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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Landunvez, pièce erratique

Sur la commune de Landunvez, dans le secteur de Kersaint/Le Castel/Trémazan, une maison particulière conserve un élément de charpente armoriée de réemploi, consistant en un entrait aux bords chanfreinés et un arbalétrier (dans un souci de confidentialité, nous ne pouvons pas donner l’adresse exacte de conservation de la pièce).

Landunvez, maison privée d’habitation, élément de charpente médiévale de réemploi, entrait armorié, détail de l’écusson.

Afin de l’adapter aux dimensions de l’habitation, l’entrait a été scié et il n’en subsiste qu’une partie, ornée à l’extrémité d’un engoulant et au centre d’un écusson sculpté en relief chargé d’une aigle au vol abaissé (armoirie 1), sans vestige de polychromie. Un trou percé dans le chef de l’écu, contenant encore les restes d’une cheville, atteste que l’élément appartenait à une charpente à poinçon. L’ensemble est datable sans hésitation de la deuxième moitié du XVe ou la première moitié du XVIe siècle, d’après la forme de l’engoulant et de l’aigle, et la typologie technique.

Landunvez, maison d’habitation privée, élément de charpente médiévale de réemploi, détail d’un engoulant.

L’hypothèse a été formulée que ces bois pourraient provenir d’une chapelle domestique qui aurait pu être construite au sein de la seconde enceinte du château voisin de Trémazan, aménagée au courant du XVe siècle (Besselièvre, Creac’h 1999, p. 36). Il faut cependant la décliner : outre le fait qu’aucune preuve n’atteste l’existence de cet édifice, qui reste conjoncturelle en l’attente d’un examen plus approfondi, les dernières recherches laissent à penser que le sanctuaire qui préexista la toute proche collégiale de Kersaint aurait pu remplir les fonctions de chapelle castrale. Enfin, on conçoit difficilement qu’un monument religieux dépendant si étroitement des Du Chastel, au sein même de leur forteresse, aurait pu déployer d’autres armes que les leurs ou celles de leur parentèle. Or, la généalogie du lignage étant a priori connue, on n’y relève pas d’alliance avec un membre d’une famille blasonnant d’une aigle.

Du reste, les armoiries à l’aigle sont rares en Léon, dans un espace où le lion est la figure animalière nettement dominante, sans doute du fait de l’influence des vicomtes de Léon. On n’y dénombre que trois familles ayant porté une aigle : Gleincuff, Mesnoalet et Tanguy. Si la première peut être écartée, l’écusson de l’entrait aurait pu appartenir à l’une des deux autres.

Les Mesnoalet (portant d’azur à l’aigle d’or ou d’azur à l’aigle bicéphale d’or), avaient leur berceau en Guilers, à une vingtaine de kilomètres au sud-est (Potier de Courcy 1993, t. 2, p. 270) et y possédaient dans une aile de l’ancienne église de Guilers (Mauguin 2018, p. 15-16) et en plusieurs monuments des environs, des prééminences dont la teneur est mal connue. En dépit de la distance, il est envisageable que des éléments de démolition où ils auraient eu leurs armes aient pu être récupérés et réemployés à Landunvez.

Les Tanguy, qui portaient des armoiries identiques et leur étaient peut-être apparentés, font les meilleurs candidats : une branche de cette famille mal connue était implantée en Plourin (Torchet 2010, p. 270-271), et deux de ses membres sont recensés à Landunvez lors de la réformation de 1426 et en 1448, où ils devaient avoir des possessions (ibid., p. 61, 271). Selon le même scénario que pour les Mesnoalet, l’entrait armorié pourrait provenir d’un édifice religieux ou civil où ils auraient eu leurs armes. On signale au moins deux chapelles disparues à Landunvez, à proximité immédiate de Kersaint, les chapelles de Sainte-Haude et de Saint-Tanguy (Couffon, Le Bars 1988, p. 168). La seconde « tombait en ruines en 1779, les matériaux servirent à construire une nouvelle chapelle, mais dans le cimetière ; dite aussi Saint-Sébastien, elle fut détruite en 1878 » (Ibid.).

En dépit d’une provenance et d’une identification incertaines, on retiendra cet élément comme un intéressant exemple de réemploi contemporain de charpente provenant d’un édifice médiéval disparu.

Auteur : Paul-François Broucke, Michel Mauguin

Pour citer cet article

Paul-François Broucke, Michel Mauguin, Landunvez, pièce erratique, https://armma.saprat.fr/monument/landunvez-maison-particuliere-entrait-armorie/, consulté le 17/10/2021.

 

Bibliographie études

Besselièvre, Jean-Yves, Créac’h, Mathieu, Le château-fort de Trémazan. Architecture, légende, Histoire, Saint-Thonan 1999.

Mauguin, Michel, Landunvez héraldique, Brest 2018.

Torchet, Hervé, Réformation des fouages de 1426. Diocèse ou évêché de Léon, Paris 2010.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Landunvez, pièce erratique. Armoirie Tanguy (?) ou Mesnoalet (?)

D'(azur) à l’aigle au vol abaissé d'(or).

  • Attribution : Mesnoalet famille de ; Tanguy famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Support armorié : Entrait ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce remployée ;
  • Technique : Relief en bois ;
  • Période : 1451-1475 ; 1476-1500 ; 1501-1525 ; 1526-1550 ;
  • Dans le monument : Landunvez, pièce erratique

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