Poitiers, église Notre-Dame-la-Grande (chapelle Citoys ?)
Aucun document ne fournit la date d’édification de la troisième chapelle construite sur le flanc nord de l’église Notre-Dame-la-Grande. Elle serait en tout cas postérieure aux deux premières, érigées par Nicolas Potiers (avant 1528) et Louis Fresneau (avant 1538), puisque le chantier semble avoir procédé de la façade vers le chœur de l’église.
À défaut d’autres documents, la chapelle a été attribuée par le seul biais des écus armoriés qui l’émaillent (armoiries 1a-g) aux Citoys, une famille originaire de Poitiers occupant l’édifice à côté de la maison des Claveurier dont les membres avaient exercé les professions de papetiers, libraires ou apothicaires (Camus, Andrault-Schmitt 2002, p. 31), avant d’intégrer le corps de ville comme maires et échevins au XVIIe siècle. Cette famille aurait pourtant porté d’argent au chevron de gueules accompagné de trois pommes de pin d’azur (Beauchet-Filleau 1895, p. 498) ou de gueules (Paris, BnF Fr. 32254, p. 340), tandis que dans les armoiries reproduites dans la chapelle en Notre-Dame sont représentées, d’une manière indiscutable, des grappes de raisin.

Poitiers, église Notre-Dame-la-Grande, chapelle dite des Citoys, arc avec écu armorié encadré par des branches de vigne.
Les branches de vigne qui encadrent l’armoirie sculptée sur la clef de l’arcade donnant accès à la chapelle (armoirie 1a) offrent une possibilité de comparaison qui évacue tous les doutes. Si la chapelle de l’église Notre-Dame-la-Grande peut dont documenter la forme originale des armes des Citoys, nous devons tout de même observer que ces armes, mais dépourvues du croissant en pointe (qui pourrait donc constituer une brisure personnelle), sont portées par la famille Budé (Bibale), qui ne semble pourtant avoir entretenu des liens avec la « capitale » poitevine dans la première moitié du XVIe siècle, alors que Jean Budé, conseiller de Charles VI, avait été réfugié à Poitiers dès 1419 (Favreau 1978, p. 282). Les Choisnin, famille originaire du Châtelleraudais, portèrent également des armes semblables mais avec le champ d’or (Beauchet-Filleau 1895, p. 485), tandis que les Fradin, originaires de Saint-Jean d’Angely, portaient d’or (ou d’argent) au chevron de gueules accompagné de trois raisins de sable (ou d’azur) tigés et feuillés de sinople (Beauchet-Filleau 1905, p. 556). Le croissant d’azur en pointe (Salvini 1958, p. 628) pourrait d’ailleurs constituer une brisure de l’armoirie familiale utilisée par le bâtisseur de la chapelle pour se différencier.
Si l’identification des patrons de la chapelle demeure donc douteuse, la mise en signe de cet espace semble davantage inspirée à celle de la chapelle Potier, la première à avoir été ouverte sur le collatéral nord de l’église. Comme dans cette dernière, le meuble principal de l’armoirie, reproduite sur la clef de l’arcade donnant accès à la chapelle, est en effet représenté, une fois extrait de l’armoirie, dans les caissons du plafond (outre que dans l’encadrement de l’armoirie sculptée sur l’arcade donnant sur le collatéral). Dans la voûte, une rangée de caissons est d’ailleurs entièrement occupée par des quatre écussons en forme de chanfrein aux armes du patron de la chapelle, orientés de façon spéculaire à son axe (armoiries 1b-e).
À l’imitation de la chapelle Potier ils sont représentés comme des objets réels, fixés par le biais d’un crochet passant autour d’un anneau cloué dans le mur, selon une solution que l’on rencontre plus habituellement au XIIIe-XVe siècle. L’héraldisation de ce petit espace était complétée par l’armoirie peinte dans la partie supérieure du vitrail (armoirie 1f). Encadrée par les Vertus, elle est soutenue par deux hommes nus, placée en contraste avec le fond rouge. La même armoirie est également sculptée à l’extérieur de la chapelle (armoirie 1g), sur le tympan du mur pignon nord, donnant à l’origine sur le cloître de l’église collégiale. Dans ce cas elle est encadrée par un ruban torsadé, qui contribue à la mettre en valeur en l’isolant de l’appareillage en pierre.







