Troyes, hôtel particulier (hôtel Molé ?)
Les musées d’Art et d’Histoire de Troyes conservent une admirable cheminée remontée au musée de Vauluisant (Troyes, musées d’Art et d’Histoire, inv. 33.1). Elle associe deux styles différents : un gothique finissant pour la partie inférieure et un vocabulaire Renaissance pour la hotte. Celle-ci accueille une Annonciation sculptée en ronde-bosse (Dubuisson 1959, p. 230) : la Vierge et l’ange Gabriel sont disposés d’un côté et de l’autre d’une niche centrale abritant un vase d’où émergent les tiges de lis, symbole de la pureté de la mère du Christ. Cette représentation est inversée par rapport au schéma habituel (qui voudrait le Vierge à droite et l’ange à gauche) : une « erreur » qui pourrait dériver d’une mauvaise interprétation d’une estampe. La même inversion s’observe sur une verrière de l’église Saint-Jean-au-Marché de Troyes. Les coins du linteau de la cheminée sont en revanche ornés de deux écussons armoriés, en forme de chanfrein (armoiries 1, 2). Se conformant au modèle en vogue à la Renaissance, les écus sont dotés de rubans, dans lesquels nous pouvons reconnaître un vestige de la guige qui servait à suspendre l’écu et que l’on trouve fréquemment représentée dans les décors héraldiques monumentaux au Moyen Âge (Hablot 2019, p. 165).

Cheminée de l’annonciation. Troyes Musée Vauluisant (jadis Troyes, hotel Molé) (photo G. Garitan_wiki).
La cheminée provient d’un hôtel particulier jadis situé au niveau du chevet de l’église Saint-Pantaléon. Cachée derrière une cloison, la cheminée avait été redécouverte lors d’une restauration : démontée en 1910 pour être remontée dans une autre maison, elle a été finalement léguée aux musées (Dubuisson 1959). L’habitation dans laquelle la cheminée avait été initialement posée était située au cœur du quartier détruit par le terrible incendie de 1524. Elle fut donc construite après cette date. Une partie de l’emprise de la maison fut amputée à la fin des années 1860, quand l’ancienne rue du Dauphin (actuelle rue de Turenne) a été retracée. Devenu insalubre, le bâtiment fut acheté par la Ville dans les années 1950 et détruit. Un immeuble d’habitation fut reconstruit sur son emplacement (Troyes, AM 1 O 798 A).
Les premiers propriétaires de cet hôtel particulier peuvent être identifiés par le biais aussi des armoiries représentées sur la cheminée. L’écu de gauche correspond à celui de l’époux et porte les armes de la famille Molé (armoirie 1) (Paris, BnF, ms. Fr. 32237, p. 421 ; Le Clert 1911, num. 1168) ; celui de droite (à la bordure ?), appartenant l’épouse, a été bûché et n’est pas identifiable (armoirie 2). Les Molé (Racines&histoire), qui donnèrent un ministre au roi Louis-Philippe Ier, figurent parmi les Troyens les plus généreux : leurs armoiries sont présentes dans de nombreuses églises de Champagne méridionale, notamment à Saint-Pantaléon, située face à l’immeuble.




