtés opposés des arches associant parfois Rohan et Avaugour ou Penthièvre et Quintin. La disposition des armoiries n’est pas fortuite, mais semble répondre à un programme bien établi (Hablot 2019). La répétition des armes ducales, affrontées au sommet des arcades, invite en effet à voir dans ce décor une allusion à la guerre de succession de Bretagne suivant la mort du duc Jean III en 1341 et à l’utilisation conjointe des armes aux hermines, depuis au moins 1361, par les deux rivaux, Jean de Montfort (†1399) et Charles de Blois (†1346), comme le confirment leurs sceaux (pour les sceaux de Charles de Blois, voir Sigilla ; pour les sceaux de Jean IV de Montfort, voir Sigilla).

Merléac, chapelle Saint-Jacques, intérieur de la nef vers le chœur.

Ce thème des hermines affrontées est d’ailleurs mis en scène dans les miniatures contemporaines relatives à ces évènements (Cassard 1994 ; Hablot 2019). L’association répétée sur plusieurs arcades des armes de Bretagne, de Penthièvre et d’Avaugour renvoie assurément à Jeanne de Penthièvre (+1384), duchesse de Bretagne, comtesse de Penthièvre et Dame d’Avaugour, épouse de Charles de Blois. Elle fait mention de ces trois armoiries (complétées de celle de la vicomté de Limoges) sur son deuxième sceau connu dès 1369 (Sigilla). Selon les principes de mise en signe des édifices, la duchesse est mise en place d’honneur puisque ses trois armoiries (Bretagne, Penthièvre, Avaugour) amorcent le programme sur la première demi-arche située à gauche de l’autel au contact du chevet.

Merléac, chapelle Saint-Jacques, détail du cycle héraldique couvrant l’intrados des arcades.

Comme on le sait, la mort de son époux Charles de Blois sur le champ de bataille d’Auray (1364) impose son rival Jean IV de Montfort comme duc de Bretagne. Le premier traité de Guérande (1365), s’il concède à Jeanne l’usage du titre et des armes de duchesse de Bretagne, ne ramène pas la paix civile dans la région. Jean Ier de Rohan (†1396) et son gendre Jean III Boterel (†1381), seigneur de Quintin et époux de sa fille Marguerite, font partie des piliers du parti blésiste et des plus fidèles soutiens de Jeanne de Penthièvre, encouragés par leurs alliances réciproques avec la famille de Clisson, très hostile aux Montfort et peut-être évoquée dans la maîtresse-vitre. Les armes de Rohan et de Quintin qui complètent ce décor (armoiries 2, 5) évoquent très probablement ces deux personnages.

La menace d’annexion de la Bretagne par Charles V (1378), suscitée par l’exil de Jean IV rejeté par une part importante de sa noblesse, encourage toutefois l’union sacrée des Bretons derrière leur duc et conduit au second traité de Guérande de 1381. Jean Ier de Rohan joue dès lors un rôle capital dans le ralliement des élites blésistes à la cause Montfort. Cette politique aboutira à l’union de son petit-fils Alain IX (†1462) avec la fille du duc Jean IV, Marguerite de Bretagne (†1428) en 1407. C’est donc sans doute entre le second traité de Guérande (1381) et la mort de Jeanne de Penthièvre (1384) qu’est réalisé ce décor d’action de grâce célébrant le rôle du vicomte de Rohan dans le retour de la paix civile dans le duché.

Merléac, chapelle Saint-Jacques, détail du cycle héraldique couvrant les arcades et armes et devises de Jean Ier de Rohan dans le bas-côté sud (vers 1380 ?).

Sa personne est d’ailleurs soulignée par le décor peint au revers des grands murs surmontant les arcades, exactement en face de la petite entrée ouverte sur la face sud de l’édifice – porte du vicomte – sur lequel figure, aux côtés d’un grand Christ du Jugement dernier, un grand écu aux armes de Rohan à 7 macles, supporté par deux anges et posé sur un fond d’ocre jaune semé de cygnes colletés d’un phylactère peints au pochoir en ocre rouge (armoirie 6). Ce même emblème, que l’on nomme alors une devise, se retrouve sur une unique empreinte conservée d’un petit signet apposé au bas du sceau en pied du vicomte, sur un acte de reconnaissance du duc Jean IV passé en 1380.

Ce magnifique décor héraldique retrouvé, datable entre 1381 et 1384 et peut être complété d’autres éléments disparus (des armes pouvaient avoir été sculptées, selon une pratique courante à l’époque, au-dessus la porte seigneuriale ou sur la façade) sera plus tard complété par Alain VIII dont les armoiries sont apposées sur la maîtresse vitre (1402) et par Alain IX dans le cycle peint des murs intérieurs (vers 1420).

 

Auteur : Laurent Hablot

Pour citer cet article

Laurent Hablot, Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques), https://armma.saprat.fr/monument/merleac-chapelle-saint-jacques-nef-voutes-darcades/, consulté le 01/12/2021.

 

Bibliographie études

Cassard Jean-Christophe, « Les hermines affrontées », Histoire et politique. Mélanges offerts à Edmond Monange, Brest 1994, p. 11-21.

Hablot, Laurent, « La concorde par les armes. Le programme héraldique de la chapelle Saint-Jacques de Merléac, un discours de paix civile dans la Bretagne des XIVe-XVe siècle », dans X.-L. Salvador (dir.), Paroles et images sur le commencement : le discours des peintures de la chapelle de Merléac, Caen 2019, p. 45-60.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Bretagne (armoirie 1)

D’hermine plain.

  • Attribution : Jeanne de Penthièvre ; Bretagne de ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ; Travée sous clocher ;
  • Emplacement précis : Arc ; Ière travée ; IIème travée ; IIIème travée ; IVème travée ; Vème travée ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Rohan (armoirie 2)

De gueules à neuf macles d’or.

  • Attribution : Rohan famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ; Travée sous clocher ;
  • Emplacement précis : Arc ; Ière travée ; IIème travée ; IIIème travée ; IVème travée ; Vème travée ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Penthièvre (armoirie 3)

D’hermine à la bordure de gueules.

  • Attribution : Penthièvre famille ; Jeanne de Penthièvre ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : Arc ; Ière travée ; IIème travée ; IIIème travée ; IVème travée ; Vème travée ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Avaugour (armoirie 4)

D’argent au chef de gueules.

  • Attribution : Avaugour famille ; Jeanne de Penthièvre ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ; Travée sous clocher ;
  • Emplacement précis : Arc ; Ière travée ; IIème travée ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Boterel de Quintin (armoirie 5)

D’argent au chef de gueules au lambel de cinq pendants d’or brochant.

  • Attribution : Boterel de Quintin famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : Arc ; Ière travée ; IIème travée ; IIIème travée ; IVème travée ; Vème travée ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques). Armoirie Jean Ier de Rohan (armoirie 6)

De gueules à 16 macles d’or.

Tenant : deux anges.

Devise : des cygnes colletés.

  • Attribution : Rohan Jean Ier de ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Bas-côté sud ;
  • Emplacement précis : IIème travée ;
  • Support armorié : Mur nord ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1376-1400 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (peintures héraldiques)

Recherche

Menu principal

Haut de page