Montbrison, collégiale Notre-Dame d’Espérance (chapelle de Jean Robertet)
Située dans la cinquième travée du collatéral nord de la collégiale Notre-Dame d’Espérance, cette chapelle fut fondée par Jean Robertet († vers 1503), secrétaire de la chambre des comptes de Forez et conseiller du duc de Bourbon. Il est probable qu’elle fut érigée dans le dernier tiers du XVe siècle comme le suggère le fait qu’elle soit placée sous le vocable de saint Michel, certainement choisi en référence à la position de greffier de l’ordre de saint Michel occupée par Jean Robertet dès la fondation de l’ordre en 1469 (Guibaud, Monnet, Mermet 2009a). La représentation des armoiries de Jean II de Bourbon en deux exemplaires sur le vitrail de la chapelle, où elles sont cerclées de l’ordre de saint Michel (ibid. ; Durand, Huguet 1887, p. 233), suggère une datation de l’édifice avant 1488, année de mort du duc (armoiries 15e-f).
Le tympan gothique de la porte de l’oratoire de la chapelle est sculpté d’une riche composition emblématique laissant apparaître des traces de polychromie originelle. Un écu aux armes des Robertet (armoirie 24a) y est encadré de phylactères, autrefois chargés de l’inscription OMNIUM CREATORI LAUS (Renon 1847, p. 571), ainsi que de trois chiffres combinatoires, unissant un R, initiale du nom de Jean Robertet, et un L, initiale du prénom de sa seconde épouse, Louise Chauvet (Guibaud, Monnet, Mermet 2009a). Par ailleurs, toute la composition de ce tympan est à rapprocher d’une inscription visible dans un manuscrit réalisé pour Jean Robertet (Paris, BnF, ms. Lat. 15071, f. 1 ; 97) où le monogramme de cet officier accompagne les devises AU CHOIS TE ELUE et CHASTE VIE LOUE, deux anagrammes du nom de son épouse (Hablot 2001, p. 658).

Montbrison, collégiale Notre-Dame d’Espérance, chapelle Jean Robertet, tympan du portail de l’oratoire aux armes et devises de Jean Robertet (photo : A. Robin).
Les retombées de voûtes des angles sud-ouest et nord-ouest de l’oratoire sont également ornées de deux anges soutenant les armoiries des Robertet (armoiries 24b-c). D’autres anges scutifères, portant tous les armes de la famille, sont également sculptés sur les retombées de voûtes des angles sud-ouest (armoirie 24d) et nord-est de la chapelle (armoirie 24e), tandis que celui représenté sur la console placée au sud-est ne porte qu’un écusson aux armes des Robertet (armoirie 24f). De légères traces de polychromie se distinguent encore sur l’ensemble. À la croisée des voûtes, une clé polychrome aux armes des Robertet – vraisemblablement repeinte – (armoirie 24g) complète le programme emblématique de la chapelle.
Ces armoiries sont enfin répétées à trois reprises sur une plaque funéraire sculptée (armoiries 24h-j) placée sous la verrière. D’un vocabulaire ornemental résolument renaissant, la plaque est inscrite d’une épitaphe en latin qui nous informe du fait que Jean Robertet n’était pas le seul à avoir été enterré à cet endroit : même les dépouilles de son aïeul, de son épouse et de ses parents y avaient été déposés (Hec Robertus struxi tibi sacra Joannes / Tres reges Michael dum sequor atque duces / Hic ego avum posui uxorem que ambosque parentes /Me functum terris ista sacella tegant).

Montbrison, collégiale Notre-Dame d’Espérance, chapelle Jean Robertet, culots et clé de voûte aux armes de Jean Robertet (photo : A. Robin).
Cette sépulture multiple explique également la partie inférieure de la composition, occupée par des variations des devises du portail de l’oratoire, où le mot LAUS DEO, probable déclinaison de la devise OMNIUM CREATORI LAUS (Guibaud, Monnet, Mermet 2009b), est associé au monogramme du couple, répété à deux reprises et unissant les lettres L et R par des lacs d’amour. Ces monogrammes sont également irrigués par deux objets ressemblant à des arrosoirs ou chantepleures, crénelés comme des tours sur leur partie supérieure. Ces devises avaient vraisemblablement un sens courtois – d’un amour cultivé et croissant ? – et s’inscrivent en parfaite cohérence avec le reste de la panoplie emblématique de cette famille, donnant une place importante au vocabulaire végétal, comme en témoigne encore une tapisserie aux armes et devises des Robertet, aujourd’hui conservée au musée de Cluny (inv. CI, 22613).








