Poitiers, hôtel particulier (5, rue gambetta)
Situé à quelques mètres du Palais de comtes d’Aquitaine, cet hôtel particulier, réalisé intégralement en pierre de taille, est constitué d’un seuil corps de bâtiment rectangulaire aligné en bordure de la rue : une solution bien attestée dans la ville de Poitiers à la fin du Moyen Âge (Crozet 1971, p. 90, 101), même si les édifices résidentiels y sont plus généralement disposés en équerre, avec un mur pignon donnant sur la voie publique.
La large façade est percée au premier et au deuxième étage par quatre grandes fenêtres, disposées de façon régulière. Elles sont ornées d’un encadrement mouluré, dans lequel les excès du gothique flamboyant laissent désormais place à un lexique plus épuré, qui annonce la première Renaissance (Hernier-Manson 1968, p. 504). Au deuxième étage, les moulures du linteau retombent sur des culots sculptés : une femme habillée d’une robe et un homme nu dans la baie de gauche ; un chien tenant un os et un lion dans celle de droite. La moulure qui souligne le cintre du portail au rez-de-chaussée retombe également sur deux culots sculptés, malheureusement très endommagés. Un cordon mouluré, placé à la hauteur du deuxième étage, traverse l’intégralité de la façade et en accentue ainsi l’impression de largeur.
Si la construction de l’édifice avait été fixée autour de 1520 pour des raisons stylistique (Hernier-Manson 1968, p. 505), une datation plus précise, à l’an près, semble fournie par les éléments fixés sur la battue centrale du portail.
Notamment un losange, fixé par deux clous dans la partie inferieure de la battue, porte gravée la date 1516 (et non 1517 comme l’affirme Le Roux 1976, p. 145), qui pourrait bien correspondre à celle de construction de l’édifice. Jamais cité dans la bibliographie sur l’édifice, un peu plus en haut, un petit écu armorié était lui aussi cloué à la battue (armoirie 1).
Disparu à la suite des travaux de restauration de l’édifice réalisés vers 2015, il portait un barré de six pièces, présentant un chef jadis orné de trois petits meubles, peut-être des besants ou des tourteaux, qui ont sauté par la suite. Il n’en restait que les trous auxquels ils devaient être vissés. Raoul Brothier de Rollière pensait que l’édifice pouvait appartenir aux Laiguillier, dont François fut maire en 1609 et habita une maison placée entre la rue des Cordeliers et la place Saint-Didier (actuelle Alphonse Le Petit) (Brothier de Rollière 1907, p. 151). Pourtant cette famille portait d’or à deux aiglons affrontés de sable aux ailes éployées, armoirie qui ne correspond pas à celle que l’on vient de décrire.




