Chauvigny, château des évêques
À partir du XIe siècle, les évêques de Poitiers ont placé le village de Chauvigny sous leur pouvoir, en prenant le titre de seigneurs. Les sources documentaires permettent d’établir que la création d’un premier château épiscopal à Chauvigny date de la même époque, mais il ne resterait pas grande chose de cette structure. La forteresse fut en effet remaniée et agrandie en grand partie par les évêques de Poitiers à plusieurs reprises entre la fin du XIVe siècle et la première moitié du XVIe siècle. Notamment, à la fin du XIVe siècle on ajouta le grand logis aujourd’hui presque totalement en ruine, communément appelé « château neuf ». Ce second donjon fut accolé à la partie la plus ancienne du complexe qui pourrait dater, dans sa structure originaire, de la seconde moitié du XIe siècle (Bourgeois et al. 2012, p. 85-114, 192-193).
De cette adjonction, il ne reste malheureusement que l’imposante ruine de la parois nord-ouest. Il est toutefois encore possible de comprendre comment le nouveau bâtiment associait les éléments typiques d’une structure défensive à l’élégance et à la qualité exécutive propres d’un édifice résidentiel de la fin du Moyen Âge. Des éléments sculptés participaient à l’anoblir et à révéler l’identité et la fonction de ses propriétaires. La porte d’accès au nouveau bâtiment était notamment desservie par un double pont-levis et était surmontée par les statues perdues de la Vierge et des saints Pierre – le titulaire de la cathédrale poitevine –, Just, Léger et Martial (Crozet 1958, p. 6-15). À l’extérieur du nouveau bâtiment, à proximité de la porte d’entrée et en correspondance du décrochement occidental du mur de la partie ajoutée, une niche ornée d’un arc trilobé abrite encore l’armoirie d’Ithier de Mareuil (Tranchant 1884, p. 10 ; Crozet 1952, p. 247 ; id. 1958, p. 6-15) (armoirie 1a), évêque de Poitiers de 1394 à 1405. L’écu armorié est surmontée par une crosse qui, selon une solution habituelle depuis la seconde moitié du XIVe siècle, signale la charge épiscopale de son porteur. L’écu et la crosse ont été probablement sculptés en relief dans les deux pierres qui composent le fond de la niche, collées l’une à l’autre au moment du montage de l’appareil. L’emplacement apparemment insolite de l’armoirie, sur l’angle de l’édifice et non sur la façade, s’explique certainement par la volonté d’en augmenter la visibilité par ceux qui rejoignaient la ville haute par la route qui montait du bourg au pied de l’éperon rocheux, la zone la plus industrieuse du village, qui avait connu un développement récent. En effet, comme on peut le constater encore aujourd’hui, l’armoirie était bien visible en franchissant la porte qui, précédant la véritable entrée du château, créait une sorte de ligne de démarcation entre l’espace urbain et la résidence épiscopale (Bourgeois et al. 2012, p. 85-114, 192-193).
Par conséquent, la fonction du relief armorié était probablement double. D’un côté, il rappelait la nature épiscopale du pouvoir qui gouvernait la ville, de l’autre, il révélait l’identité de la personne qui avait promu et mené à terme le renouvellement du château (ibid., p. 85-114, 192-193). Ithier de Mareuil se présentait ainsi comme l’un des grands bâtisseurs de la région, à l’instar d’un Jean de Berry qui, dans les mêmes années, commanditait d’importants travaux dans la ville de Poitiers (dans le château en premier lieu), toujours scellés par l’apposition de ses propres armes (comme on le voit encore sur les remparts méridionaux de Poitiers ou sur la cheminée de la salle des Pas perdus dans le Palais des Comtes). D’ailleurs, par ses rapports étroits avec la cour ducale – Ithier fut chancelier de Jean de Berry – l’évêque aurait pu employer à Chauvigny quelques uns des maîtres d’œuvres ayant travaillé au service de Jean de Berry (Crozet 1958, p. 6-15). Si ces présences ne sont pas documentées, il est tout de même possible que les commandes ducales aient été une source d’inspiration pour l’évêque pour ses activités à Chauvigny, même en ce qui concerne l’utilisation de l’héraldique comme outil pour l’affirmation de son autorité.

Chauvigny, château des évêques, château neuf, détail de la voûte de la chapelle avec l’armoirie de Ithier de Mareuil.
En effet, l’héraldique du seigneur était probablement très bien représentée même à l’intérieur du bâtiment. Organisé sur trois étages, l’édifice était pourvu d’une salle de réception au deuxième étage, dont il ne reste malheureusement qu’une fenêtre (Bourgeois et al. 2012, p. 85-114, 192-193). Au troisième étage, se trouvait la chapelle dédiée à saint Michel, à laquelle on accédait à travers une petite salle couverte par une voûte en ogive. Celle-ci repose sur des culs-de-lampe dépourvus d’ornementation, mais peut-être peints à l’origine ; la clef de voûte porte encore les armes d’Ithier de Mareuil (Crozet 1958, 6-15) (armoirie 1b) mais sans la crosse épiscopale.
La phase de restauration et de modernisation de la résidence des évêques continua avec les successeurs d’Ithier de Mareuil. En particulier, Pierre de Trousseau (armoirie 2), évêque de Poitiers du 6 décembre 1409 au 2 mai 1413, commanda des travaux de réfection à l’étage du « bastion », comme l’atteste un fragment de son armoirie qui y a été récemment retrouvée (Bourgeois et al. 2012, p. 110). Nommé archevêque de Reims, ville où il mourut le 6 décembre 1413, Pierre de Trousseau fit également bâtir et dota une chapelle à l’intérieur de la cathédrale de Bourges, en faisant représenter les armes de sa famille (des gueules à la fasce d’azur, chargée de trois fleurs de lis d’or, accompagnée de trois trousseaux) sur la clef de voûte.






