Vincennes, Château (châtelet d’entrée au donjon)
Le châtelet d’entrée au donjon du château de Vincennes présentait un décor héraldique important, de nos jours témoigné par deux écus bûchés placés à l’extérieur (armoiries 1a-b). Tous deux couronnés et placés au-dessus d’un dauphin, ils portaient les armes du roi de France, dans la forme d’un semé de fleurs de lys d’après le témoignage de Guillaume Poncet de la Grave (1788, p. 109). Cette composition héraldique ne semble pas anodine, mais paraît conçue pour exalter la dynastie, par le biais de l’écu de France ancien, et sa nature royal par le biais de la couronne, récemment introduite dans l’emblématique capétienne, par Charles V. Celui-ci utilisait d’ailleurs les dauphins comme emblème, même après son sacre (Mérindol 1987, p. 211-212).

Vincennes, château, châtelet d’entrée au donjon, détail du portail.
Encadrés par les deux armoiries, des statues en ronde-bosse maintenant disparues complétaient l’ensemble. Insérées dans des niches peu profondes placées juste au-dessus du portail d’entrée, elles étaient soutenues par des consoles ornées d’éléments végétaux. Deux autres statues étaient visiblement placées d’un côté et d’autre des écussons armoriés, dans les niches situées dans l’angle compris entre la façade du châtelet et les deux tours rondes encadrant le portail.
D’après les sources textuelles, une statue de saint Christophe, restaurée en 1389 (Mérindol 1987, p. 190), se trouvait dans la niche centrale au-dessus de la porte. Les représentations de ce saint géant étaient d’ailleurs habituelles à la fin du Moyen Âge dans les édifices séculiers comme religieux, notamment dans les lieux de passage (porte et escalier), en raison des propriétés prophylactiques qui lui étaient attribuées; parmi lesquelles la capacité de protéger de la mort soudaine. Le rapprochement de l’image du saint aux portrait du roi et de la reine demeure en revanche moins commune. Les portraits du couple figuraient en effet d’un côté et d’autre de l’image du saint « passeur » (Erlande-Brandenburg 1972, p. 306 ; Heinrichs-Schreiber 1997, p. 54-57), dont ils semblent avoir voulu s’assurer la protection (une protection qui était d’ailleurs garantie à tout personne entrant dans l’enceinte du donjon).

Vincennes, château, châtelet d’entrée au donjon, vestiges du décor armorié sculpté.
Ce décor somptueux qui mettait à l’honneur la personne du roi apparaît tout à fait conforme à la fonction de l’édifice qui constituait l’accès principale au donjon, lieu de résidence. Ainsi, la mise en signe du châtelet semble en effet bien incarner le projet de Charles V qui voulait établir dans le château de Vincennes la capitale administrative du royaume. Il ne faudra d’ailleurs oublier que le châtelet abritait, au premier étage, l’« estude » du roi (Labarte 1879, num. 3067-3140), en adoptant une solution (celle du « studiolo » placé dans la façade de la résidence du prince et au-dessus de la porte d’entrée) qui, à partir du XVe siècle, sera assez courante dans les résidences princières (château de Bourg-Archambault dans la Vienne).



