La Trimouille, église Saint-Pierre-aux-Liens
Construite au milieu du XIXe siècle, l’église Saint-Pierre-aux-Liens de La Trimouille conserve à son intérieur le couvercle d’un sarcophage en bâtière, vestige d’un tombeau d’un cavalier médiéval, déposé dans le bras droit du transept (Parvis) : retrouvé chez un particulier près de l’ancienne église Saint-Pierre à La Trimouille, il aurait été conservé par la suite à l’intérieur de la même église (Le patrimoine 2002, p. 990 ; nous n’avons pas pu examiner la pièce). Il pourrait s’agir du fragment de sarcophage datant de la première moitié du XIIIe siècle qui, signalé par Joseph Salvini (1947, p. 246), avait été réutilisé comme montant d’une porte. Salvini affirmait en effet que la pièce en question était ornée d’une épée « de type très archaïque » et d’un écu armorié dont malheureusement il ne donnait cependant aucune description. Le couvercle encore aujourd’hui visible est par contre orné, sur un des deux côtés, d’une épée et de deux écus armoriés, collés l’un à l’autre par le côté supérieur. La forme de l’arme (pommeau rond, longueur importante de la lame, garde simple et perpendiculaire au corps de l’épée) et des boucliers (triangulaire et allongée) nous porte à privilégier la chronologie proposée par Salvini (1947, p. 246) à celle à la fin du XIVe-début XVe siècle proposée par d’autres (Le patrimoine 2002, p. 990).
L’identification des armoiries reproduites sur les deux écus reste problématique. L’attribution de l’armoirie à la fasce à la famille Pot (armoirie 1), proposée en raison du mariage plus tardif de Guillaume Pot avec Blanche de la Trémouille (Le patrimoine 2002, p. 990), ne semble pas à retenir en raison aussi de l’ample diffusion de cette pièce honorable dans l’héraldique des origines. En revanche, l’armoirie aux quatre otelles posées en sautoir semble bien plus rare et pourrait donc bien identifier une famille de la région (armoirie 2). Il faudra donc noter que les comtes de Comminges – important lignage du Midi dont les liens avec le Poitou ne sont pourtant pas connu – portaient dès le XIIIe siècle des armes de gueules aux quatre otelles d’argent posées en sautoir (Paris, AN, ms. AE I 25, no./MM 648, fol. 12).
Il faudra d’ailleurs se demander pourquoi le tombeau, destiné à couvrir les dépouilles d’un seul défunt, était décoré par deux écus armoriés différents. Dès le début du XIIIe siècle sont attestés de types sigillaires reproduisant deux armoiries diverses, entre sceau et contre-sceau ou, dans les sceaux équestres, entre celles représentées sur le bouclier du chevalier et sur la housse du cheval : une multiplication de signes héraldiques qui peut s’expliquer comme le résultat d’un compagnonnage d’armes, se traduisant dans l’adoption de l’armoirie du chevalier « apparenté » (De Vaivre 1982). Avec prudence, nous pourrions donc avancer l’hypothèse que le chevalier enterré à la Trimouille (celui qui portait l’armoirie à la bande ?) avait enlacé un lien de ce type avec un autre chevalier, peut-être faisant partie de la famille des Comminges.





