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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon

À environ un kilomètre au sud du bourg de Plouguerneau, en repli d’un bras de mer au fond de l’aber Wrac’h, la chapelle Notre-Dame du Traon, ou Notre-Dame du Val en français, se niche dans un paisible vallon boisé près de l’ancienne route de Lannilis. Au XVIIe siècle, le père Cyrille Le Pennec louait déjà « ce lieu extrêmement pieux et agréable, proche d’un ruisseau et accommodé de gentils jardinaiges » (Le Guennec 1979, p. 292).

Au sein d’un enclos ouvert d’une porte monumentale constituée d’éléments de réemploi, jouxtée d’un calvaire armorié et d’une fontaine, la chapelle adopte un parti architectural simple mais soigné. De plan rectangulaire à chevet plat, percée de deux accès au nord et au sud, autrefois pourvue d’un transept ou prévue de l’être, elle est du type à clocher-pignon. Bien que d’un volume modeste, l’édifice est de construction hétérogène et sa lecture est incertaine : le fronton de la porte au nord est daté de 1572, mais paraît avoir été rapporté après coup. Le pignon oriental à crochets est donné comme plus ancien, mais sans argument (Le Guennec 1979, p. 292). La croix armoriée au flanc nord donne le millésime de 1511 (Castel 1980, p. 256-257), tandis qu’une statue à l’intérieur est datée de 1526. Enfin, sur la porte sud est inscrite la date de 1757, et 1738 sur une pierre de l’entrée du placître. On en conclue que la construction fut entreprise dans la première moitié du XVIe siècle avec quelques aménagements tardifs, que plusieurs restaurations limitées se succédèrent au XVIIIe siècle, et l’on reste sans certitude sur l’éventualité d’un bâti préexistant.

Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon, vue depuis le nord.

Plusieurs éléments sont armoriés : le pignon occidental, le calvaire et une statue à l’intérieur sont sculptés aux armes des Le Moine de Rannorgat, fondateurs de la chapelle, et une autre statue est encore ornée d’un écu de prêtre.

Au pignon du clocher, les figures aux rampants empoignent toutes deux des écussons armoriés. Au nord, un lion tient un écu où se devinent les armes des Le Moine de Rannorgat (armoirie 1a), dont le manoir, au fief de Coetquenan, était situé à moins d’un kilomètre à l’est. Également sieurs de Kerespern en Guissény au fief du duc, les Le Moine de Rannorgat étaient une branche cadette des Le Moyne de Trévigné, implantés en Plounéour Trez.

Ce lignage, qui émergea vers la fin du XIIIe siècle (Torchet 2010, p. 240), était localement important, et fut tige de nombreuses branches secondaires. Comme cadets, les seigneurs de Rannorgat portaient les armes des Le Moyne de Trévigné avec une bordure de gueules en marque de juveigneurie. Cette brisure, référencée d’aucun sceau ou armorial, n’est plus attestée dans la pierre qu’à Notre-Dame de Traon. Cependant une enquête de prééminences de 1479, menée à propos de la maîtresse-vitre disparue de l’église de Notre-Dame de Lesneven, la décrit explicitement. La procédure nomme « nobles escuier Olivier le Moyne laisne sr de Kerespern et Olivier le Moyne son fils mareschal du logis du duc nostre seigneur », et l’un des témoins déclare que « les armes de ceulx du Moyne scavoir est escusson trois croquilles de gueulles avecques un champ dargent, et pour differances y avoit pour bordeure de gueules et un tymbre dessus lescusson des armes en maniere dun moine noir » (AD Finistère, 1 E 93, enquête de prééminences du 7 décembre 1479).

Gentilhomme barbu tenant un écu aux armes de Tanguy Le Moyne de Rannorgat et Levenez de Kermenou. Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon, rampant sud du pignon.

Au rampant sud, une statue d’élégant gentilhomme barbu présente un écusson mi-parti des armes précédentes et de trois fasces ondées (armoirie 2), attribuable à Tanguy Le Moyne de Rannorgat et Leveneze de Kermenou son épouse. Tanguy, qui avait hérité de son père en octobre 1537, décéda sans hoir vers 1560 (AD Finistère, 34 J 55 ; AD Loire Atlantique, B 1706). Après sa mort, la seigneurie de Rannorgat échut à son cousin Hamon de Kergadiou, fils d’Olivier de Kergadiou et d’Anne Le Moyne de Rannorgat, dont la famille blasonnait d’un fascé-ondé de six pièces ou trois fasces ondées, au franc-canton d’hermines. Ces armes, très semblables à celles des Kermenou, ont pu faire reconnaître dans l’écusson du rampant sud un « mi-parti Le Moyne et Kergadiou » (Couffon, Le Bars 1988, p. 289 ; https://plouguerneau.net/notre-dame-du-val/). On les a également rapprochées de celles de « Olivier Le Moyne, sieur de Ranorgat […] et Typhaine de Coëtivy, sa compagne en 1503 », qui ornent le calvaire  armorié au nord de la nef (Potier de Courcy 1859, p. 128). Cependant, l’absence de franc-canton et surtout la présence des fasces ondées au second quartier désignent bien sans ambiguïté les Kermenou. Il est à remarquer que par les dates induites, cet écusson daterait le gros oeuvre de la chapelle entre 1537 et 1560 environ.

