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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Les Herbiers, abbaye de la Grainetière

 

L’abbaye Notre-Dame de la Grainetière, dans la commune des Herbiers, est fondée vers 1130 par des bénédictins venus de l’abbaye saintongeaise de Fontdouce, sur des terres données par le seigneur Gilbert de La Chaize, entre les paroisses d’Ardelay et de Mouchamps (Andrault-Schmitt 1993, p. 137).  Bénéficiant de nombreuses donations faites par les grands seigneurs de la région, à commencer par les vicomtes de Thouars et les seigneurs de Parthenay, la communauté peut se doter d’une imposante abbatiale et d’une belle salle capitulaire en style gothique rayonnant, dont les travaux de construction s’étalent sur presque un siècle et ne s’achèvent que vers 1220. Progressivement abandonnée à partir du milieu du XVIIIe siècle – il n’y a plus qu’un seul religieux et un séculier en 1760 –, l’abbaye reste cependant en bon état. Elle est saisie comme bien national en 1791 et transformée en bâtiments agricoles. L’église abbatiale est alors progressivement détruite et en 1838 sa moitié occidentale est déjà mise en culture (La Roche-sur-Yon, AD Vendée, 3 P 0007-9, cadastre 1838, section A, parcelle 18). À cette époque, le chœur et ses deux absides restent néanmoins intacts, de même que la tour de croisé, qui sera cependant détruite avant 1860, comme l’attestent des gravures réalisées au début des années 1860 par Octave de Rochebrune (Paris, BnF, dép. estampes et photographie, FOL-EF-392). La galerie du cloître disparait aussi, mais la plupart des bâtiments claustraux survivent aux destructions. Classée en 1946 (base POP), l’abbaye est acquise en 1963 par la Société civile immobilière de la Grainetière qui la restaure et y fait revenir un communauté de moines bénédictins de la Congrégation de l’Espérance.

Les Herbiers, abbaye de la Grainetière, détail d’une fenêtré de la tour de l’abbé, surmontée d’un relief armorié

Si l’abbaye conserve plusieurs corps de bâtiment médiévaux, construits entre le XIIe et le XVe siècle, un seul présente encore un élément armorié. À l’angle sud-ouest, la « tour de l’Abbé », construite au XVe siècle  – et qu’une gravure du comte de Monbail nous montre au début du XIXe siècle dotée d’un niveau supplémentaire et d’une toiture conique sur mâchicoulis (Monbail 1843, p. 102) – conserve un écu en bannière bûché au-dessus d’une baie sculptée (armoirie 1). L’écusson est chargé de ce qui ressemble à une fasce et semble timbré d’un élément difficile à identifier avec précision. Parmi les abbés susceptibles d’avoir commandés cette construction et dont les armes sont connues, seul Amauri d’Acigné, évêque de Nantes (1462-1477) et premier abbé commendataire de la Grainetière au moins à partir de 1467 (Poitiers, BM, ms. 495, Réserve précieuse, t. 39, p. 401), porte des armes fascées et plus précisément d’hermines à la fasce de gueules chargée de trois fleurs de lis d’or (De la Chesnaye des Bois 1863, p. 81). Toutefois, le timbre, même abîmé, ne ressemble pas à une crosse abbatiale ou épiscopale et il pourrait s’agir d’un remploi placé là lors des restaurations du XIXe siècle, dont la provenance demeure inconnue. Cet écu très abîmé ne peut donc pas être identifié avec certitude.

Octave de Rochebrune, Ruines de l’abbaye de la Grainetière (juillet 1864). Paris, BnF, dép. estampes et photographie, FOL-EF-392 (© Gallica).

Dans une aile du cloître est visible une dalle sculptée, retrouvée dans la nef de l’abbatiale lors de labours réalisés en 1815. Déplacée à l’endroit actuel dans les années 1980, elle a été classée au titre des objets mobiliers en 1985 (base POP). Il s’agit sans doute du couvercle d’un tombeau, placé non pas dans un enfeu mais sur l’une des tombes de l’abside découvertes en 1987, comme l’indique le fait que la pierre a été sculptée sur trois côtés. Sur la partie supérieure nous trouvons le gisant d’un chevalier en tenue, avec gants, cotte, camail, baudrier, bouclier et tabard, et celui d’un jeune enfant, tandis que dans les profils extérieurs nous reconnaissons, sur les côtés longs, dix-sept personnages lisant (onze à dextre, six à senestre), et sur celui placé derrière la tête du gisant deux anges qui entourent un Christ en trône, qui lève les bras devant un homme agenouillé.

