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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao

Au sein d’un petit territoire présentant une exceptionnelle densité de monuments de valeur (château-fort de Tonquédec, château de Kergrist, église collégiale Saint-Pierre de Tonquédec, chapelle de Kerfons…), la chapelle de Runfao en Ploubezre, implantée près d’une boucle du Léguer au flanc d’un coteau boisé, se fait confidentielle malgré sa proximité aux circuits de visite. De dimensions modestes – à peine plus de vingt mètres de long –, elle développe un plan proportionnellement ambitieux, avec une nef ouvrant par de grandes arcades à piliers cantonnés de quatre colonnettes sur un bas-côté nord à cinq travées, ainsi que sur une chapelle développée au sud du chœur. S’ajoute au pignon occidental, surmonté d’un clocher, une sacristie ou secrétairerie à deux niveaux, confirmant une certaine aisance. L’appareillage, ainsi que la sculpture des portes, des baies et des réseaux, sont soignés, et la statuaire est précieuse.

Ploubezre, chapelle de Runfao, vue générale depuis l’ouest.

La chapelle dépendait du château de Runfao bâti sur la butte adjacente. Signalé comme démantelé en 1500 (Gertrude, château-fort de Runfao), ses origines devaient remonter au moins au XIIe siècle, lorsque le détenait la famille de Tonquédec, dont l’héritage tombé en quenouille fut partagé au début du siècle suivant entre les Coëtmen, Dinan et Dinan-Montafilant (Couffon 1926, p. 56-57 ; Torchet 2003, p. 171). Runfao alla à ces derniers qui le transmirent à leur tour aux Coëtmen par le mariage en 1340 de Jean Ier de Coëtmen avec Marie de Dinan-Montafilant, dame de Runfao et de Goudelin (Couffon 1926, p. 61). Dans la suite, la seigneurie de Runfao demeura un membre important de la vicomté de Tonquédec, restant aux Coëtmen jusqu’à la fin du Moyen Âge. Plus tard, il est possible que les seigneurs voisins de Kergrist, qui connurent un brillant essor et construisirent un important château de plaisance à seulement cinq cents mètres au nord-ouest, essayèrent peut-être de s’aliéner quelques prééminences. En 1879, l’un de leurs descendants racheta l’édifice qui devint chapelle funéraire privée des châtelains de Kergrist, statut qu’il conserve aujourd’hui.

Ploubezre, chapelle de Runfao, vue intérieure.

L’intérêt du monument, servi par une bibliographie très mince, mériterait d’être réévalué. L’analyse archéologique du bâti, qui compte des reprises, est à écrire, et la datation fixée pour la « majeure partie dans la première moitié du XVIe siècle » (Couffon 1939, p. 141-[357] ; Gertrude 2014) n’est pas satisfaisante. Le répertoire formel est manifestement plus ancien, multipliant les références à plusieurs grands chantiers locaux entrepris vers le troisième quart du XVe siècle. Les arcades sont semblables à celle de la chapelle de Kerfons dans ses parties datées « de la deuxième moitié du XVe siècle » (Couffon 1939, p. 141-[357]). Surtout, le réseau de la maîtresse-vitre dérive d’une composition de base déclinée à l’identique à Kerfons, à Lantic où elle est munie d’une verrière posée vers 1463 (Bonnet, Rioult 2010, p. 231), et à au chevet de l’église collégiale Saint-Pierre de Tonquédec, fondation des Coëtmen en 1447, vitrée elle aussi dans les décennies 1460-70. Les liens à la collégiale, renforcés par d’autres comparaisons, notamment à la sculpture des portes, suffisent à replacer la chapelle de Runfao dans le sillage de sa construction. Alors que le statut de la collégiale marquait le rang prestigieux de la vicomté, la chapelle Saint-Fiacre donne l’impression d’avoir été construite pour doter la seigneurie de Runfao, de moindre importance mais ancienne et de bon renom, d’un monument à son échelle.

Porte à l’archivolte armorié et relief armorié à la paroi occidentale de la chapelle sud, Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre.

Les éléments subsistants du décor héraldique, sans doute plus développé à l’origine avec des armoiries aux vitraux ainsi peut-être qu’en peinture, sont un peu décevants. On ne compte plus à l’extérieur qu’un écusson lisse à l’archivolte de la porte percée au mur occidental de la chapelle sud (armoirie 1), surmonté un peu plus haut dans la paroi d’un relief orné de deux anges tenant un écu en bannière, lui aussi muet (armoirie 2). Enfin, au pignon de la chapelle, on remarque une cavité ayant manifestement abrité une pierre rectangulaire disparue. Il pourrait s’agir, sous réserve, de celle descellée en ornement près de l’entrée d’une propriété à quelques mètres, dont les dimensions paraissent en rapport. De lecture difficile, elle est sculptée d’un écusson en bannière orné d’un écartelé dont les figures, bûchées, sont illisibles (armoirie 3). Supporté par deux lions dont ne se perçoivent plus que les silhouettes, l’écu surmonte un ornement assez volumineux, martelé et non identifiable, peut-être un deuxième écu, sans certitude. L’ensemble de ces écussons arborait très vraisemblablement les armes des Coëtmen, pleines ou en alliance. Compte tenu de la nouvelle chronologie proposée plus haut, ils furent probablement apposés sous Rolland V de Coëtmen, vicomte de Tonquédec et seigneur de Runfao, peu avant sa mort survenue après son départ en croisade en 1458 (Couffon 1926, p. 68 ; Torchet 2003, p. 171), ou dans les dix ou quinze premières années où son fils Jean II lui succéda.

Auteur : Paul-François Broucke

Pour citer cet article

Paul-François Broucke, Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao, https://armma.saprat.fr/monument/ploubezre-chapelle-saint-fiacre-ou-de-runfao/, consulté le 30/07/2021.

 

Bibliographie sources

Saint-Brieuc, AD Côtes d’Armor, cadastre napoléonien, Ploubezre, 3 P 216 / 1 (tableau d’assemblage).

Bibliographie études

Couffon, René, « Quelques notes sur les seigneurs de Coëtmen et leurs prééminences », Bulletins et mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, 58, Saint-Brieuc 1926, p. 41-125.

Couffon, René, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier. Second fascicule », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 71, 1939, p. 1-266.

Torchet, Hervé, Réformation des fouages de 1426. Diocèse ou évêché de Tréguier, Paris 2003.

Chapelle de Kerfons (Ploubezre), Inventaire, Gertrude, 2014.

Chapelle Saint-Fiacre (Ploubezre), Inventaire, Gertrude, 2014.

Château-fort de Runfao (Ploubezre), Inventaire, Gertrude, 2014.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao. Armoirie bûchée (armoirie 3).

Armoirie bûchée : écartelé, aux 1 et 4, … ; aux 2 et 3, …

Supports : deux lions.

  • Attribution : Armoirie bûchée ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Inconnue ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1451-1475 ; 1476-1500 ; 1501-1525 ; 1526-1550 ;
  • Dans le monument : Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao

Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao. Armoirie bûchée alias de Coëtmen (armoirie 2).

Armoirie bûchée.

Tenants : deux anges.

  • Attribution : Coëtmen famille de ; Armoirie bûchée ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chapelle latérale sud ;
  • Emplacement précis : Mur ouest ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1451-1475 ; 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao

Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao. Armoirie effacée alias de Coëtmen (armoirie 1).

Armoirie effacée.

  • Attribution : Coëtmen famille de ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : Mur sud ; Porte ;
  • Support armorié : Archivolte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1451-1475 ; 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Ploubezre, chapelle Saint-Fiacre ou de Runfao

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