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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Paris, Palais du Louvre

Constitué à l’origine d’une grosse tour (vers 1190) entourée d’une courtine quadrangulaire (vers 1205-1210), le château originaire, s’élevant à l’extérieur des remparts urbains mais presque accolé à ceux-ci, fut construit dans le cadre des fortifications réalisées par Philippe-Auguste pour protéger Paris : il avait donc une fonction essentiellement militaire permettant notamment le contrôle du cours de la Seine (Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 49, 53-68). A cette époque la forteresse ne présentait pas de véritables espaces résidentiels, exception faite pour une grande salle avec chapelle et par quelques logements bâtis contre les courtines à l’intérieur de la cour (Salamagne 2013), alors que le donjon servait aussi de prison (Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 60).

Des travaux d’architecture et d’aménagement d’intérieur furent réalisés sous Louis IX (vers 1230-1240). De cette époque, ou de la fin du XIIIe siècle (Brut 2004, p. 31), semblent dater les carreaux de pavement historiés retrouvés, à partir des années 1860, dans l’aire anciennement occupée par le château du Louvre et à de différents endroits. Réalisés en terre cuite couverte d’une glaçure jaune, ils sont ornés avec un répertoire varié comprenant des fleurs de lys (par exemple Paris, Musée Carnavalet inv. AC1258/3) et des châteaux. Même s’ils étaient assez répandus dans l’ornementation de l’époque (nous les retrouvons, associés à des aigles, dans le pavement des « Grandes Salles » du prieuré Saint-Martin-des-Champs), pourraient ici avoir une valeur symbolique. Faisant allusion aux armoiries respectives, ils renverraient à saint Louis et à Blanche de Castille, sa mère, alors que les marguerites renverraient à Marguerite de Provence, épouse du roi (Mérindol 2006, p. 34 ; Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 68).

Carreau de pavement orné d’une fleur de lys (jadis Paris, château du Louvre). Paris, Musée Carnavalet inv. AC1258/3.

Après les travaux réalisés par Philippe le Bel, qui en fit un lieu de résidence et d’assemblées (Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 70), le premier Louvre connut une phase de transformations bien plus importante sous le règne de Charles V (Salamagne 2013 ; Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 75-88). Peu après son avènement (1364) et en parallèle au chantier de Vincennes, ce dernier lança en effet un projet d’envergure pour transformer la forteresse, désormais comprise dans une enceinte qui allait bien au-delà de celle bâtie par Philippe Auguste, dans un espace résidentiel et de gouvernement. Si la tour et les courtines furent conservées, les corps de logis nord et ouest furent agrandis et modifiés, notamment dans la partie haute, maintenant fournies de galléries, de terrasses dallées et plombées et de toitures s’élevant bien au-dessus du couronnement des murailles anciennes (ibid.). Un nouveau corps de logis fut édifié sur le côté nord, encore libre de constructions (Bresc-Bautier, Faucherre et Le Pogam 2016, p. 79).

Une image célèbre de la nouvelle forteresse est offerte, vers 1411-1416, par une enluminure des Très riches heures du duc de Berry (Chantilly, Musée Condé, ms. 65, f. 10 : BVMM). Les armoiries royales s’affichent du haut des toitures, peintes en azur et en or sur des bannières de forme carrée ou sur des pennons, peut être montés sur des girouettes. Si l’image ne donne pas forcement une représentation totalement réaliste du château, il est plausible que, à ces dates, le Louvre était réellement signalé, dès l’extérieur, par ces marques de propriété et d’autorité, comme l’on trouve documenté pour d’autres édifices princiers contemporains (voir, par exemple, le beffroi de Poitiers érigé sous Jean de Berry ou le tout proche Hôtel de Bourbon à Paris). D’ailleurs, nous savons que Jean Coste, « peintre, et sergent d’armes du Roy » fut payé dans les années 1364-1368 « pour avoir peint de fleurs de lis les trois bannieres qui sont sur les trois tours » (Leroux de Lincy 1852, p. 771) (armoiries 1a-c).

