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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Recherche héraldique

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Les travaux de restauration réalisées sur les voûtes du chœur de la cathédrale de Chartres ont permis de récupérer la trace d’un décor héraldique intéressant les clefs et les extrémités supérieures des croisées d’ogives. D’autres figures empruntées au répertoire héraldique apparaissent au même endroit mais, comme il arrive souvent dans l’ornementation peinte aux XIIIe-XIVe siècles, elles ne semblent avoir qu’une fonction décorative (voir à ce propos, par exemple, les figures du blason ornant les croisées d’ogive du transept sud de la cathédrale de Poitiers maintenant datées vers la fin du XIIIe siècle : Les inattendus 2017, passim).

En partant de l’ouest vers l’est, donc, progressant vers la partie la plus sacrée de l’édifice, la clef de la première travée est ornée par des armes plutôt communes à la fin du Moyen Âge présentant un lion d’or sur un fond noir (armoirie 1). En raison de la composition du cycle, qui ne présente que des familles du plus haut rang de l’aristocratie européenne, elles peuvent toutefois être identifiées avec celles du duc de Brabant. La deuxième travée est en revanche ornée par les armes capétiennes brisées par un lambel de gueules (armoirie 2). Si cette brisure fut portée en premier par Philippe Hurepel († 1234), frère de Philippe Auguste et comte de Dammartin (Pastoureau 2011, p. 37), qui est représenté dans une des verrières de la même église datée de 1225-1233, ici elle semble plutôt identifier Charles Ier d’Anjou. Ce dernier adopta également un semé de fleurs de lys brisé d’un lambel de gueules à partir des années 1246-1247 et jusqu’à 1277 (ibid. ; Mérindol 2003).

Dieu père entre deux anges et armes du roi de France. Chartres, cathédrale, clef de voûte du rond point (Pastoureau 2011).

D’autres indices permettent en effet de situer la réalisation de ce programme héraldique au milieu du XIIIe siècle. Si l’armoirie de Bourgogne ancienne qui recouvre les nervures de la troisième travée (armoirie 3) ne donne pas de repaires importants pour la datation des peintures, celles qui ornent la clef de voûte de la quatrième travée prennent une importance bien majeure : les armes de Castille (armoirie 4) y sont peintes sur les côtés des nervures principales et celles de l’Empire (armoirie 5) sur l’intrados des ogives moulurées. Cette association à l’apparence étrange peut trouver une explication dans la candidature d’Alphonse X à l’élection impériale en 1257. Même si le roi de Castille et Léon n’accéda jamais au trône impérial, il associa souvent dans ses armes les châteaux et l’aigle, et cela jusqu’à sa mort en 1284 (Pastoureau 2011, p. 38). La série culmine enfin dans la clef de voûte du rond-point qui présente les armes de France (armoirie 6), dans la forme ancienne du semé de lys, qui pourraient donc appartenir à Louis IX. Les autres armoiries identifieraient donc Henri III de Brabant († 1261) (armoirie 1) et Hugues IV de Bourgogne (armoirie 3), allant ainsi constituer un groupe social très homogène, formé par des hommes appartenant à la plus haute noblesse de l’époque et caractérisés par des liens familiales et d’alliance très étroits (Pastoureau 2011, p. 38-39).

Clef de voûte ornée des armes de Bourgogne. Chartres, cathédrale, chœur (Pastoureau 2011).

Les informations fournies par l’héraldique permettent donc de situer la réalisation de ce programme peint dans les années 1267-1271, date qui semble confirmée par l’analyse formelle des peintures. La forme des fleurs de lys (Pinoteau 2003), des lions (dépourvus de langue et d’ongles, que l’on retrouve habituellement à partir des années 1280-1300) et des aigles (encore assez effilées et archaïques) semble en effet convenir à une chronologie au milieu du XIIIe siècle, même s’il faudra remarquer que le dessin d’origine semble avoir été parfois altéré par les restaurateurs (fleurs de lys passant par-dessus le lambel dans les armes d’Anjou, châteaux de Castille présentant des formes extrêmement simplifiées et peu conformes aux exemples contemporains) (Pastoureau 2011). La consécration de la cathédrale, le 17 octobre 1260, aurait pu offrir l’occasion pour la réalisation de ce programme héraldique (ibid., p. 39).

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur), https://armma.saprat.fr/monument/chartres-cathedrale-notre-dame-choeur/, consulté le 17/10/2021.

 

Bibliographie études

Les inattendus de la commande artistique (XIIe-XXe siècle), Poitiers 2017 (Revue historique du Centre-Ouest, 16-1, 2017).

Mérindol, Christian de, « L’héraldique des princes angevins », dans N.-Y. Tonnerre, E. Verry (dir.), Les princes angevins du XIIIe au XVe siècle : un destin européen, Rennes 2003, p. 277-310.

Pastoureau, Michel, « Le décor héraldique des clefs de voûte de la cathédrale de Chartres », Bulletin Monumental, 169, 2011, p. 35-40.

Pinoteau, Hervé, La symbolique royale française, Ve-XVIIIe siècles, La-Roche-Rigault 2003.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Henri III de Brabant (armoirie 1)

De sable au lion d’or.

  • Attribution : Brabant Henri III ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : Ière travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Charles Ier d’Anjou (armoirie 2)

D’azur semé de fleurs de lys d’or, au lambel de gueules.

  • Attribution : Anjou Charles Ier d' ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : IIème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Hugues IV de Bourgogne (armoirie 3)

Bandé d’or et d’azur de six pièces à la bordure de gueules.

  • Attribution : Bourgogne Hugues IV de ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : IIIème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Alphonse X de Castille (armoirie 4)

De gueules au château d’or ouvert et ajouré d’azur.

  • Attribution : Castille Alphonse X de ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : IVème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Empire (armoirie 5)

D’or à l’aigle de sable.

  • Attribution : Empire ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : IVème travée ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur). Armoirie Louis IX (armoirie 6)

D’azur semé de fleurs de lys d’or.

  • Attribution : Louis IX roi ; Roi de France ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chœur ;
  • Emplacement précis : rond-point ; Voûte ;
  • Support armorié : Clef de voûte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1251-1275 ;
  • Dans le monument : Chartres, cathédrale Notre-Dame (chœur)

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