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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Paris, Hôtel des Tournelles

Situé au nord de l’actuelle place des Vosges, l’ensemble de bâtiments formant depuis le XIVe siècle l’Hotel des Tournelles prends son origine d’une maison, placée en face de l’Hôtel Saint-Pol, appartenant aux Mainvilles, famille de parlementaires (Lorentz, Sandron 2006, p. 48). Elle a été reconstruite en 1388 par Pierre d’Orgemont chancelier de France sous Charles V et Charles VI (1373-1380), chancelier du Dauphiné (1384-1389) et seigneur de Chantilly depuis 1386. La nouvelle résidence comporte une grande maison entourée de jardins, clôturés par une enceinte munie de tourelles en encorbellement (qui donneront par la suite le nom à cet hôtel) (Babelon 1976, p. 696). A sa mort, en 1389, la construction passe à son fils Pierre, évêque de Paris, qui, en 1402 la vend à Jean de Berry. Suivant une pratique très commune parmi les princes de la maison Valois, deux ans plus tard Jean cède sa résidence à Louis d’Orléans, son neveu, en échange l’un hôtel de la rue de Jouy (ibid., p. 698).

Resté dans la maison d’Orléans après l’assassinat de Louis en 1407, l’hôtel des Tourelles fut confisqué par les Anglais pendant l’occupation de Paris et, après avoir été brièvement occupé par le duc d’Exeter, il devient, après 1422, la résidence de Jean de Lancastre († 1435), duc de Bedford et régent du royaume de France jusqu’à la majorité d’Henri VI d’Angleterre, son neveu. Le duc de Bedford lance alors de grands travaux pour agrandir cette demeure et la transformer dans une vraie résidence princière : l’aménagement de nouveaux espaces est suivi par la réalisation de décors somptueux, comme la galerie des courges, restés célèbres. La fin de l’occupation anglaise, en 1436, permet aux Orleans de reprendre possession de la résidence, même si le roi garde pour soi l’extension réalisée par le duc de Bedford, maintenant appelée « hôtel du roi » ou « hôtel neuf ». C’est dans cette partie de l’hôtel que Louis XI fait faire d’importants travaux, architecturaux (telle la construction d’une gallérie) et ornementaux (Sauval 1724, t. 3, p. 373 et ss.). Le noyau originel de l’Hôtel des Tournelles, légué en 1486 à Charles d’Orléans par sa mère Marguerite de Rohan, revient enfin avec François Ier, fils de Charles, dans le patrimoine de la couronne sous le nom d’« Hôtel des Tournelles et d’Angoulême » (Babelon 1976, p. 699-700). Après la mort d’Henri II, décédé dans cet hôtel à la suite des blessures subies lors d’un tournoi, Catherine de Médicis fait d’abord transformer la résidence en arsenal, en organisant par la suite sa vente et sa destruction progressive, en récupérant ainsi l’argent et le matériel nécessaire aux grands chantiers qu’elle avait entrepris. Sur une partie de l’espace libéré, à partir de 1605 est créée la place Royale, aujourd’hui connue comme place des Vosges (Babelon 1976, p. 703 et ss.).

Truschet et Hoyaux, Mappe de Paris (vers 1550), détail avec l’Hotel des Tournelles.

D’après les informations fournies par les sources écrites, l’hôtel des Tournelles, résidence habituelle des rois de France et d’autres personnages de prestige liés à la famille royale mais aussi lieu de réception et festivités, présentait une décoration somptueuse, enrichie et modifiée par les différents propriétaires qui s’installèrent au fil des siècles. Les apparats héraldiques étaient omniprésents, représentés sur de différents supports. Les interventions les plus anciennes présentant des éléments héraldiques dont on garde la trace concernent les travaux réalisés par le Duc de Bedford. La galerie des courges, qui devait son nom aux cucurbitacées peints sur ses murs, était « terminée d’un comble peint de ses armes et de ses devises » (armoirie 1), tandis que son armoirie et celle de sa femme étaient peintes sur six bannières installées sur son le toit de ce bâtiment (armoirie 2a-f). Nous ignorons toutefois quelle armoirie (Bourgogne ou Saint-Pol) accompagnait celle de Lancastre, probablement sous forme d’un parti ou d’une simple association de deux écus armoriés. Si les travaux de bâtiments datent de 1432 (Sauval 1724, t. 2, p. 281 ; Stratford 1993, p. 110), le décor peint et armorié pouvait avoir été réalisé soit avant le décès de Anne de Bourgogne († novembre 1432), première femme du duc, soit (mais à notre avis moins probablement) après le mariage de Jean de Lancastre avec Jacqueline de Saint-Pol, célébré le 22 avril 1433 (datation privilégiée par Mérindol 2013, p. 134).

