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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Plounérin, colombier de Bruillac

Le manoir de Bruillac fut l’une des principales maisons nobles de Plounérin, à l’est de Morlaix, mais il n’en subsiste à peu près rien. Le manoir lui-même a été lourdement remanié. Il n’en demeure que le parti général de l’élévation au nord et quelques éléments sculptés insérés en réemploi. Un portail monumental, encore visible sur des cartes postales du début du XXe siècle, a été vendu. Seul reste le colombier, tombé progressivement en ruines, éventré, mais qui fut entièrement réhabilité entre 2003 et 2005 (Gertrude).

Le linteau de la porte est gravé des armes des Plusquellec, d’argent à trois chevrons de gueules ou chevronné de six pièces d’argent et de gueules, mi-parties de celles des Penmarc’h d’or à trois merlettes ou colombes d’azur (armoirie 1). Ce sont celles de Jehan de Plusquellec sieur de Bruillac et de son épouse Aliette de Penmarc’h, fille de Penmarc’h en Saint-Frégant dans l’évêché de Léon. Leur union fut scellée par contrat du 22 novembre 1473 (AD du Finistère, 32 J 54), et permit de régler un différend entre les seigneurs de Bruillac et les Coëtivy à propos de la succession du comté de Taillebourg. Aliette était en effet la fille de Henri de Penmarc’h et d’Alix de Coetivy, qui était sœur de Prigent, amiral de France, d’Alain, cardinal de Saint-Praxède, et d’Olivier, sire de Taillebourg et chambellan du roi.

Plounérin, colombier de Bruillac.

Jehan de Plusquellec décéda pour sa part en février 1506 (AD de Loire Atlantique, B 1796), ce qui pose le terminus ad quem pour la construction du colombier, intervenue entre 1473 et 1506.

L’écusson a été dessiné à deux reprises vers 1930 par l’archiviste du Finistère Louis le Guennec, une première fois en illustration d’une étude de Farcy sur les seigneurs de Penmarc’h (Farcy 1930), la deuxième pour représenter une alliance visible dans la maîtresse-vitre de la chapelle de Notre-Dame de Keramanac’h en Plounévez Moëdec, depuis disparue.

La seigneurie de Bruillac était la propriété d’une branche des seigneurs de Plusquellec citée en 1377 en la personne de « Morice de Ploesquaeleuc du Bruillac », cousin de Morice sieur de Plusquellec (BnF ms. fr. 22 319). Son descendant Jean de Plusquellec, sieur de Bruillac, devint seigneur de Kermavan en épousant Françoise de Kermavan, héritière après le décès sans hoir de ses deux frères Charles et Tanguy de Kermavan. Le manoir resta dans la famille jusque 1618, date à laquelle Charles de Maillé, marquis de Kermavan, l’échangea contre des terres en Léon par une transaction avec Jean du Chastel, seigneur de Coetangars, qui en devint le nouveau seigneur (AD des Côtes d’Armor, 1 E 1566).

Ruines de la porte et du colombier du manoir de Bruillac en Plounérin, carte postale colorisée, vers 1900.

Les Plusquellec de Bruillac portaient les armes de la branche aînée, chevronné d’argent et de gueules de six pièces, brisées en signe de juveigneurie d’un lambel d’azur. Il existe encore deux empreintes du sceau de Morice datées de 1373 et 1381 (AnF D 3243 ; AnF J 242 num. 57, pièce 5) où les chevronné et le lambel sont bien visibles. Le chevronné, partition relativement rare, semble avoir été commué dans la suite en trois chevrons. C’est sous cette forme que les armes de Plusquellec étaient représentées à la maîtresse-vitre du couvent dominicain de Morlaix au témoignage du Bref estat des prééminences de Maillé-Carman par Bourriquen en 1614, ou d’après le dessin de Le Guennec pour la chapelle de Notre-Dame de Keramanac’h. On remarque encore que le lambel n’a pas été figuré au linteau du colombier et que le sculpteur a utilisé un artifice en décalant les chevrons vers la dextre afin d’en montrer les pointes, sans doute pour qu’il n’y ait pas de confusion avec des barres. Leur représentation semble avoir été plus conforme à la verrière de Keramanac’h.

Détail de l’écusson aux armes de Jehan de Plusquellec et Aliette de Penmarc’h, Plounérin, colombier de Bruillac.

Les armoiries des Penmarc’h ont quant à elles varié avec le temps (Farcy, 1930) : primitivement d’or à la fasce d’azur accompagné de six pigeons de même, elle devinrent d’or à trois merlettes d’azur. La version de gueules à la tête de cheval d’argent, parlante (pen marc’h signifie tête de cheval en Breton, et l’on relève un lien avec la légende bretonne du roi Marc’h aux oreilles de cheval), est plus commune, mais tardive, ne remontant pas avant la fin du XVIe ou le début du XVIIe siècle (ibid.). C’est donc le deuxième état qui est sculpté sur le colombier. L’espèce exacte des oiseaux ne semble pas avoir été bien définie, sans qu’il faille y chercher un sens ou une brisure : le plus souvent désignés comme colombes ou merlettes, on relève également le terme d’oiselles, traditionnellement représentées sans bec ni patte. Malgré une lecture difficile, il semble que le bec soit sculpté, mais pas les pattes, comme ce qui s’observe sur plusieurs écussons à l’église de Goulven en Léon.

On notera enfin que suivant un procès verbal de 1679, les armes du couple étaient en bonne place au centre de la rose à la maîtresse vitre de l’église de Plounérin, où elles figuraient parmi d’autres alliances de Plusquellec (ADF A 19).

Auteur : Marc Faujour

Pour citer cet article

Marc Faujour, Plounérin, colombier de Bruillac, https://armma.saprat.fr/monument/plounerin-colombier-de-bruillac/, consulté le 30/07/2021.

 

Bibliographie sources

Paris, AnF, D 3243, sceau de Morice de Plusquellec, sieur de Bruillac.

Paris, AnF, J 242, num. 57, pièce 5, sceau de Morice de Plusquellec, sieur de Bruillac.

Paris, BnF, ms. fr. 22 319, p 139.

Quimper, AD du Finistère, 32 J 54, Chartrier de Kerézellec, contrat de mariage du 22 novembre 1473 ; Renoncement sur les seigneuries de Taillebourg et du Cluzeau du 22 Novembre 1474.

Quimper, AD du Finistère, A 19, f. 184, Procès-verbal de prééminences pour la paroisse de Plounérin, 1679.

Bibliographie études

Couffon, René, « Prééminences dans six églises trégoroises en 1679 », Bulletin de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord, 99, 1971, p. 32-61 (extrait pour Plounérin).

De Farcy, Louis, « Les seigneurs de Penmarc’h en Saint-Frégant », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 47, 1930, p. 52-92.

Le Borgne, Guy, Armorial breton, Rennes 1667.

Colombier de Bruillac (Plounérin), Inventaire, base Gertrude (cons. le 07 mai 2021).

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Plounérin, colombier de Bruillac. Armoirie Jehan de Plusquellec, Aliette de Penmarc’h (armoirie 1)

Mi-parti, au 1 : d’argent à trois chevrons de gueules (de Plusquellec) ; au 2 : d’or à trois colombes d’azur (de Penmarc’h).

  • Attribution : Plusquellec Jehan de, sieur de Bruillac ; Penmarc'h Aliette de ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Colombier ;
  • Emplacement précis : Porte d'entrée ;
  • Support armorié : Linteau de porte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1476-1500 ; 1501-1525 ;
  • Dans le monument : Plounérin, colombier de Bruillac

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