Dans un projet de reconstruction qui participait activement à l’affirmation de la personne du roi et de son autorité, encore menacées par le présence anglaise, l’ornementation devait d’ailleurs avoir un rôle essentiel et l’héraldique royale devait y être bien présente, dans le décor monumental comme sur les éléments du mobilier. D’après les documents, nous apprenons ainsi que, dès 1363, les armes du roi, de la reine et des enfants de France – mais seulement Jean (1359-1364) est vivant à ce moment – étaient partout, ornant notamment les « treillages en bois à losanges » des cinq pavillons qu’on y avait installés (Sauval 1724, t. II, p. 283 ; Leroux de Lincy 1852, p. 679 et 680, num. 2-4 ; Antoine 2001, p. 159) (armoiries 2-4). Un décor emblématique bien plus poussé intéressait en revanche les bâtiments constituant le cœur du château, à savoir le donjon et les appartements du roi et de la reine.

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Paris, Palais du Louvre, https://armma.saprat.fr/monument/paris-palais-du-louvre/, consulté le 17/10/2021.

 

Bibliographie études

Antoine Elisabeth, « Jardins de plaisance », dans F. Pleybert (dir.), Paris et Charles V : arts  et architecture, Paris 2001, p. 151-165.

Bresc-Bautier Geneviève, Faucherre Nicolas, Le Pogam Pierre-Yves, « Le Louvre au Moyen Âge », dans Bresc-Bautier Geneviève, Fonkenell Guillaume (dir.), Histoire du Louvre, vol. I. Des origines à l’heure napoléonienne, Paris 2016, p. 49-117.

Le Roux de Lincy Antoine, « Comptes des dépenses faites par Charles V dans le château du Louvre des années 1364 à 1368 », Revue archéologique, 8, 2, 1852, p. 670-691, 760-772.

Mérindol Christian de, « Emblématique et carreaux de pavement à l’époque médiévale », Revue française d’héraldique et de sigillographie, 76, 2006, p. 29-52.

Salamagne, Alain, « Lecture d’une symbolique seigneuriale : le Louvre de Charles V », dans P. Boucheron et J.-Ph. Genet, Marquer la ville. Signes, traces, empreintes du pouvoir (XIIIe-XVIe siècle), Paris 2013, p. 61-81.

Sauval Henry, Histoire et recherches des Antiquités de la ville de Paris, t. 2, Paris 1724 (éd. Paris 1724).

Armoiries répertoriées dans ce monument

Paris, Palais du Louvre. Armoirie roi de France (armoiries 1a-c)

(D’azur semé de fleurs de lys d’or ?).

  • Attribution : Charles V roi ; Roi de France ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Toit ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Tour ;
  • Support armorié : Bannière ; Girouette ;
  • Structure actuelle de conservation : Lieu inconnu ;
  • Technique : Peinture sur tôle ;
  • Période : 1351-1375 ;
  • Dans le monument : Paris, Palais du Louvre

Paris, Palais du Louvre. Armoirie roi de France (armoirie 2)

(D’azur semé de fleurs de lys d’or ?).

  • Attribution : Charles V roi ; Roi de France ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Jardin ;
  • Support armorié : Treillage ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Inconnue ;
  • Période : 1351-1375 ;
  • Dans le monument : Paris, Palais du Louvre

Paris, Palais du Louvre. Armoirie Jeanne de Bourbon (armoirie 3)

(Parti : au premier d'(azur) semé de fleurs de lys d'(or) (France), au deuxième d'(azur) semé de fleurs de lys d'(or), au bâton de (gueules) (Bourbon) ?).

  • Attribution : Bourbon Jeanne de ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Jardin ;
  • Support armorié : Treillage ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Inconnue ;
  • Période : 1351-1375 ;
  • Dans le monument : Paris, Palais du Louvre

Paris, Palais du Louvre. Armoirie Jean de France (+ 1364) (armoirie 4)

Armoirie inconnue.

  • Attribution : Jean de France (+ 1364) ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Jardin ;
  • Support armorié : Treillage ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Inconnue ;
  • Période : 1351-1375 ;
  • Dans le monument : Paris, Palais du Louvre

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