Après le retour de l’Hôtel dans les propriétés de la couronne, le roi Louis XI (1461-1483) et Charles VIII (1483-1498) firent réaliser de nouveaux travaux, qui intéressèrent également les apparats héraldiques. En 1464, Louis XI avait fait notamment peindre à Jean de Boulogne un écu « à l’huile de fin or et azur » sur l’entrée de la porte de l’Hotel du roi (Sauval 1724, t. 3, p. 373 ; Babelon 1976, p. 702) (armoirie 3), à savoir dans la partie de la résidence qui avait été construite par le duc de Bedford et qui était par la suite passée dans les mains du roi. A ce même hôtel était destiné un autre écu armorié sculpté en 1472 par le « tailleur d’images » Jean Lozier dit des Jeux et mis successivement en couleur par le peintre Jean le Fevre dit d’Arras (armoirie 4). La sculpture, « de pierre du franc d’Ivry » présentait les « armes du Roi […] de trois fleurs de lis et couronne avec un ange qui tient ledit écu et couronne faite à feuillage » et fut « peint et doré d’or fin les armes du Roi notre-dit Siegneur et l’écu d’azur à trois fleurs de lis d’or, avec un ange qui tient ledit écu et la couronne dessus dorée d’or fin » (Sauval 1724, t. 3, p. 407). La sculpture polychrome fut ainsi installée « sur la porte sur rue de l’Hostel dudit Seigneur, assis en la grande rue St Antoine à Paris près de la Bastide » (ibid.).

Braun et Hogenberg, Plan de Paris (1572), détail avec l’Hotel des Tournelles.

L’année suivante (1473) des panneaux de verres armoriés sont livrés pour des réparations dans la chambre du roi (« un escu aux armes du roi ») (armoiries 5) et quatre autres écus aux armes du roi « enchappessés de chapeaux de roses tout à l’entour » pour une autre salle non identifiée (Sauval 1724, t. 3, p. 417) (armoiries 6a-d). Dix-sept panneaux de verre, chacun portant deux écus aux armes du roi (armoiries 7a-q), avaient été installés en revanche, sous Charles VIII, en 1481 aux fenêtres de la gallérie aux courges, effaçant peut-être ainsi les présences héraldiques laissées par le Duc de Bedford. Le roi fit également installer six autres panneaux du même type dans la grande chambre donnant vers la ville (« la Grand-Chambre à Ville) (armoiries 8a-f) et quinze autres dans les chambres et galeries donnant vers le jardin (armoiries 9a-o), dont les fenêtres avaient été également dotées de deux verres « peints à couronnes semées de fleurs de lis » (Sauval 1724, t. 3, p. 442). Un panneau de verre, dans lequel avait été « mis un escusson aux armes du roi » fut enfin mis en œuvre dans la salle des escossois (ibid.) (armoirie 10).

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Paris, Hôtel des Tournelles, https://armma.saprat.fr/monument/paris-hotel-des-tournelles/, consulté le 25/11/2020.

 

Bibliographie études

Babelon, Jean-Pierre, « Histoire de l’architecture au XVIIe siècle », Annuaires de l’École pratique des hautes études, 1976, p. 695-714.

Lorentz, Philippe, Sandron, Dany, Atlas de Paris au Moyen Âge. Espace urbain, habitat, société, religion, lieux de pouvoir, Paris 2006.

