Poitiers, Grand Prieuré d’Aquitaine
Les deux clefs de voûte armoriées sont identifiables avec deux pièces sculptées mentionnées dans le catalogue du musée lapidaire de la Société des Antiquaires de l’Ouest de 1843, sous le numéro d’inventaire 256 (Catalogue 1843, p. 47, num. 4-5). Elles avaient été offertes par le conseiller Gennet, qui les avait récupérées de l’hôtel du grand prieuré d’Aquitaine, dont la façade monumentale – achevée en 1667 – est encore bien visible sur la Grand’rue. Sur la base de la description des armoiries, inventoriées erronément comme des « cul[s] de lampe en pierre coloriée », on peut relier la mention du catalogue aux deux clefs de voûte armoriées aujourd’hui conservées dans les réserves du musée Sainte-Croix (armoiries 1-2). Les analogies formelles et de composition laissent imaginer que les deux clefs de voûte appartenaient à la même structure, tout comme une troisième représentant saint Jean Evangéliste accompagné par son aigle, celle-ci répertoriée dans le catalogue du musée de 1843 (Catalogue 1843, p. 47, num. 7 ; Ledain 1883, n. 815).

Clef de voûte ornée d’un écusson aux armes de Jacques Pelloquin. Poitiers, Musée Sainte-Croix (provenant de Poitiers, Grand prieuré d’Aquitaine).
Les catalogues anciens des collections poitevines attribuent les armoiries à Jacques Aymer (armoirie 2), qui fut commandeur de Villegast en 1536-1539 et à Jacques Pelloquin (armoirie 1), qui occupa la même charge en 1549 et 1556 (Ledain 1883, p. 529, n. 813-814). Pourtant, il semble peu probable que les armes des commandeurs d’une commanderie secondaire, située en Charente au sud de Ruffec, apparaissaient à une telle distance et, surtout, dans les locaux du prieuré qui avait la fonction de gerer les biens de l’ordre dispersés entre les 228 commanderies situées en Anjou, Angoumois, Bretagne, Maine, Poitou, Touraine et Saintonge (Robuchon 1890, p. 157 ; Brissaud 1988, p. 186-187). De même, la grande visibilité donnée à ces armes et leur qualité formelle remarquable laissent penser qu’elles représentaient des personnages de plus haut rang. Nous ne pourrons donc pas ignorer que Jacques Pelloquin fut grand prieur d’Aquitaine en 1539-1559 et que la même charge fut occupée par Bertrand Pelloquin en 1599-1611 (Fitzpatrick Kennedy 2006, p. 4).

Clef de voûte ornée d’un écusson aux armes des Aymer. Poitiers, Musée Sainte-Croix (provenant de Poitiers, Grand prieuré d’Aquitaine).
Si les caractéristiques formelles des deux pièces sculptées semblent convenir à une datation comprise entre 1540 et 1550 (Sophie Jugie, communication orale), leur exécution pourrait être en lien avec la construction d’une chapelle pour la maison de Montgauguier par Jacques Pelloquin avant 1559. Un document témoigne qu’à cette date le grand prieur avait fondé une chapellenie « en la chapelle que ledict […] a faict construire et édiffier en la maison de Mongauguier de ceste ville de Poitiers » (Crozet 1942, p. 252, doc. 952). Il devait s’agir d’une structure attenante à l’hôtel du commandeur de Montgaugier, construit dans l’enceinte du Grand Prieuré d’Aquitaine – comme c’était le cas de l’hôtel du commandeur de Saint-Georges-les-Baillargeaux (Montenon 1930, p. 711-712) – et donnant sur la rue qui en porte encore le nom (Foucart 1841, p. 97). Malheureusement, la clef de voûte aux armes de la famille Aymer ne nous aide ni à resserrer, ni à confirmer cette chronologie. De nombreux membres de la famille Aymer entrèrent en effet dans l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans ces années, sans qu’aucun d’entre eux soit explicitement lié à la commanderie de Poitiers : Jacques, fils de Jean II, devint grand prieur de Champagne en 1505 et mourut en 1528 ; Antoine et Jacques, fils de Jean III, firent leurs preuves à Rhodes en 1502 et 1507 (Beauchet-Filleau 1891, p. 214 ; Armorial général 1868, p. 51-52) ; un fils de François Aymer eut la commanderie de Quimper en 1589 (De la Cesnaye 1770, p. 609).
Il est donc plausible qu’à l’époque de la construction de la chapelle par Jacques Pelloquin, un membre de la famille Aymer ait été commandeur de Montgauguier ou, plutôt, de la chambre prieurale de Saint-Georges, qui réunissait les commanderies de Saint-Georges, Chasseneuil, L’Epine, Montgauguier et La Lande de Craon (Robuchon 1890, p. 158). La provenance des deux pièces de l’hôtel du Grand prieuré d’Aquitaine – connu aussi sous le nom d’hôtel Saint-Georges – paraît cependant assez vague et nous ne pouvons pas exclure qu’elles y avaient été déposées temporairement avant que cet édifice, bâti vers 1330 comme siège d’administration des biens des Hospitaliers de Saint-Jean, fusse à son tour détruit à la suite de sa vente comme bien national (Robuchon 1890, p. 161). Aussi, elles auraient pu appartenir à une « des salles voûtées en pierre » dont parlait le baron Guilhermy (Crozet, Clément 1941, p. 515).




