Lusignan, pièce erratique (9, place du Gouverneur)
Encastrée dans la façade d’une maison moderne bâtie sur l’actuelle place du Gouverneur, cette console proviendrait de l’ancien château de Lusignan, qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de distance. D’ailleurs, plusieurs maisons situées dans les rues autour de l’emplacement du château sont ornées avec des pièces provenant d’édifices monumentaux disparus (voir la maison de la rue Saint-Louis), dont la forteresse démolie en 1575 à la suite de la capitulation de cette place forte protestante.
L’ange tient un écu parti aux armes de France et de Savoie qui ont été d’abord identifiées avec celles du duc de Berry et de Jeanne de Boulogne, au moment du classement de la pièce en 1959 (Le patrimoine 2002, t. 1, p. 481), puis, avec celles de Louis XI et de Charlotte de Savoie (Salvini 1958, p. 651 ; Id. 1965, p. 214). En réalité, il s’agit d’une armoirie d’alliance typique utilisée par l’épouse après le mariage et associant les armes du mari (à la dextre) à celles du père de la dame (à la senestre).

LAnge tenant un écu aux armes de Charlotte de Savoie. Lusignan, maison au 9, place du Gouverneur.
Cette armoirie appartient donc à la seule Charlotte de Savoie († 1483), fille de Ludovic de Savoie et de Anne de Chypre-Lusignan. En en 1451 elle épousa Louis de Valois, dauphin de France, puis roi sous le nom de Louis XI († 1483), mais à cause de son jeune âge, elle ne rejoignit son mari qu’en 1457. Elle n’aurait d’ailleurs pu porter l’arme partie qu’après le couronnement de Louis XI, qui eut lieu le 15 août 1461. La datation de la console peut toutefois être ultérieurement resserrée aux années 1463-1466. En effet, après un séjour effectué en janvier 1463, Louis XI ordonna d’importants travaux au château de Lusignan et notamment la construction d’une chapelle dédiée à Saint-Michel et à « tous les saints du Paradis » (Crozet 1942, p. 149, doc. 583). Les travaux s’achevèrent avant le mois d’août 1466, quand un document nomme Jean Chevrier et Pierre Sichier comme « chapellains d’une chapelle que le roy notresire a nouvellement fait fayre en son château de Lezignen » (ibid.).

