Poitiers, tour Barré
L’enceinte fortifiée de la ville de Poitiers, construite au milieu du XIIe siècle et largement renouvelée un siècle plus tard, montra toute sa fragilité en 1346, lorsque les armées anglaises conduites par le comte de Derby, Henry de Lancaster, réussirent à la franchir en s’emparant de la ville. Cette dernière étant repassée aux mains des Français en 1372, les murs furent réparés l’année suivante. Les structures défensives de la ville furent ensuite totalement refaites lors de l’avènement de Jean de Berry en 1375 et tout au long des quarante années de son principat (Baudry 2001, p. 229-238). D’un côté, tous les édifices qui auraient pu gêner la défense de la ville par leur proximité à l’enceinte furent détruits (Favreau 1978, p. 240) ; de l’autre, la courtine avec ses tours et le célèbre château triangulaire furent rebâtis ou renforcés (Rapin 2010, p. 183-184). Cette vaste opération fut rendue possible notamment grâce aux subventions régulièrement versées par le duc et le roi, spécialement par le biais d’une levée d’impôts spéciaux destinés à cette fin (Favreau 1978, p. 241 ; Rapin 2010, p. 183-184, 264). Contrairement à d’autres centres, la municipalité de Poitiers se chargea directement de la construction et de l’entretien des remparts. Des grands travaux furent ainsi réalisés notamment dans le secteur sud de l’enceinte, le seul à ne pas pouvoir bénéficier de la protection supplémentaire assurée par les défenses naturelles. N’ayant pas de rivières pour la protéger, la muraille fut encerclée par une douve profonde, qui sera totalement comblée en 1829 (Pesme 1901, p. 59), tandis qu’un ravelin majestueux fut ajouté au XVIe siècle pour renforcer la seule porte d’accès dans ce secteur de la ville. Appelée de la Tranchée, elle était placée un peu plus à l’ouest par rapport au début de l’actuelle de la rue homonyme (ibid., p. 56-57).
Des éléments héraldiques devaient parsemer toute l’enceinte et, notamment, ses tours et ses portes. Des vestiges de cette « mise en signes » des remparts sont justement encore visibles dans ce secteur des remparts. Des écus aux armes du Duc de Berry s’affichent entre les mâchicoulis des deux tours « jumelles » qui, mentionnées dans les documents avec les noms de tour Barré et tour Ronde (ibid., p. 111), renforcent la partie de l’enceinte qui longe l’actuel boulevard sous Blossac. Notamment, celui apposé à la tour Barré – la tour centrale de cette partie de l’enceinte – montre encore, malgré l’usure, une partie de la bordure engrêlée et des fleurs de lis (armoirie 1).
Certes, cette partie du mur a été totalement refaite en 1786 (ibid., p. 58) à la fois pour des raisons d’esthétique et de support du terrain de la promenade de Blossac qui se trouve juste au-dessus (Rebuchon 1890, p. 132). La structure fut cependant érigée sur l’alignement – et en grande partie sur les fondations – de l’ancienne muraille et de ses tours (ibid.). Elle en reprend non seulement le même style (voir l’aspect du secteur plus à l’ouest, avec la tour dite de Vouneil), la même disposition des pierres et le même couronnement à mâchicoulis, mais aussi les matériaux mêmes puisque des pierres de l’enceinte médiévale y sont remployées (Baudry 2001, p. 234).
En raison de la présence des armoiries ducales, nous serions portés à croire que les deux tours en question avaient été édifiées sous la principauté de Jean de Berry. D’ailleurs, des travaux de maçonnerie sont documentés en 1398 dans la partie de la muraille entre la tour Barré et celle de Maumussart, tandis qu’en 1399-1400 ils procèdent entre la tour Barré et la tour Ronde (Pesme 1901, p. 113). Dans cette mise en signe de l’enceinte urbaine, véritable manifeste adressé vers tous ceux qui s’approchaient de la ville, on décèlerait alors une affirmation du pouvoir ducal, d’autant plus significative que, de ce côté, la défense de la ville était confiée aux seules fortifications. Toutefois, dans ce cas spécifique, une certaine prudence est de mise en ce qui concerne l’interprétation de ces signes. En effet, il est impossible de savoir si l’armoirie se trouve dans son emplacement d’origine et, surtout, si elle était associée à d’autres armes, comme dans l’ornementation, un peu plus tardive, de la toute proche Porte de la Tranchée – où les armes royales étaient accompagnées par celles de la ville et du maire en charge – et, peut-être, dans celle de la Tour dite à l’Oiseau.




