Troyes, maison (26, rue Clemenceau)
Cette belle maison, typique de l’architecture en pans de bois à Troyes, est située au coin de l’ancienne Grand rue (rue Clemenceau actuelle) et de la rue du donjon (actuelle rue Gambey) qui relie la basilique Saint-Urbain et l’église Saint-Rémy, dans un secteur de la ville qui n’a jamais été touché par un incendie. Elle se compose de trois niveaux sur cave, dont un sous combles. Les deux niveaux supérieurs sont en surplomb du rez-de-chaussée. Les étages sont éclairés par des fenêtres à meneaux percées au centre du mur. Très judicieusement, un long poteau vertical forme le dormant central des deux baies. Une importante ferme d’avant corps coiffe la bâtisse. Au rez-de-chaussée, aujourd’hui occupé par un commerce, la structure en bois a été refaite en ménageant les étages et le poteau cornier.

Saint Pierre accosté de deux écus penchés. Troyes, maison au 26 rue Clemenceau.
Le potier cornier se situe à l’angle des deux voies et, suivant une solution que l’on trouve également appliquée dans d’autres maisons troyennes contemporaines (voir les maisons au 13, rue de la Trinité et au 11, rue Larivey), porte un décor héraldique partiellement conservé. Il s’agit de deux écus (armoiries 1, 2) séparés par une figure de saint Pierre tenant deux clés de dimensions importantes : il peut s’agir du patron du propriétaire de l’immeuble (Fichot 1884, p. 33, fig. 30).

Poteau cornier de la maison au 256, rue Clemenceau (Fichot 1884, p. 33, fig. 30).
Les deux écussons, qui ont perdu toute trace des armoiries qui y étaient représentées, sont suspendu à des crochets par une guige (la courroie qui permettait au chevalier de porter l’écu sur son dos) : il s’agit d’une solution assez commune dans l’héraldique monumentale médiévale pour représenter les écus armoriés (Hablot 2019, p. 165), en les traitant comme des objets réels (voir à ce propos, par exemple, l’écusson armoriés timbrant le portail de l’Hôtel Royrand à Poitiers). Malgré l’usure des surfaces, des traces de peinture bleu et ocre rouge sont encore visibles sur les écussons sculptés de cette maison de Troyes : il s’agit d’un indice que nous pouvons mettre en relation avec la présence originaire d’armoiries peintes.
Le décor de ce poteau cornier a semblé suffisamment intéressant au XIXe siècle, pour que Gustave Lancelot en fasse deux dessins et qu’un moulage en soit fait. Ils sont conservés dans les réserves des musées d’Art et d’Histoire de Troyes (respectivement inv. 45.7.188 et D 45.7.275 ; inv. 2012.0.132).



