ArmmA

ARmorial Monumental du Moyen-Âge
Afficher la recherche

Rechercher dans le site

Recherche héraldique

Poitiers, pont Joubert

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le pont Joubert fut un des plus importants de la ville car il permettait de relier la route venant de Bourges à la Grand’rue, la voie principale d’accès au centre ville correspondant au decumanus de la ville romaine. Selon les cérémoniaux, les évêques devaient faire leur entrée solennelle à travers ce pont.

Il est cité dans les documents à partir de 1083 comme Pons Engelberti, probablement en référence à Ingelbert, à l’époque prévôt du duc d’Aquitaine, qui en promut la construction. On le retrouve mentionné dans d’autres documents tout au long des XIIIe et XIVe siècles (Ginot 1936-1938, p. 270). Réaménagé à la fin du XIVe siècle – en 1390 le duc de Berry autorisa la réfection totale de la porte du pont et en 1399 l’abatage du dos d’âne qu’il formait –, il fut totalement reconstruit quand Hilaire Larcher était maire de la ville, à savoir entre juillet 1450 et juillet 1451 (ibidem). Les travaux avaient été décidés en prévision de la venue du roi à Poitiers (Favreau 2014, p. 247). Ils étaient probablement conclus en novembre de la même année, lorsque un ordre de paiement des maçons qui avaient travaillé à l’oeuvre fut émis (la quittance ne sera signée qu’en août 1451; Crozet 1942, p. 134, doc.  529b). Le pont, même si restauré à plusieurs reprises, ne sera plus modifié jusqu’à 1829, quand ses tours et ses portes fortifiées furent abattues parce qu’elles gênaient la circulation (Foucart 1840, p. 150).

F. Nautré, Le siège de Poitiers par l'amiral Colgny, 1619. Poitiers, Musée Sainte-Croix.

F. Nautré, Le siège de Poitiers par l’amiral Colgny, 1619. Poitiers, Musée Sainte-Croix.

Le tableau de François Nautré, aujourd’hui exposé au Musée Sainte-Croix, et quelques gravures du début du XIXe siècle (Guide pittoresque 1838, pl. entre p. 12 et 13) permettent de se faire une idée plus exacte de sa structure. Une chapelle dédiée à la Vierge se trouvait sur une des piles du pont (De Chergé 1851, p. 98). Elle était précédée, du côté de Montbernage, par une haute porte fortifiée, qui représentait le premier bastion de la ville visible à tous ceux qui provenaient de l’extérieur. Côtoyée par deux tours munies de bretèches et reliée à un pont levis, elle surveillait l’accès au pont. Un édifice bas, couvert par une toit à deux pentes, flanquait la tour méridionale, longeant probablement l’espace occupé par le pont levis, tandis que deux autres tourelles surveillaient un premier barrage. Enfin, d’après le tableau de Nautré, un autre édifice se trouvait à l’entrée du pont, en face de la fontaine dite du Pont Joubert.

L’inscription commémorative de l’édification du pont, sauvée lors des démolitions commencées en 1829 et actuellement conservée dans les réserves du Musée Sainte-Croix provient de ce dernier bâtiment. Notamment, elle aurait été enlevée en 1848 pour être déposée au Musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest (Ledain 1897, p. 393, note 3). En effet, d’après Longeumar, nous savons que la pierre inscrite (70 x 26/30 centimètres) était « jadis incrustée dans le mur d’un corps de garde qui se trouvait à l’entrée du pont » (De Longuemar 1863, p. 246-247, num. 125), tandis que, un siècle plus tôt, Pierre de Beaumesnil précisait déjà qu’elle se trouvait « au pied d’une croix à la main gauche du pont » (Poitiers BM ms. 384, f. 69v).

Inscription aux armes de Larcher. Poitiers, Musée Sainte-Croix (réserves) (provenant du Pont-Joubert).

Inscription aux armes de Larcher. Poitiers, Musée Sainte-Croix (réserves) (provenant du Pont-Joubert).

Elle apparaît dans une photographie de la salle au rez-de-chaussé de l’Hotel de l’Échevinage –réalisée par Jules Rebuchon – qui, à la fin du XIXe siècle, logeait une partie des collections lapidaires de la Société des Antiquaires de l’Ouest (Robuchon 1890, pl. entre p. 28 et 29). L’inscription, en lettres gothiques, mentionne les travaux effectués, la date de leur exécution et le nom du maire qui les avait fait réaliser. Le texte en rime joue notamment sur l’assonance entre le nom du commanditaire (Larcher) et la nature de l’oeuvre qui venait d’être complétée (« archere ») : LAN MIL CCCC CINQUA(N)TE ET UNG / LAN QUE DIEU ET SAI(N)T JEH(AN) FURE(N). UNG / HILAIRE LARCHER, CHEVALIER MAIRE / CEST PONT ET ARCHERE SI FIT FAIRE (Favreau, sous presse). Au centre des quatre lignes de l’inscription se trouvait un écu armorié (armoirie 1), aujourd’hui illisible. Pourtant, même s’il avait été « gratté avec soin » (De Longuemar 1863, p. 246-247, num. 125 ), les armes des Larcher – qui portaient « d’azur à trois arcs d’or bandé d’argent » (Thibaudeau 1840, p. 370) – étaient encore identifiables à la fin du XIXe siècle, quand la pierre se trouvait dans le lapidaire des Antiquaires de l’Ouest (Ledain 1883, p. 515, num. 712).

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Poitiers, pont Joubert, https://armma.saprat.fr/monument/pont-joubert-poitiers/, consulté le 24/10/2021.

 

Bibliographie sources

Poitiers, BM ms. 384, Pierre de Beaumesnil, Antiquités de la ville de Poitiers, province de Poictou et Aquitaine…

Bibliographie études

Guide pittoresque du voyageur en France, t. I, Paris 1838.

E.-V. Foucart, « Poitiers et ses monuments », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, s. 1, 7, 1840, p. 103-202.

A.-R.-H. Thibaudeau. Histoire du Poitou. Nouvelle édition continuée jusqu’en 1789, Niort 1840.

C. de Chergé, Le guide du voyageur à Poitiers, Poitiers 1851.

A. le Touzé de Longuemar, « Epigraphie du Haut-Poitou », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, s. 1, t. 28, 1863, p. 43-399.

B. Ledain (par), « Musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Catalogue de la galerie lapidaire », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, VI, 1883, p. 459-547.

J. Robuchon, Paysages et monuments du Poitou photographiés, I. Poitiers (Vienne), Paris 1890.

B. Ledain, « Les maires de Poitiers », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, s. 2, 20, 1897, p. 215-774.

R. Crozet, Textes et documents relatifs à l’histoire des arts en Poitou (Moyen âge – Début de la Renaissance), Poitiers 1942.

E. Ginot, « Le Pont Joubert et ses fontaines », dans Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, s. 3, t. 11, 1936-1938, p. 268-285.

R. Favreau (éd.), Poitiers de Charles VII à Louis XI. Registres de délibérations du corps de ville n° 4 et 5 (début) (1449-1466), Poitiers 2014.

R. Favreau, sous presse.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Pont Joubert, Poitiers. Armoirie Hilaire Larcher (armoirie 1)

(D’azur à trois arcs d’or).

  • Attribution : Larcher, Hilaire ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Corps de garde ;
  • Emplacement précis : Mur ;
  • Support armorié : Inscription ;
  • Structure actuelle de conservation : Poitiers, Musée Sainte-Croix, réserves ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1451-1475 ;
  • Dans le monument : Poitiers, pont Joubert

Recherche

Menu principal

Haut de page