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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques

Le musée Augustin Bernard, localisé dans la commune de Bourbon-L’Archambault, conserve trois écussons armoriés médiévaux, dont l’origine demeure inconnue. Le premier écu, de facture soignée et modeste, porte les armes de Bourbon moderne, à trois fleurs de lis (armoirie 1), habilement sculptées dans un bloc de pierre d’Apremont.

Ecusson aux armes de Jean II de Bourbon. Bourbon-L’Archambault, musée Augustin Bernard (© Pierre Taillefer, DRAC Auvergne-Rhône-Alpes).

Par sa facture, taille et matière du support, celui-ci semble apparenté à un deuxième écusson, portant une composition héraldique et emblématique tout à fait surprenante. Il est en effet chargé d’un petit écu, mi-parti de Bourbon et de France, encadré par la lettre I, à dextre, réalisée en relief et, à senestre, par un animal, également sculpté mais très endommagé, que l’on devine être une genette, les deux entourés d’un lac d’amour (base Devise) (armoirie 2). Cette « devise parlante », jouant de l’homophonie entre le nom de l’animal et les prénoms Jean et Jeanne, était utilisée par le duc Jean II de Bourbon et par deux de ses épouses, Jeanne de France († 1482) et Jeanne de Bourbon-Vendôme († 1511) (base Devise).

Ecusson aux armes de Jeanne de France. Bourbon-L’Archambault, musée Augustin Bernard. (© Pierre Taillefer, DRAC Auvergne-Rhône-Alpes).

Ce second écu, associant la devise ducale aux armes mi-parties de France et de Bourbon peut néanmoins être associé avec certitude à Jeanne de France, comme le prouve la présence de nombreuses compositions emblématiques similaires sur l’un de ses manuscrits (Paris, BnF, Ms. Fr. 227, f. 79r). Le premier écu, entré en même temps dans le musée (Paule Deborde : communication orale), peut donc être attribué à son mari, le duc Jean II. Cependant, l’origine de ces deux pièces sculptées n’est pas connue et, bien que la mémoire populaire les attribue à la Sainte-Chapelle de Bourbon-L’Archambault, leur provenance réelle n’est malheureusement pas documentée. La différence de style très nette entre ces écus et ceux de la Sainte-Chapelle (en particulier la forme des fleurs de lis), leur absence dans la très détaillée description de ce dernier édifice réalisée par l’érudit Dubuisson-Aubenay (Grassoreille 1887), ou encore dans les relevés de ses vestiges réunis par Achille Allier dans son œuvre sur l’Ancien Bourbonnais (Allier 1838) invitent ainsi à requestionner la théorie populaire.

Le troisième écusson conservé au musée, d’un style très distinct, de taille plus vulgaire et réalisé dans du grès, est malheureusement tout aussi peu documenté (armoirie 3). Fondé en 1937, le musée ne dispose d’aucun catalogue ou inventaire et ne garde aucune documentation permettant d’affirmer sa provenance, son donateur ou sa date d’entrée dans les collections. La pièce proviendrait de la maison de Pierre Villiers de Couture, dans le village d’Hérisson, mais l’information ne peut pas être confirmée (Paule Deborde : communication orale). Il est à noter que la bande ou cotice, brisure caractéristique des Bourbons, est ici inversée, brisant les fleurs de lis « en barre ».

Ecusson aux armes de la famille Bourbon. Bourbon-L’Archambault, musée Augustin Bernard (© Pierre Taillefer, DRAC Auvergne-Rhône-Alpes).

Si cette particularité résulte peut-être d’une erreur de la part du sculpteur, elle pourrait également représenter des armes de Bourbon brisées, comme celles d’un bâtard princier. Jean de Bourbon, évêque du Puy et abbé de Cluny († 1485), portait ainsi des armes « de Bourbon différentes en la barre » (Médicis, p. 134 ; Paris, BnF, ms. Lat. 9092, ) et fit réaliser plusieurs décors armoriés sur ce modèle dans sa chapelle clunisienne (un tympan, une clé de voute et un dessus de cheminée). Un autre bâtard de la maison ducale, Hector de Bourbon († 1502), fils naturel du duc Jean II, portait également ces armoiries, comme en témoigne son sceau d’archevêque (Artignan 2021, p. 148). La facture générale de l’ouvrage tend par ailleurs à exclure la provenance de cette pièce de la Sainte-Chapelle de Bourbon-L’Archambault, dont les décors sont d’une précision héraldique et d’une finesse artistique bien supérieures.

Auteur : Antoine Robin

Pour citer cet article

Antoine Robin, Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques, https://armma.saprat.fr/monument/bourbon-larchambault-musee-augustin-bernard-pieces-erratiques/, consulté le 23/05/2022.

 

Bibliographie sources

Médicis Etienne, Chroniques d’Étienne Médicis, bourgeois du Puy, Le Puy-en-Velay 1869.

Paris, BnF, ms. Lat. 9092, Necrologium historicum Cluniacense.

Bibliographie études

Allier Achille, L’Ancien Bourbonnais (histoire, monuments, mœurs, statistique), Moulins 1838.

Artignan Aurore, Catalogue des sceaux de la famille de Bourbon. De la seigneurie à la royauté (fin XIIe – début XVIIe siècle), mémoire de recherche, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2021.

Grassoreille Georges, « Voyage de Dubuisson-Aubenay en Bourbonnais (1646) », Revue Bourbonnaise, 2, 1887, p. 41-55, 88-95, 109-120.

Méténier Laetitia, Les saintes chapelles d’Auvergne, mémoire de recherche, Clermont-Ferrand Université Blaise Pascal, 2006.

Mezan-Muxart Virginie, « Genette et janette : devises de Jeanne de France au XVe siècle », Reinardus. Yearbook of the International Reynard Society, 22, 2010, p. 104-125.

 

 

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques. Armoirie Jean II de Bourbon (armoirie 1)

D’(azur) à trois fleurs de lis d’(or), au bâton de (gueules) en bande brochant.

  • Attribution : Bourbon Jean II ; Bourbon famille ;
  • Position : Inconnue ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Inconnue ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : Bourbon-l'Archambault Musée Augustin Bernard ;
  • Technique : Sculpture en pierre ;
  • Période : 1426-1450 ; 1451-1475 ; 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques

Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques. Armoirie Jeanne de France (armoirie 2)

Mi-parti : au premier d’(azur) à trois fleurs de lys d’(or), au bâton de (gueules) en bande brochant (Bourbon) ; au deuxième, d’(azur) à trois fleurs de lis d’(or) (France).

  • Attribution : Valois Jeanne de (Jeanne de France) ;
  • Position : Inconnue ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Inconnue ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : Bourbon-l'Archambault Musée Augustin Bernard ;
  • Technique : Sculpture en pierre ;
  • Période : 1426-1450 ; 1451-1475 ; 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques

Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques. Armoirie Bourbon (armoirie 3)

D’(azur) à trois fleurs de lys d’(or), au bâton de (gueules) en barre brochant.

  • Attribution : Bourbon famille ;
  • Position : Inconnue ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Inconnue ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Pierre sculptée ;
  • Structure actuelle de conservation : Bourbon-l'Archambault Musée Augustin Bernard ;
  • Période : 1426-1450 ; 1451-1475 ; 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Bourbon-L’Archambault (Musée Augustin Bernard), pièces erratiques

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