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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre)

La maîtresse vitre de la chapelle Saint-Jacques de Merléac est une vaste baie vitrée de 8,5 mètres de haut pour 4,45 m de large, datée de 1402. Portant à sa base le nom de son créateur, G. Béart et sa date d’assemblage (« G. BEART FIST CESTE VITRE LAN M IIIIc E II »), elle est considérée comme une des plus anciennes baies conservées de Bretagne. Guillaume Béart, imagier et doreur à Rennes est connu pour avoir également travaillé en 1408 pour l’église Saint-Pierre de Rennes et plusieurs membres de sa famille sont intervenus sur des vitrages de la région (Couffon 1936, p. 95-101 ; Barral i Altet 1987 ; Gatouillat, Herold 2005, p. 100-102.).

Le pavé rectangulaire de huit lancettes trilobées consacrées à la Passion et à la légende de saint Jacques est surmonté d’un tympan ogival, centré par une rose portant la sainte Face à douze rayons ornés du Credo apostolique (les douze apôtres portant des phylactères citant les douze articles du Credo) et complété à sa base de deux rhombes de quatre quadrilobes, d’écoinçons latéraux portant de grands motifs floraux, des anges musiciens, des chérubins porteurs de couronnes et des anges énonçant le Sanctus. Un rang de six trilobes complétés de quelques ajours supportent un vitrage de verre rouge semé des macles d’or des Rohan qui se répètent, très discrètement dans l’écoinçon du sommet de l’ogive, en situation de prééminence (armoiries 1). Compte tenu de la date apposée sur la maîtresse-vitre ces armoiries renvoient au vicomte Alain VIII († 1429) qui a succédé en 1396 à son père Jean Ier, probable commanditaire du programme héraldique des arcades.

Merléac, chapelle Saint-Jacques, maîtresse vitre (<lavieb-aile.com>).

Sous ce tympan, le vitrail est divisé par sept meneaux dégageant huit lancettes de sept panneaux chacune, occupées, pour la moitié supérieure du pavé par deux ensembles superposant en deux registres huit scènes de la Passion du Christ et huit scènes de la vie de saint Jacques. Les trois derniers panneaux de chaque lancette, soit 24 panneaux, forment une vaste tenture de damas formée de petits losanges sur lesquels sont figurés en grisaille divers oiseaux, motifs floraux ou végétaux et dont les bordures sont semées de motifs emblématiques (Couffon 1936, p. 95-101 ; Cordier 2017). Les panneaux supérieurs de la cinquième, sixième et septième lancette portent, sur des losanges de couleur, des écus armoriés (armoiries 2-3).

Les motifs semés en bordure alternent des coquilles, probable allusion à saint Jacques dont c’est l’emblème du pèlerinage, et des couronnes surmontant parfois des rosettes, une lettre a ou des lettres M en écriture onciale ou gothique, de simples M sans couronne (quatrième lancette), en alternance avec des pavés de verre rouge, vert ou bleu. On a pu rapprocher ce motif du M couronné de la devise d’Olivier V de Clisson († 1408), époux de Marguerite de Rohan (sœur de Jean Ier) et beau-père d’Alain VIII qui épouse sa fille Béatrix († 1448) en 1380 (Gatouillat, Herold 2005, p. 27). Si ce motif est bien la devise du célèbre connétable, documentée par de nombreuses sources (à commencer par la façade de son hôtel Parisien, le décor peint de l’église de Notre-Dame du Roncier à Josselin, le château de Josselin, le château de Clisson, le château de Blain), ses inventaires et ses sceaux (base Devise et Sigilla), elle n’est pas pour autant une évocation du prénom de son épouse comme l’affirme F. Gatouillat mais bien plutôt un symbole marial (Cordier 2017) fréquemment représenté et utilisé comme devise par plusieurs princes à l’instar de Marie de Blois, épouse de Louis Ier d’Anjou. L’intervention d’Olivier de Clisson dans la commande de la maîtresse vitre n’est pas impossible compte tenu de ses liens avec Alain VIII (Cordier 2017). Toutefois la diffusion du motif marial du M couronné, comme l’absence de ses armes ne permettent pas d’être assuré de cette hypothèse.

Merléac, chapelle Saint-Jacques, maîtresse vitre, détail des écussons armoriés (<lavieb-aile.com>).