Si les habitants des Herbiers reconnaissent immédiatement dans la sculpture, à l’époque mise à l’abri dans la chapelle du bras nord du transept, un vestige du tombeau de saint Rognou, censé soigner les maladies de la peau, et viennent prélever de la poudre de pierre sur le visage du gisant pour l’appliquer en pommade sur leur corps (Fillon-Braguet 2024, p. 73), cette indentification est sans doute erronée. Nous pouvons en effet reconnaître ce groupe funéraire dans celui décrit en 1740 par le mauriste Léonard Fonteneau. En rappelant que « Guillaume de Valence et sa femme avaient élu leur sépulture dans l’église de l’abbaye de la Grenetière » et qu’« ils y avaient été en effet inhumés », il affirmait qu’à son époque on voyait « même encore leurs mausolées avec celui de leur fils mort jeune » (Poitiers, BM, ms. 472, réserve précieuse, t. 9, p. 215). Il ajoutait aussi que ces tombeaux avaient été erronément identifiés par « les nouveaux éditeurs de la Gallia Christiana », qui les avaient attribués à la maison de Parthenay-Larchevêque (ibid.). Malgré ces précisions, cette dernière identification erronée a été reprise par la suite par d’autres historiens, qui ont voulu attribuer ce gisant à un membre de ce lignage poitevin, qui a notamment possédé la seigneurie voisine de Soubise (Massé-Isidore 1829, p. 191).

Les Herbiers, abbaye de la Grainetière, couvercle de tombeau avec gisant de chevalier (Guillaume de Valence-Lusignan ?).

Or, des nouvelles études ont permis d’écarter cette hypothèse et identifié les deux gisants avec Guillaume de Valence-Lusignan († avant 1230), seigneur de Soubise, qui en 1226 offrait une rente à l’abbaye en échange de messes anniversaires de sa mort et du droit d’avoir sa sépulture dans l’abbatiale (Poitiers, BM, ms. 472, réserve précieuse, t. 9, p. 215), et de son jeune fils. Cependant, puisque le style du gisant correspond à celui en vogue dans la seconde moitié du XIIIe siècle, il a été proposé que le tombeau est en réalité une commande de Valence de Lusignan, fille de Guillaume, mariée en 1247 avec Hugues de Parthenay-Larchevêque (Fillon-Braguet 2024, p. 74).

Malheureusement le bouclier tenu par le chevalier ne porte plus aucune trace des armoiries qui y étaient certainement peintes (armoirie 2), à l’instar de ce que nous pouvons observer, dans la région, sur d’autres gisants de la même époque, comme ceux provenant de l’ancienne église Saint-Clément de Ceaux-en-Couhé. Si l’identification du gisant est correcte, celles-ci devaient correspondre à celles portées par Guillaume de Valence-Lusignan, qui ne sont cependant pas connues à ce jour. Nous pouvons ainsi juste présumer que notre personnage portait le même burelé d’argent et d’azur, au lion rampant contourné de gueules brochant sur le tout, utilisé par son père, Geoffroy Ier de Lusignan, seigneur de Vouvant, et par son frère Geoffroy II (Vasselot de Régné 2018, annexe 4, p. 310-311).

Auteur : Clément Brusseau

Pour citer cet article

Clément Brusseau, Les Herbiers, abbaye de la Grainetière, https://armma.saprat.fr/monument/les-herbiers-abbaye-de-la-grainetiere/, consulté le 19/06/2024.

 

Bibliographie sources

Poitiers, BM, ms. 472, réserve précieuse, t. 9, Dom Léonard Fonteneau, Mémoires ou Recueil de diplômes…

Poitiers, BM, ms. 495, réserve précieuse, t. 39, Dom Léonard Fonteneau, Mémoires ou Recueil de diplômes…

Bibliographie études

Andrault-Schmitt Claude, « L’abbaye de la Grainetière », Congrès archéologique de France, 153, Vendée, Paris 1996, p. 137-151.

De la Chesnaye des Bois François-Aubert, Dictionnaire de la noblesse : contenant les généalogies, l’histoire et la chronologie des familles nobles de France, t. 1, Paris 1863.

Fillon-Braguet Bénédicte, « Quelques gisants gothiques en Bas-Poitou : enjeux de documentation, de présentation et de conservation », dans Vendée gothique : comprendre, conserver, valoriser, actes du colloque (Fontenay-le-Comte 2023), La Roche-sur-Yon, 2024, p. 63-81.

Gaury Philippe, L’abbaye de la Grainetière en Vendée, s.l. 2022.

Massé-Isidore Charles, « L’abbaye de la Grainetière », dans id., La Vendée poétique et pittoresque, Nantes 1829, p. 187-202.

Vasselot de Régné Clément de, Le « parentat » Lusignan (xe-xive siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, thèse de doctorat, dir. J. Tolan, M. Aurell, Université de Nantes, 2018.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Les Herbiers, abbaye de la Grainetière. Armoirie inconnue (armoirie 1)

De… à la fasce de… accompagnée de ?

  • Attribution : Armoirie bûchée ; Armoirie inconnue
  • Timbre : Non identifié
  • Position : Extérieur
  • Pièce / Partie de l'édifice : Tour
  • Emplacement précis : Fenêtre ; Tabernacle
  • Support armorié : Pierre sculptée
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1451-1475 ; 1476-1500
  • Dans le monument : Les Herbiers, abbaye de la Grainetière

Les Herbiers, abbaye de la Grainetière. Armoirie vierge (armoirie 2)

De…

  • Attribution : Valence-Lusignan Guillaume de ; Armoirie effacée ; Armoirie illisible ; Armoirie vierge
  • Position : Intérieur
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chevet ; Nef
  • Emplacement précis : Tombeau
  • Support armorié : Gisant
  • Structure actuelle de conservation : Déplacée dans le même monument
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1251-1275
  • Dans le monument : Les Herbiers, abbaye de la Grainetière

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