Parthenay, porte Saint-Jacques
Placée sur le coté nord, la porte Saint-Jacques constitue la seule conservée parmi les quatre qui s’ouvraient jadis dans l’enceinte de la ville de Parthenay. Bâtie sur la route qui mène en direction de Bressuire et Thouars et ouvrante sur l’axe qui traversait la ville du nord à sud, elle daterait, dans ses parties les plus anciennes, des années 1203-1230 ( Maxwell 2007, p. 23 ; Baudry, Cavaillès 2005, p. 26). Elle fut plusieurs fois remaniée au cours des siècles, notamment entre la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Flanquée par deux tours plaines saillantes, en forme d’amande, cette porte est couronnée par une imposante structure de mâchicoulis, reconstruite vers la fin du XIXe siècle (Baudry, Cavaillès 2005, p. 26-27).
Sur le front externe de la porte, au dessus de la baie d’entrée sont encastrés deux reliefs, sculptés dans une pierre blanche, différente par rapport à celle qui a été utilisée pour l’appareillage de la structure. Sévèrement endommagés et usés par les intempéries, les deux fragments, visiblement datant de la pleine Renaissance, sont aujourd’hui difficilement lisibles. Celui de gauche est orné d’un écusson surmonté d’une couronne probablement ducale, comme le laisserait penser l’absence de fleurons (armoirie 1).
Il était vraisemblablement soutenu par deux génies ailés : les ailes du personnage de droite sont encore bien lisibles et on décèle, traversant sa poitrine, la bretelle pour suspendre un carquois sur le dos. L’écusson, à l’intérieur duquel on voit encore une fleur de lys en haut à gauche, semble avoir été encadré par deux colliers : celui de l’Ordre du Saint-Esprit, avec des flammes – visibles en bas à gauche – et celui de Saint-Michel, avec des coquilles que l’on devine des deux côté de l’écu. L’ensemble était ensuite complété par deux branches végétales (de palmier ?) et, aux extrémités du fragment sculpté, par deux vases dont sortaient des flammes. Le panneau de droite porte une composition tout à fait similaire. Au centre, un écusson en forme de tête de cheval (ou de chanfrein) est chargé d’une armoirie fascée à la bande brochant (une ligne diagonale semble traverser l’écu) (armoirie 2). Il est tenu par deux personnages : sur la droite, un homme habillé d’une armure à l’ancienne – comme l’indiquent l’aspect des éléments de protection de sa jambe gauche –, sur la gauche, une figure très abîmée et presque illisible, qui pourrait appartenir à un animal (un bouquetin ? un griffon ?).
Les deux armoiries ont récemment été attribuées à Louis II d’Orléans, duc de Longueville, qui fut seigneur de Parthenay en 1516-1536 (Fleuret 1994, p. 73 ; Verdon 1997) et à Jean d’Orléans, archevêque de Toulouse, qui avait donné 500 livres en 1523 pour compléter la reconstruction des fortifications de la ville (Ledain 1876, p. 236 ; Baudry, Cavaillès 2005, p. 26). L’identification demeure à notre avis problématique. D’abord, parce qu’il n’y a aucune trace des enseignes épiscopales qui auraient dû accompagner l’armoirie de l’évêque Jean. Ensuite, parce que les qualités formelles des deux reliefs semblent correspondre à une datation plus avancée, entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe. Enfin, parce que rien n’assure que les deux fragments appartenaient dès l’origine à la porte monumentale. Il pourrait en effet s’agir de remploi comme l’indique le fait que les deux compositions héraldiques ne sont pas placées à la même hauteur et présentent des encadrements tout à fait différents : dans celle de droite, le cadre inferieur est mouluré et parcouru par des fleurs charnues, tandis que celui de la pièce à l’armoirie fleurdelisée semble plat et dépourvu d’éléments ornementaux.
Il faut donc repartir de l’identification proposée par Bélisaire Ledain qui écrivait en 1876 et voyait les armories dans des conditions de conservation surement meilleures, même si déjà « martelées » (Ledain 1876, p. 4; Id. 1894, p. 22). Il y reconnaissait les armes des L’Archevêque, seigneurs de Parthenay jusqu’en 1427. En effet, l’écusson sur la droite (armoirie 2) représentait les armes des L’Archevêque, mais il s’agissait probablement d’une armoirie qui était utilisée à l’époque par le corps de ville – une institution urbaine est documenté dès le milieu du XVe siècle (Fleuret 1994, p. 88-93) – comme on le voit dans le moulage du sceau à contrats reproduit sur la cloche de la porte dite de l’Horloge, faite « refaire par vray les habitants de Parthenay ». Il est également certain que l’armoirie de gauche (armorie 1) appartenait à un seigneur de Parthenay, ville qui passa au comte à Jean d’Orléans, comte de Dunois, en 1458, à la mort d’Arthur III de Bretagne. Le style du relief et la présence, plus que probable, des colliers de l’Ordre de Saint-Michel et de celui du Saint-Esprit, ce dernier institué par Henri III en 1578, laissent d’ailleurs peu de doutes sur le propriétaire de l’armoirie, vraisemblablement à reconnaître avec Henri d’Orléans-Longueville (1568-1595), qui fut seigneur de Parthenay en 1573-1595 et chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit et de l’Ordre de Saint-Michel.






