Ozouer-le-Voulgis, borne armoriée
Cette borne armoriée est conservée à même le sol dans le Bois de Vitry, entre les communes de Ozouer-le-Voulgis et Guignes, à une vingtaine de kilomètres de Melun (signalement Philippe Savary). Sculptée dans un bloc de grès, la pierre se présente en bon état, sans manque important de matière (h. 115, l. 30, ép. 33 cm). Un écusson (32 x 24 cm) est sculpté dans la partie supérieure de la pièce (armoirie 1). : posé sur une crosse abbatiale, il porte des armes mi-parties de France et de Champagne.

Borne aux armes de l’abbaye du Jard. Guignes, bois de Vitry (photo : Ph. Savary).
Nous pouvons y reconnaître l’armoirie de l’abbaye Saint-Jean-Baptiste du Jard, jadis située à proximité de Melun, que nous connaissons par le biais d’un manuscrit de la collection de François Roger de Gaiginières (Paris, BnF ms. lat. 5482, f. 1r) et d’une gravure signée par Jean-Baptiste Scotin de 1739 (Paris, BnF, Est. Ve 20).
Dépendant de l’abbaye Saint-Victor de Paris, l’abbaye du Jard avait été fondée à Pacy, près de Villebéon, vers la fin du XIIe siècle, à l’endroit où une communauté d’ermites s’était installée vers 1171. Le lieu étant jugé inadapté, la reine Adèle de Champagne († 1206), veuve de Louis VII, proposa à l’archevêque de Sens de transférer la communauté dans le château qu’elle possédait près de Melun. Le déménagement fut autorisé au début du XIIIe siècle (entre 1199 et 1204) et, à sa mort, la reine fit don de tous ses biens à la communauté monastique (Timbert, Gallet 200, p. 201-202). Les travaux de construction des bâtiments conventuels, qui avaient été entrepris avant le décès d’Adèle de Champagne, avaient pu ainsi être menés à leur terme. Il ne reste pourtant aucune trace de l’abbaye du Jard et de son église, consacrée en 1287 (mais en fonction depuis 1250) : vendus comme biens nationaux en 1790, ils ont été démantelés par la suite (ibid., p. 202-203).

Borne aux armes de l’abbaye du Jard. détail. Guignes, bois de Vitry (photo : Ph. Savary).
Dans le choix de ses armes, l’abbaye du Jard préserve la mémoire de sa fondatrice : les armes mi-parties de France et de Champagne font clairement référence au statut de reine d’Adèle. La borne conservée dans le bois de Vitry devait donc signaler les limites de la partie de forêt qui appartenait à l’abbaye du Jard depuis au moins le milieu du XIVe siècle (Savary 2020). Les bornes marquant les frontières de propriétés portaient en effet habituellement, dans la partie supérieure, les armes des personnes physiques ou morales qui détenaient le bien. Dans le cas des institutions religieuses, les armes de la communauté pouvaient être parfois remplacées par celles de l’abbé en charge (comme l’atteste la borne marquant les limites entre les propriétés de l’abbaye de la Reau et celle de l’abbaye de Charroux en Poitou). Par la forme de l’écu, la borne du bois de Vitry pourrait dater de la seconde moitié du XVe siècle ou du XVIe siècle.


