Poitiers, église Notre-Dame la Grande (IVe chapelle)
Aucun document n’atteste l’époque de construction et le nom du commanditaire de la quatrième chapelle construite sur le côté nord de l’église Notre-Dame-la-Grande. Elle a été ainsi attribuée à la famille Bardeau (Dez 1952, p. 14) ou à celle de Péréfixe (Barbier 1874-1876, p. 466) sur la base des armoiries qui l’émaillent (armoiries 1a-c), mais ces attributions ont été plus récemment remises en causes parce que douteuses (Camus, Andrault-Schmitt 2002, p. 31).
L’identification avec Bardeau semble en effet à évacuer, puisque la famille semblerait avoir porté plutôt des armes d’argent au chevron de gueules, accompagné de deux étoiles d’azur en chef et d’un croissant de sable soutenant une rose de gueules, tigée et feuillée de sinople, en pointe (Beauchet-Filleau 1891, p. 282) : l’armoirie représentée en Notre-Dame-la-Grande présente donc des couleurs différents et, même si elles ont pu être altérées par les temps ou modifiées par les restaurateurs, aucune trace du croissant susmentionné n’est en tout cas visible. Quant à eux les Péréfixe portaient d’azur au chevron d’or, accompagné par deux étoiles en chef et une rose en pointe (Thibaudeau 1840, p. 389) : la fleur apparaissait donc dépourvue de tige et de feuilles, tandis qu’aucune étoile figurait dans la pointe de l’enseigne de la famille (Paris, BnF, ms. Fr. 20157, f. 173r). Il sera donc intéressant de relever que les Louveau, famille niortaise, portaient d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles de même et en pointe d’une rose d’argent, tigée et feuillée de sinople (Beauchet-Filleau 1973, p. 248) : la ressemblance avec l’armoirie représentée dans l’église Notre-Dame-la-Grande est forte, mais pas suffisante pour parvenir à une identification incontestable.

Poitiers, église Notre-Dame-la-Grande, IVe chapelle, arcade d’entrée et voûte ornées d’écus armoriés.
D’ailleurs, une deuxième armoirie semblerait avoir été reproduite sur le vitrail de la chapelle (armoirie 2). L’un des fragments de ce dernier qui avaient été déposés avant 1876 dans les collections de la Société des Antiquaires de l’Ouest était en effet chargé d’un écusson armorié, actuellement introuvable. L’armoirie, encadrée par une couronne de feuillages, est décrite comme de gueules à la fasce d’azur accompagnée en chef de deux étoiles et d’une moucheture d’hermine d’argent (Barbier 1874-1876, p. 466), mais son appartenance originaire à l’ensemble de la chapelle interroge. Il pourrait en effet s’agir d’un fragment remployé à cet endroit, mais provenant d’une autre vitrail de l’église démonté.
Mettant de côté la question de l’identification de l’armoirie, nous devons remarquer comme la mise en signe héraldique de la chapelle s’adaptait parfaitement au model offert par les chapelles qui avaient été déjà érigées dans le bas côté de l’église. Les écus armoriés sont en effet apposés dans des endroits stratégiques de la structure du point de vue symbolique et, surtout, qui étaient les mieux visibles : à l’entrée de la chapelle, sur la partie sommitale extérieure de l’arcade ouvrant sur le collatéral (armoirie 1a) ; sur la clef de voûte de la chapelle, orienté avec la pointe en direction de l’autel (contrevenant donc à la pratique plus commune d’orienter les écus avec le chef en direction de la zone la plus sacrée de l’édifice) (armoirie 1b) ; à l’extérieur de la chapelle (armoirie 1c), sur le pignon donnant sur le cloître, protégé par un larmier carré, reposant sur deux consoles en forme de feuillage.
La structure de la chapelle, couverte par une voûte d’ogive, et son décor pourraient donc convenir à une chronologie plus haute par rapport à celles des chapelles Potier, Fresneau et à celle dite des Citoys notamment en raison de la forme des écus héraldisés, qui semblent en effet plutôt convenir à une datation dans les années 1520.







