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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Prindray, château de Pruniers

 

Situé en proximité de la Gartempe, à deux kilomètres au nord de Montmorillon, le château fort de Pruniers n’apparaît dans la documentation qu’à la fin du XIIIe siècle. En 1289 Egide de Villemort, dame de Pruniers et femme de Pierre de la Roche, cède à Jean Merlin un hébergement situé dans cette localité. Une « domus vocata de Pruners », placée sous l’autorité du même Pierre de la Roche, est ensuite mentionnée en 1323 (Durand 1986, t. 1, p. 217-218).

L’édifice en question n’aurait toutefois rien à voir avec le château que l’on voit aujourd’hui. Celui-ci aurait été en effet édifié dans le deuxième quart du XIVe siècle (ibid., p. 242-243). A cette époque, la structure présentait un corps de bâtiment rectangulaire doté de tourelles d’angle, d’un chemin de ronde et d’une petite cour. Placé sous l’autorité des Gilliers depuis 1372, le château fort fut largement réaménagé au début du XVe siècle afin d’en améliorer le confort. Dans ce but, des fenêtres furent ouvertes et un étage supplémentaire fut réalisé, tandis que l’accès à la structure fut protégé par la création d’une enceinte et d’un fossé, disparus pas la suite. Une chapelle fut également érigée à cette époque à l’endroit où se trouve l’oratoire actuel, construit en 1858 (ibid. p. 241). La structure fut vendue en 1579 à François de Fore qui y effectua des travaux dans les années 1580-1587 : un corps de bâti résidentiel fut ajouté à la place de la cour, un grand escalier fut construit pour desservir les étages, des portes et fenêtres furent transformées, de nouvelles salles furent crées à la place des celles d’époque médiévale et les éléments jadis nécessaires à la défense du site furent supprimés (ibid., p. 239-240). Passé dans de différents mains aux XVIIIe-XXe siècle, le château de Pruniers, inscrit aux monuments historiques en 1973 (base Pop), a été restauré dans les années 1970 (Inventaire. Patrimoine et inventaire de Nouvelle-Aquitaine ; Durand, Andrault 1995, p. 366).

Prindray, château de Pruniers, porte d’entrée avec écusson armorié remployé (©Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel).

La porte d’entrée du château est timbrée d’un écusson armorié de remploi (armoirie 1), placé à cet endroit lors des travaux réalisés dans les années 1970 (Durand 1986, t. 1, p. 226). Puisque l’origine de la pierre armoriée n’est pas connue, il est difficile de déterminer quel personnage ou famille elle identifiait. En Poitou, des armes à trois fusées rangées en fasce sont porté par Audebert Porret (Eygun 1938, p. 415, num. 1504 ; Sigilla), abbé de Nouaillé-Maupertuis (1310-1331), et par son successeur Guillaume IV (1331-1370), probablement appartenant à sa même famille, qui les brisait avec un lambel (Eygun 1938, p. 416, num. 1505 ; Sigilla). Par sa forme, l’écu remployé dans le château de Pruniers semblerait cependant dater plutôt du XVe siècle ou du début du XVIe.

Prindray, château de Pruniers, salle au premier étage, fragments de peintures murales (avant restauration) (© Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel).

C’est l’intérieur de l’édifice qui conserve les vestiges héraldiques les plus significatives. Dans la salle sud-ouest du premier étage les restaurateurs ont en effet récupéré et restauré en 1978 d’amples pans d’un palimpseste pictural datant de la fin du Moyen-Âge portant des éléments armoriés (Durand 1986, t. 1, p. 231). La première strate, datée de la première moitié du XIVe siècle (Landry-Delcroix s.l. 2008), présente une tapisserie peinte formée par des losanges à redents de couleurs jaune, rouge et azur alternées, séparées par des carreaux blancs cernés de noir. Un bandeau contenant une frise végétale bordait ce décor. Chargée d’écussons probablement à l’origine armoriés, mais désormais dépourvus de toute trace d’armoiries (armoiries 2a- ?), cette frise feuillagée était surmontée d’une fasce peinte en jaune, parsemée de fleurs rouges.

Situés sur le mur sud, ces peintures appartenaient probablement à l’ornementation d’une seule grande pièce située au rez-de-chaussée de l’édifice et haute de 6,60 mètres, partagée en son hauteur en deux salles superposées au cours des travaux réalisés au XVe siècle (Durand 1986, t. 1, p. 236-237). Cette transformation, qui comporta aussi la réalisation d’une cheminée et l’ouverture d’une nouvelle fenêtre (ibid., p. 238) aurait pu entrainer la réfection de la décoration peinte (ibid., p. 243). Une tapisserie héraldique alignant des lions rampants d’argent, posés sur un fond de gueules parsemé de trèfles (armoiries 3a- ?), recouvra intégralement le premier décor géométrique, tout en préservant probablement la partie supérieure de ce dernier, avec le bandeau orné d’une frise végétale et d’écussons armoriés. Si ce décor semble approprié pour une salle d’apparat (Landry-Delcroix s.l. 2008), nous devrions tout de même observer que c’est plutôt la pièce nord-est, attenante à celle-ci, qui semble avoir exercé les fonctions de salle noble du château, au moins au XVe siècle (Durand 1986, t. 1, p. 232).

