Lizant, église Saint-Junien-et-Sainte-Radegonde
Édifiée probablement au XIIe siècle et placée sous le patronage des saints Junien et Radegonde, l’église de Lizant relevait directement de l’évêque de Poitiers (Beauchet-Filleau 1868, p. 293). De l’édifice roman ne reste que la nef, dont la couverture a été refaite à la fin du XIXe siècle à cause de l’effondrement de la structure, et le portail occidental, intégré dans la maison adossée à la façade de l’église (Parvis). Des remaniements importants ont été réalisés à la fin du Moyen Âge, quand un collatéral composé de trois travées terminant dans un chevet plat fut ajouté sur le côté nord, le chevet reconstruit et une chapelle seigneuriale érigée sur le côté sud, s’ouvrant sur la nef à la hauteur de la travée sous clocher.
Ces travaux furent intégralement réalisés aux frais (et probablement sous la commande) d’un membre de la famille Jay, seigneur du lieu, dont les armes s’affichent à plusieurs endroits de l’édifice renouvelé. Des écus, insérés dans les clefs de voûte (armoiries 1-2, 3a, 3g) et sculptés dans les baies du chevet (armoiries 3b-c, 3d-e, 3f), portent l’armoirie vivrée des Jay, pleine (armories 3a-g) ou partie à d’autres armes (armoiries 1-2) dont l’indentification est malheureusement difficile en raison de l’état de conservation de la pierre, dans ces cas extrêmement délabrée. L’armoirie sculptée dans la première travée du collatéral (armoirie 1) présente la forme d’un mi-parti : il devrait donc s’agir de l’armoirie d’une femme, ayant épousé un membre de famille Jay (dont les armes occupent la dextre de l’écu, normalement attribuée au mari), ou du couple issu de ce mariage. Son identité demeure cependant mystérieuse n’étant pas possible d’identifier avec précision les meubles composant l’armoirie de dextre et leur disposition. Nous avançons prudemment l’hypothèse qu’il s’agissait des trois roses boutonnées portées par les Boutou, sachant que Charlotte Boutou épousa en 1510 Philippe Jay, seigneur de Lizant (Beauchet-Filleau 1891, p. 711 et 1966, p. 289). Il est très probable que la même armoirie était sculptée sur la clef de voûte de la chapelle (armoirie 2), mais présentant le vivré des Jay à senestre : s’agissait-t-il donc d’une manière pour donner plus d’importance à la famille de la femme ou faudrait-il y voir une erreur de l’artiste qui sculpta l’œuvre ou, encore, une simple volonté d’évoquer le couple des commanditaires par le biais d’un écu qui associait leurs armes respectives ? Encore une fois la difficulté à reconstruire l’armoirie originale ne permet pas de résoudre la question. En revanche, si notre interprétation des armoiries est correcte, il serait possible de dater la reconstruction de l’édifice entre 1510, année du mariage de Charlotte Boutou avec Philippe Jay, et 1546, quand ce dernier est mentionné comme déjà mort. Nous ne devrions cependant oublier que Marie Jay épousa en 1544 Claude Chevaleau, dont la famille portait d’azur à trois roses d’argent disposées 2 et 1 (Beauchet-Filleau 1895, p. 423).
Par delà les problèmes d’identification, la mise en signe de l’église de Lizant, vraisemblablement datée donc à la première moitié du XVIe siècle, reste remarquable et rappelle de près l’opération mise en œuvre par Jean Jay au début du siècle dans l’église Saint-Pierre de Chaunay. Dans l’église de Lizant il faudra de même noter que les écus encastrés dans les baies absidales flamboyantes (armoirie 3b-c, 3d-e) furent sculptés sur les deux côtés de façon de rendre lisible l’armoirie des bienfaiteurs de l’église même à l’extérieur de l’édifice : une solution qui demeure pour le moment isolée dans le panorama de l’art héraldique régional. Nous noterons enfin que toutes les armoiries reproduites sur les clef de voûte sont orientées avec le chef en direction des autels.













