Vouneuil-sur-Vienne, prieuré de Savigny
Dépendant de l’abbaye clunisienne de Saint-Cyprien de Poitiers, le prieuré de Savigny fut fondé vers le milieu du Xe siècle par Richard, trésorier du chapitre de la cathédrale de Poitiers (Lalanne 1859, p. 554). Une première chapelle, dédiée à la Vierge et à saint Pierre, fut en effet consacrée en 942 par Alboin, évêque de Poitiers. À défaut d’études archéologiques plus détaillés, les caractéristiques architecturales et les éléments du décor montrent que l’édifice fut totalement rénové au XVe siècle. De cette époque datent sûrement les grandes baies ogivales, avec la partie supérieure décorée d’arcs trilobés, ouvertes sur le côté sud et dans l’abside ; les voûtes qui couvraient jadis la nef, détruites en 1793 ; le portail sur le côté sud.
Encadré par des colonnettes prismatiques terminant dans de chapiteaux foliacés, ce dernier s’inscrit dans une accolade élancée, dont le profil externe est orné par des grosses feuilles charnues. Au milieu du tympan une statue – vraisemblablement de la Vierge ou de saint Pierre – était installée sur la console encore visible, protégée par le dais installé tout en haut. Deux écus armoriés sont placés des deux côtés du chou par lequel culmine l’accolade, aux deux angles inferieurs de l’étrange composition en relief qui surmonte le portail.
Les deux écussons (armoiries 1, 2), également timbrés d’une crosse, ne portent pas les armes des abbés de Saint-Cyprien, comme on l’a parfois affirmé (Le patrimoine des communes 2002, p. 1121), mais de Pierre d’Amboise (Crozet 1942, p. 172, n. 669 ; Souchal 1976, p. 521), évêque de Poitiers de 1481 à 1505 (Vallière 2008, p. 181-184). Sur la gauche nous reconnaissons son armoirie personnelle, surmontée d’une crosse (armoirie 1) : écartelé : au 1 et 4 palé d’or et de gueules (Amboise) ; au 2, d’azur à un croissant d’argent accompagné de huit croisettes en orle d’or (Bueil: repris de sa mère Anne de Bueil) ; au 3, d’azur à une bande d’argent côtoyée de deux cotices potencées et contre-potencées d’or (Sancerre : repris de sa mère Anne de Bueil, fille de Marguerite, dauphine d’Auvergne) ; à un écu d’or à un dauphin d’azur en abîme (Dauphiné d’Auvergne : repris de sa mère Anne de Bueil, fille de Marguerite, dauphine d’Auvergne) (Souchal 1976, p. 499 ; Hablot 2013, p. 40).
Ces armes se retrouvent dans d’autres ouvrages commandités par l’évêque. Nous les voyons sur la clef de voûte de la chapelle du château de Dissay et, dans le même village, à l’intérieur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (celles sculptées sur la façade étant une copie moderne) ; à Poitiers, elles sont sur la tour nord de la cathédrale (Hablot 2013) et sur le mur externe d’une chapelle de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers ; enfin, elles étaient reproduites sur la sa plaque tombale en cuivre, jadis dans la chapelle-collégiale qu’il avait fondé dans l’enceinte de son château de Dissay (Paris, BnF, coll. Gaignières ; Bouchot 1891, n. 4123).
L’écu de droite est chargé d’un palé, à savoir les armes simples d’Amboise : d’or à trois pals de gueules (armoirie 2). Grand bâtisseur et commanditaire raffiné, Pierre d’Amboise consacra en moyenne 500 livres de son revenu chaque année pour l’entretien des édifices de son diocèse. Outre les édifices susmentionnés, il s’occupa notamment de la restauration de l’église de Buxerolles (Salvini 1939, p. 106, note 1) et du cloître de Saint-Jouin-de-Marnes, également timbrés par les armes de l’évêque (Vallière 2008, p. 184), dans la forme « simplifiée ».
La présence des armes du prélat à l’entrée du petit prieuré de Savigny peut s’expliquer par le fait que le prieuré appartenait à la « mouvance féodale » de l’évêque (Salvini 1939, p. 106, note 2 sans pourtant citer des documents). L’apposition des armes sur le prieuré de Savigny pouvait toutefois aussi participer d’une plus large stratégie d’imposition de l’autorité épiscopale dans le diocèse, et répondrait parfaitement au projet de Pierre d’affirmer son contrôle sur les abbayes qui s’y trouvaient. Il ne faudra donc pas oublier qu’à partir de 1484 un long conflit – résolu seulement en 1491 – opposa Pierre d’Amboise à l’abbaye de Saint-Cyprien – dont dépendait justement le prieuré de Savigny – à propos du droit de visite, jugé trop élevé, et de la nécessité de faire une procuration pour deux prieurés qui en dépendaient (Vallière 2008, p. 182).
En revanche, il ne semble pas possible de relier ce décor à l’initiative d’un fils naturels de Pierre d’Amboise – un certain René, né en 1477 – qui aurait été abbé de Saint-Cyprien (comme le voudraient Anselme 1733, p. 124 et Bardot de la Trésorière 1858, p. 64, note 2), puisque l’information est dépourvue de tout fondement historique.
Il est plausible que des travaux furent lancés à la même époque dans d’autres parties de la structure monastique. Les contreforts installés pour consolider la poterne d’entrée furent alors ornés de deux écussons, protégés par un larmier (armoiries 3-4) : un seulement est encore visible (armoirie 4), tandis que l’autre a été démoli ou a été détruit par les agents atmosphériques (nous le reconnaissons dans un dessin de René Duvau daté de 1942 : Musées de Chatellerault n. inv 1999.1426.403) (armoirie 3). La surface de l’écusson conservé est toutefois trop abimée pour pouvoir identifier l’armorie qui le chargeait.










