Plaisance, pièce erratique
Actuellement conservée dans la salle du conseil de la mairie de Plaisance, cette cheminée a été prélevée d’un édifice situé dans le même village et restaurée. Portée à notre connaissance par Anthony Gourdeau, qui lui a consacré une première étude, la cheminée est ornée par une Annonciation, placée au milieu de la partie supérieure du linteau. Elle surplombe un écu armorié (armoirie 1) encadré par des feuilles de vigne et des grappes de raisins réalisées de manière très réaliste par un maître sculpteur doué d’une certaine maîtrise technique. La forme de la cheminée et du bouclier armorié comme le style de la peinture nous orientent vers une datation au début du XVIe siècle.
Deux lettres (un P et un D, ce dernier de forme onciale) accompagnaient un meuble héraldique placé au milieu de l’écu, bûché probablement à la Révolution. Les coups de marteaux portés sur l’emblème laissent quand même entrevoir la présence originaire d’un objet rectangulaire surmonté d’un élément triangulaire. D’après Gourdeau il pourrait s’agir de l’armoirie du prieuré de Plaisance qui portait d’or à un palais de sinople (Paris, BnF, ms. Fr. 32255, p. 698). Il faudra cependant observer que l’écu est actuellement peint en azur, ce qui implique la présence d’un meuble d’or ou d’argent, par respect de la règle du blason interdisant la superposition de deux émaux ou de deux métaux (mais la couche picturale conservée pourrait être bien le fruit d’une restauration tardive). Les lettres disposées de deux côtés du meuble principal pourraient par ailleurs renvoyer au nom du détenteur de l’armoirie. Nous ne pouvons pas exclure, en tout cas, qu’il s’agissait d’une institution religieuse, en considération du fait que dans la région, à cette époque, l’intégration de lettres onomastiques dans l’armoirie semble avoir été utilisée surtout par ces communautés. Le choix d’encadrer l’écu par une branche de vigne, symbole eucharistique, et de le faire surmonter par l’Annunciation semblent d’ailleurs répondre à une volonté de sacralisation de l’armoirie, inscrite idéalement entre la naissance et la passion de Jésus Christ.