Les armoiries figurées sur les lancettes susmentionnées interrogent encore les spécialistes (armoiries 2-3). Cette partie du vitrage semble avoir été modifiée à l’occasion de la remise en plomb de 1860, première restauration après la période révolutionnaire durant laquelle le vitrage avait été maculé d’argile et de bouse pour le dissimuler. Un aveu de 1774 rendu par le seigneur du Houlle au duc de Rohan signale tout de même dans la maîtresse vitre trois écussons l’un aux armes d’azur à la croix engrêlée d’or et les deux autres aux armes partie du Houlle et alliés (l’information est fournie par infobretagne.com, qui ne fournit toutefois pas des références bibliographiques) : « il y a dans la vitre au derrière du grand autel trois écussons placés un peu plus bas que le milieu de ladite vitre, le premier desquels est d’azur à une croix engrelée d’or, le second une partie à ladite croix engrelée d’or, le troisième a une face de trois pièces burlées d’or qui sont les armes du Houlle et des alliances sans qu’il ait d’autres armoiries ou marques de prééminence appartenant à autres seigneurs ».

L’état actuel présente trois écus dans un ordre inverse par rapport à celui d’avant la restauration dont un répété deux fois. De gauche à droite, sur la cinquième lancette nous trouvons, posé sur un losange vert, un écu aux armes mi-parties d’azur à la croix engrêlée d’or et de gueules à trois jumelles d’or (armoiries 3) ; sur les deux lancettes suivantes, sur des losanges rouges, un écu d’azur à la croix engrêlée d’or (armoiries 2).

L’attribution des armes à la croix (armoirie 3) à la famille du Houlle, seigneur du Houlle et du Vaugaillard, dans la paroisse de Merléac ne fait pas de doute (Potier de Courcy 1890, p. 38). Un Gilbert du Houlle, alloué des Rohan, est cité dans une montre d’Olivier de Clisson en 1375. Son fils Gilbert du Houlle (1380-1433), épouse en 1427 Marguerite de Trogoff, fille d’Yves de Trogoff (alias Tronscroff), famille qui porte d’argent à trois fasces de gueules au lambel d’azur. Ce sont visiblement ces armes que Henri Frotier de la Messelière a vu et reproduit (sans hélas mentionner leur emplacement exacte) dans un relevé de 1919 (base Gertrude), dans lequel nous trouvons un écu parti à la croix et burelé. On ne connaît toutefois pas le nom et les armes de la mère de Gilbert II dont les armes sont peut-être figurées ici (armoiries 2).

Si la maîtresse-vitre respecte la hiérarchie des prééminences, plaçant les Rohan au sommet et les seigneurs du Houlle et de Vaugaillard en dessous comme on pouvait jadis le voir dans l’église de Merléac (Cordier 2017), l’emplacement des armoiries sur la verrière actuelle, caractérisé par un manque de symétrie et par un décalage des écussons sur la droite, et la répétition de l’écu du Houlle nous semblent surprenants et tiennent sans doute d’un remontage imprécis.

Auteur : Laurent Hablot

Pour citer cet article

Laurent Hablot, Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre), https://armma.saprat.fr/monument/merleac-chapelle-saint-jacques-maitresse-vitre/, consulté le 28/10/2021.

 

Bibliographie études

Barral I Altet, Xavier « Décor peint et iconographie des voûtes lambrissées de la fin du Moyen Âge en Bretagne », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131, 3, 1987, p. 524-567.

Cordier, Jean-Yves, « La chapelle Saint-Jacques à Merléac (22) : la maîtresse-vitre III : le registre inférieur » : < lavieb-aile.com > (26/09/2017).

Couffon, René, « Contribution à l’étude des verrières anciennes du Département des Côtes-du-Nord », Mémoires de la société d’émulation des Côtes-du-Nord, 67, 1935, p. 65-228.

Gatouillat, Françoise, Hérold, Michel, Les vitraux de Bretagne, Rennes 2005 (Corpus Vitrearum France, t. 7).

Potier de Courcy, Pol, Nobiliaire et armorial de Bretagne, Rennes 1890.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre). Armoirie Rohan (armoirie 1)

De gueules à neuf macles d’or.

  • Attribution : Rohan famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Abside ;
  • Emplacement précis : Baie ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1401-1425 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre). Armoirie Du Houlle-? (armoirie 2)

Mi-parti : au premier d’azur à la croix engrêlée d’or (Du Houlle), au deuxième de gueules à trois jumelles d’or.

  • Attribution : Du Houlle-? ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Abside ;
  • Emplacement précis : Baie ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1401-1425 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre)

Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre). Armoirie Du Houlle (armoiries 3)

D’azur à la croix engrêlée d’or.

  • Attribution : Du Houlle famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Abside ;
  • Emplacement précis : Baie ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1401-1425 ;
  • Dans le monument : Merléac, chapelle Saint-Jacques (maîtresse vitre)

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