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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Recherche héraldique

Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre (clocher)

Au premier abord, la tour de clocher de l’église collégiale Saint-Pierre de Tonquédec ne présente que peu d’intérêt pour l’étude de l’héraldique médiévale. Édifiée en granite jusqu’au niveau de la balustrade aux environs de 1773, millésime gravé sur une pierre au fronton, son élévation adopte un parti austère, qui met en valeur le bel appareillage de la porte, traitée avec soin. Lors de l’importante restauration entreprise par l’architecte Lageat vers 1835 (Couffon 1940, p. 43-[524] ; Gertrude 2011), on ajouta une flèche néo-classique et, sur une faute de goût, un garde-corps de quadrilobes d’inspiration médiévale.

Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre, clocher.

Le seul ornement de la façade consiste en trois niches creusées à mi-hauteur dans l’épaisseur de la paroi, sans statue, sous lesquelles est scellé un grand écusson en relief à pointe en accolade, timbré d’une couronne de marquis. Les armoiries en sont bûchées sauf un écusson brochant, dont la surface est elle-même martelée. En 1887, l’érudit héraldiste Paul Chardin crut y reconnaître les armes de René IV de Quengo, seigneur de Tonquédec à la fin du XVIIIe siècle, sur l’impression « d’avoir distingué un lion dans le blason » (Chardin 1887, p. 335-336), en admettant toutefois ne pas parvenir à attribuer un « fascé ou burelé » qu’il pensa avoir vu « [à] la première partition » (ibid., p. 336). Il supposa que « cette pierre armoriée provenait de l’ancien clocher » (ibid.), une hypothèse envisageable, même si rien ne s’oppose à ce qu’elle soit contemporaine de la reconstruction de la fin du XVIIIe siècle, le style de l’écu et de la couronne étant d’ailleurs plus en rapport avec cette époque.

Dessin de l’écusson en façade par le vicomte Henri Frotier de La Messelière d’après l’article de Paul Chardin de 1887, (c) AD des Côtes d’Armor, 60 J 229, f. 745.

Quoi qu’il en soit, il semble que ne furent jamais remarquées les deux pierres qui entourent l’écusson, si soigneusement martelées qu’elles passeraient inaperçues sans la forme caractéristique de bannières ou de gonfanons aux deux blocs qui les surmontent à l’assise supérieure, de chaque côté de la couronne. Un examen attentif et une lumière rasante font distinguer, avec difficulté, la forme d’animaux accroupis, probablement des lions, dont on peut raisonnablement supposer qu’ils tenaient la hampe des bannières. Celles-ci devaient être armoriées, de toute évidence aux armes des seigneurs de Tonquédec (armoiries 1 a-b). Les compositions mettant en œuvre un lion tenant une bannière renvoient à des modèles bien connus à la fin du Moyen Âge. L’héraldique monumentale bretonne en compte plusieurs pour le XVe siècle, inspirés de l’emblématique ducale héritée du duc Jean IV. Le meilleur exemple et le plus célèbre, au fronton du portail occidental de la cathédrale de Quimper, est un lion de Montfort porte-écu coiffé d’un heaume cimé, empoignant une bannière d’hermines. À l’inverse, on ne relève pas dans la région aux XVIIe et au XVIIIe siècles d’armoiries nobiliaires sculptées mettant en œuvre ce type de support, ce qui toutefois ne signifie pas qu’il n’y en ait pas eu.

Détail de l’écusson et des lions porte-bannière en façade, Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre.

Avec des précautions, et en supposant que le décor ne se poursuivait pas à l’assise inférieure, où deux blocs furent taillés d’une encoche pour permettre l’insertion du grand écusson, on peut envisager que les lions porte-bannières pourraient être, sous réserve, des réemplois provenant d’un état médiéval antérieur, clocher ou façade du XVe siècle. Ces reliefs auraient pu prendre place au pignon, par exemple sur des contreforts, en se déployant sur deux assises. Ils auraient affirmé avec ostentation la prééminence des Coëtmen, vicomtes de Tonquédec, fondateurs de l’édifice. Lorsqu’on construisit la tour de clocher vers 1773, on les aurait récupéré pour les insérer à une composition héraldique déployée au fronton, en les associant à un grand écu aux armes des nouveaux propriétaires, les du Quengo si l’on ajoute foi à l’identification de Paul Chardin.

Ce remontage aurait eu l’avantage de manifester dans la pierre une continuité symbolique de la succession des seigneurs de Tonquédec à travers les siècles, malgré l’interruption des liens du sang provoquée par la vente de la seigneurie en 1636 à René Ier du Quengo, comte du Rocher, par Amaury de Gouyon, descendant des Coëtmen par les femmes (Gaultier de Kermoal 1865, p. 192). Ce scénario séduisant doit toutefois rester prudemment au stade de l’hypothèse en l’attente d’un réexamen attentif du relief.

Auteur : Paul-François Broucke

Pour citer cet article

Paul-François Broucke, Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre (clocher), https://armma.saprat.fr/monument/tonquedec-eglise-collegiale-saint-pierre-clocher/, consulté le 17/09/2021.

 

Bibliographie études

Chardin, Paul, « Recueil de peintures et sculptures héraldiques : chapelle du Paradis en Pommerit, de Kerfons, de la Clarté de Ploumanac’h ; châteaux de Tonquédec, de Coëtmen et de Coëtfrec (Côtes-du-Nord) », Bulletin Monumental, 53, 1887, p. 327-336.

Couffon, René, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier (suite et fin) », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 72, 1940, p. 1-246.

Gaultier de Kermoal, « Le château de Tonquédec », Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou, 18, 1865, p. 188-196. 460-503.

Église paroissiale Saint-Pierre (Tonquédec), Inventaire, Gertrude, 2011.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre (clocher). Armoirie bûchée, alias de Coëtmen (armoiries 1a-b).

Armoirie bûchée (sur une bannière).

Support : un lion ou un lion accroupi.

  • Attribution : Coëtmen famille de ; Armoirie bûchée ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Inconnu ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Clocher ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : Déplacée dans le même monument ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : Datation inconnue ;
  • Dans le monument : Tonquédec, église collégiale Saint-Pierre (clocher)

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