Plougonvelin, abbaye Saint-Mathieu
L’abbaye Saint-Mathieu se situe en un site grandiose au débouché du goulet de Brest. En ce lieu stratégique, carrefour de la navigation maritime, la présence humaine est attestée par l’archéologie depuis le Mésolithique, sans discontinuer (Stéphan, Pailler 2020). Les origines de l’abbaye demeurent cependant difficiles à cerner, et l’on ignore si un établissement religieux plus ancien a pu préexister l’abbaye médiévale, fondée par les vicomtes de Léon (Guillotel 1995, p. 139). Celle-ci est très mutilée : à l’exception de la chapelle absidale, l’église seule est conservée, mais en état de ruines. Il ne subsiste du cloître et des bâtiments abbatiaux qu’une partie de l’élévation d’une tour à feu au nord du chevet, un portail ainsi qu’une cave du XVIIe siècle, et quelques arases de murs.
L’abbaye Saint-Mathieu vers la fin du XVIIe siècle, vue extraite du Monasticon Gallicanum
Au regard des dernières recherches, il semble acquis que l’église ne remonte pas au-delà de la première moitié du XIe siècle. Les vestiges les plus notables, dont l’analyse est en cours, s’observent au mur du bas-côté nord de la nef et au bras sud du transept, et signalent un édifice important au regard du contexte régional (Ybert 2020). Vers 1200, une campagne soignée de réédification des premières travées de la nef atteste d’une nouvelle ambition, restée sans suite. À la fin du XIIIe siècle, l’œuvre romane fut en partie mise à bas et réédifiée dans le style gothique, selon un parti d’envergure. Les travaux débutèrent par le chevet, à deux travées prolongées à l’est par trois chapelles rectangulaires, la chapelle d’axe fut doublée en profondeur. Dans un second temps, l’implantation des piles occidentales de la croisée permit d’achever le transept, puis les cinq dernières travées de la nef furent reconstruites vers le deuxième quart du XIVe siècle, intégrant la clôture du chœur des moines. Le soin apporté à la mise en œuvre et une connaissance fine des répertoires formels en font un « ambitieux chantier régional », que la Guerre de Succession de Bretagne interrompit (Gallet 2009, p. 225 ; Id. 2020). La réfection des réseaux des baies de la nef au sud, dans le style flamboyant, a dû constituer l’une des dernières interventions avant l’introduction de la réforme mauriste en 1656. À la Révolution, l’abbaye, déjà délabrée, fut vendue comme bien national et finit de tomber en ruines. Au XIXe siècle, elle eut à souffrir de sa situation particulière en un emplacement crucial pour la signalisation maritime : un phare et un feu annexe furent construits au sein même des ruines en 1835, puis en 1906 un sémaphore et des logements militaires
Il reste peu de choses de la parure héraldique médiévale de cet important monument. Son intérêt en fait regretter l’émiettement, déjà déploré au XIXe siècle et poursuivi depuis lors. Le portail de l’abbaye, partiellement remonté en 2001, intègre en réemploi parmi des éléments du XVIIe siècle un relief aux armes de Bretagne. Les ruines de l’église abbatiale conservent quelques écussons médiévaux en pierre et un autre est déposé au musée voisin. L’ancienne tour à feu portait elle aussi un décor héraldique, dont il subsiste surtout un relief de très grandes dimensions. Enfin, manquantes mais connues à l’appui de mentions d’archives inédites, les prééminences disparues de la famille du Chastel, principale bienfaitrice de l’abbaye, méritent un examen dédié.