Mérindol Christian de, La maison des chevaliers de Pont-Saint-Esprit, t. 2. Les décors peints : corpus des décors monumentaux peints et armoriés du Moyen âge en France, Pont-Saint-Esprit 2001.

Mérindol Christian de, Images du royaume de France au Moyen Âge. Décors monumentaux peints et armoriés, art et histoire, Pont-Saint-Esprit 2013.

Sauval, Henri, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Paris 1724.

Stratford Jenny, The Bedford Inventories. The worldly goods of John, duke of Bedford, regent of France (1389-1435), Londres 1993.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoirie Jean de Lancastre duc de Bedford (armoirie 1)

(Écartelé, au 1 et 4 d’azur à trois fleurs de lys d’or ; au 2 et 3 de gueules à trois léopards d’or armés et lampassés d’azur, au lambel à cinq pendants brochant sur l’écartelé, les deux pendants dextres d’argent chargés de trois mouchetures d’hermine, les trois senestres d’azur chargés de trois fleurs de lys d’or).

Devises : non définies.

  • Attribution : Lancastre Jean de (duc de Bedford) ;
  • Position : Intérieur ;
  • Étage : Combles ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie ;
  • Emplacement précis : Inconnu ;
  • Support armorié : Inconnu ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Peinture ;
  • Période : 1426-1450 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoiries Jean de Lancastre duc de Bedford et Anne de Bourgogne (armoiries 2a-f)

(Parti, au 1 Écartelé, au 1 et 4 d’azur à trois fleurs de lys d’or ; au 2 et 3 de gueules à trois léopards d’or armés et lampassés d’azur, au lambel à cinq pendants brochant sur l’écartelé, les deux pendants dextres d’argent chargés de trois mouchetures d’hermine, les trois senestres d’azur chargés de trois fleurs de lys d’or (Lancastre) ; au 2 écartelé, au 1 et 4 d’azur semé de fleurs de lys d’or à la bordure componée d’argent et de gueules  (Touraine), au 2 et 3 bandé d’or et d’azur, à la bordure de gueules (Bourgogne) sur le tout d’or, au lion de sable, armé et lampassé de gueules (Flandre)).

  • Attribution : Lancastre Jean de (duc de Bedford) ; Bourgogne Anne de ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Toit ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie ;
  • Support armorié : Bannière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Peinture ;
  • Période : 1426-1450 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoirie roi de France (armoirie 3)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Roi de France ; Roi Louis XI ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Rez-de-chaussée ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Mur d'enceinte ;
  • Emplacement précis : Portail ;
  • Support armorié : Mur ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Peinture à l'huile ; Peinture murale ;
  • Période : 1451-1475 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoirie roi de France (armoirie 4)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or), timbré d’une couronne.

Tenants : un ange.

  • Attribution : Roi de France ; Roi Louis XI ;
  • Position : Extérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Mur exterieur ;
  • Emplacement précis : Portail ;
  • Support armorié : Mur ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Peinture ; Sculpture en pierre ;
  • Période : 1451-1475 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoirie roi de France (armoirie 5)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Roi de France ; Roi Louis XI ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chambre du roi ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1451-1475 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoiries roi de France (armoiries 6a-d)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Roi de France ; Roi Louis XI ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Salle ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1451-1475 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoiries roi de France (armoiries 7a-q)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Charles VIII roi ; Roi de France ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoiries roi de France (armoiries 8a-f)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Charles VIII roi ; Roi de France ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chambre ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoiries roi de France (armoiries 9a-o)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Charles VIII roi ; Roi de France ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Chambre ; Galerie ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

Paris, Hôtel des Tournelles. Armoirie roi de France (armoirie 10)

(D’azur à trois fleurs de lys d’or).

  • Attribution : Charles VIII roi ; Roi de France ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Salle ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Verrière ;
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue ;
  • Technique : Vitrail ;
  • Période : 1476-1500 ;
  • Dans le monument : Paris, Hôtel des Tournelles

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