Prindray, château de Pruniers, salle au premier étage, palimpseste pictural avec tapisserie géométrique (milieu XIVe siècle ?) et décor armorié (début XVe siècle ?).

L’identification de cette armoirie au lion demeure incertaine, puisqu’aucun personnage situé dans l’entourage des Gilliers, propriétaires du château au moment de la réalisation du décor peint, semble avoir porté ces armes. Des armoiries de ce type sont en effet utilisées par la famille saintongeaise des Montendre, comme l’attestent le sceau d’Alain de Montendre, vivant en 1300, celui peut-être d’un deuxième personnage du même nom vivant en 1352 (Demay 1885-1886, p. 664-665, num. 6309-6310 ; « Inventaire… » 1886, p. 307) et celui de Pierre de Montendre qui, au début du XVe siècle, semble ajouter une bordure engrêlée aux armes familiales (Eygun 1938, p. 233, num. 510). Les Montendre ne semblent toutefois pas avoir entretenu des liens avec le château de Pruniers et ses propriétaires. Il en est de même pour les Antoing, famille originaire de la localité homonyme située à la frontière entre Flandre et Hainaut, qui d’après certains aurait également porté une armoirie « de gueules semé de trèfles d’argent, au lion du même brochant sur le tout » (Renard 1924, p. 54), que nous n’avons toutefois pas retrouvée dans les sceaux attribués au lignage (Demay 1873, num. 421-425 ; Bruxelles, Archives générales du Royaume, collection des moulages de sceaux).

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Prindray, château de Pruniers, https://armma.saprat.fr/monument/prindray-chateau-de-pruniers/, consulté le 27/05/2024.

 

Bibliographie études

Demay Germain, Inventaire des sceaux de la collection Clairambault à la Bibliothèque nationale, t. 1, Paris 1885-1886.

Demay Germain, Inventaire des sceaux de la Flandre, t. 1, Paris 1873.

Durand Philippe, Les châteaux de la baronnie de Montmorillon aux XIVe et XVe siècle, thèse de doctorat, dir. R. Favreau, Université de Poitiers 1986.

Durand Philippe, Andrault Jean-Pierre, Châteaux, Manoirs et logis. La Vienne, Paris 1995.

Eygun François, Sigillographie du Poitou jusqu’en 1515, Poitiers 1938.

Landry-Delcroix Claudine, « Les décors civils du Poitou du XIIe au XVe siècle. État de la question », dans: D’intimité, d’éternité. Le décor peint dans la demeure au Moyen Âge, actes du colloque (Angers 2007), s.l. 2008.

« Inventaire des sceaux de la collection Clairambault », Bulletin de la société des archives historiques de la Saintogne et de l’Aunis, 6, 1886 (1887), p. 302-308.

Renard César, Bailleul en Tournaisis, Dunkerque 1924 (Société d’études de la province de Cambrai. Recueil, t. 8).

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Prindray, château de Pruniers. Armoirie inconnue (armoirie 1)

De… à trois fusées de… rangées en fasce.

  • Attribution : Armoirie inconnue
  • Position : Inconnue
  • Étage : Inconnu
  • Pièce / Partie de l'édifice : Inconnue
  • Emplacement précis : Inconnu
  • Support armorié : Inconnu
  • Structure actuelle de conservation : Pièce remployée
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1401-1425 ; 1426-1450 ; 1451-1475 ; 1476-1500
  • Dans le monument : Prindray, château de Pruniers

Prindray, château de Pruniers. Armoirie illisible (armoiries 2a- ?)

De…

  • Attribution : Armoirie illisible
  • Position : Intérieur
  • Étage : Rez-de-chaussée
  • Pièce / Partie de l'édifice : Salle
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Mur
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Peinture murale
  • Période : 1326-1350
  • Dans le monument : Prindray, château de Pruniers

Prindray, château de Pruniers. Armoirie inconnue (armoiries 3a- ?)

De gueules semé de trèfles d’argent au lion du même.

  • Attribution : Armoirie inconnue
  • Position : Intérieur
  • Étage : 1er étage
  • Pièce / Partie de l'édifice : Salle
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Mur
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Peinture murale
  • Période : 1401-1425 ; 1426-1450
  • Dans le monument : Prindray, château de Pruniers

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