Statue de sainte Suzanne, détail du socle aux armes des Le Moyne de Rannorgat. Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon.

L’intérieur renferme plusieurs statues datables par leur style du courant du XVIe siècle, dont deux sont armoriées. Une statue de sainte Suzanne est sculptée au culot des armes des Le Moyne de Rannorgat (armoirie 1b). Les couleurs de l’écusson ont visiblement été repeintes à plusieurs reprises en même temps que la statue. Cependant, sous une couche de bleu et de jaune d’or écaillée, les émaux d’origine se devinent aisément.

Enfin, une statue de sainte Anne enseignant à la Vierge, elle aussi datable du XVIe siècle, est ornée d’un écu d’azur au calice d’or (armoirie 3), indiquant que son donateur était un prêtre. Cet écusson doit être compris davantage comme un insigne de fonction plutôt que comme une armoirie véritable.

Auteur : Marc Faujour

Pour citer cet article

Marc Faujour, Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon, https://armma.saprat.fr/monument/plouguerneau-chapelle-notre-dame-du-traon/, consulté le 01/12/2021.

 

Bibliographie sources

Brest, AD Finistère, 1 E 93, Enquête du 7 décembre 1479.

Quimper, AD Finistère, 151 J 615, Enquête de mars 1574.

Quimper, AD Finistère, 34 J 55, Fonds Le Guennec, Plouguerneau.

Nantes, AD Loire Atlantique, B 1706, Titres de Plouguerneau.

Bibliographie études

Association Plouguerneau d’hier et d’aujourd’hui, « Notre-Dame du Val », < https://plouguerneau.net/notre-dame-du-val/ > (cons. le 9 avril 2020).

Castel, Yves-Pascal, Atlas des croix et calvaires du Finistère, Quimper 1980.

Couffon, René, Le Bars, Alfred, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, Quimper 1988.

De Fréminville (chevalier), Antiquités de la Bretagne, t. 2, Finistère, Brest 1832.

Le Guennec, Louis, Le Finistère monumental, t. 2, Brest et sa région, Quimper 1981 (rééd.).

Potier de Courcy, Pol, Nobiliaire et armorial de Bretagne, Mayenne 2000 (8e éd.).

Potier de Courcy, Pol, « Itinéraire de Saint-Pol à Brest », Revue de Bretagne et de Vendée, 6, 1859, p. 111-132.

Torchet, Hervé, Réformation des fouages de 1426. Diocèse ou évêché de Léon, Paris 2010.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Plouguerneau, chapelle du Traon. Armoirie Le Moyne de Rannorgat (armoirie 1a)

D'(argent) au croissant accompagné de trois coquilles, à la bordure, le tout de (gueules).

  • Attribution : Le Moyne de Rannorgat famille ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Façade ;
  • Emplacement précis : Côté nord ; Pignon ;
  • Support armorié : Statue ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Sculpture en pierre ;
  • Période : 1526-1550 ; 1551-1600 ;
  • Dans le monument : Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon

Plouguerneau, chapelle du Traon. Armoirie Le Moyne de Rannorgat (armoirie 1b)

D'(argent) au croissant accompagné de trois coquilles, à la bordure, le tout de (gueules).

  • Attribution : Le Moyne de Rannorgat famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Nef ;
  • Emplacement précis : Côté nord ;
  • Support armorié : Statue ; Socle ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Sculpture en pierre polychrome ;
  • Période : 1526-1550 ; 1551-1600 ;
  • Dans le monument : Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon

Plouguerneau, chapelle du Traon. Armoirie Tanguy Le Moyne de Rannorgat-Leveneze de Kermenou (armoirie 2)

Mi-parti, au 1 : d'(argent) au croissant accompagné de trois coquilles, à la bordure, le tout de (gueules) (Le Moyne de Rannorgat) ; au 2 : d'(or) à trois fasces ondées d'(azur) (Kermenou).

  • Attribution : de Kermenou Leveneze ; Le Moyne de Rannorgat Tanguy ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Façade ;
  • Emplacement précis : Côté sud ;
  • Support armorié : Statue ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Sculpture en pierre ;
  • Période : 1526-1550 ; 1551-1600 ;
  • Dans le monument : Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon

Plouguerneau, chapelle du Traon. Armoirie de prêtre (armoirie 3)

D’azur au calice d’or.

  • Attribution : Armoirie de prêtre ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chevet ; Chœur ;
  • Emplacement précis : Côté sud ;
  • Support armorié : Statue ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Sculpture en pierre polychrome ;
  • Période : 1526-1550 ; 1551-1600 ;
  • Dans le monument : Plouguerneau, chapelle Notre-Dame du Traon

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