L’Isle-Jourdain, pièce erratique (6, rue des Fontenelles)
Encastrée dans un emplacement insolite, sur le mur externe d’une maison bâtie probablement au début du XIXe siècle, cette pierre armoriée a fait clairement l’objet d’un remploi (armoirie 1). Datée de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe, comme le laisseraient croire la forme déjà arrondie de l’écu et la façon plus naturaliste de représenter les animaux (dans ce cas, des merlettes), elle provient de très probablement d’un des édifices du bourg détruits après la Révolution. Le nom de la rue qui se trouve juste à coté (rue de l’abbaye, jadis rue de la cure : Poitiers, AD Vienne, cadastre napoléonien, 4P 4987/B) laisse penser à l’existence d’une structure religieuse disparue dans laquelle notre armoirie pourrait avoir été prélevée.
Repeinte d’une couleur sombre, peut-être à l’occasion de sa réutilisation, l’armoirie est d’une qualité plutôt médiocre : les merlettes sont disposées de manière irrégulière et diffèrent entre elles par aspect et dimensions, tandis que le franc canton est disproportionné par rapport à l’ensemble de l’armoirie.
À l’origine, l’écu devait donc présenter un franc canton chargé d’une fleur de lys et des merlettes rangées en fasces, probablement séparées par des fasces non sculptées mais peintes : une composition dans laquelle nous pouvons reconnaître les armes des Lezay (Laverret 2007, p. 69), une famille descendante d’une branche des Lusignan qui eut la seigneurie de l’Isle-Jourdain. Les armes de ce lignage se présentaient en effet, dans la forme de base, sous la forme d’un burelé d’argent et d’azur à 6-9 merlettes de gueules brochantes en orle, au franc canton de gueules. Dans les documents héraldiques conservés, le franc canton était très souvent chargé d’un meuble qui, à l’instar du nombre des merlettes, pouvait varier d’un membre de la famille à l’autre afin de distinguer l’individu au sein du clan familial (Eygun 1939, p. 215, num. 394-404 e p. 292, num. 859). Notre armoirie peut être ainsi rapprochée de celle figurant sur un sceau à contrat qui présente un écu parti au premier burelé chargé de cinq merlettes au franc-canton chargé d’une fleur de lys (qui correspond donc au Lezay de l’Isle-Jourdain) et au second à trois aiglettes (dans lequel nous reconnaissons les armes des Faugères) (Eygun 1939, p. 292, num. 857). De même, l’Armorial Urfé, rédigé vers 1380 mais connu seulement par le biais de copies plus tardives, attribue à Simon VI de Lezay († 1384) (Beauchet-Filleau 1972, t. 6, p. 106) un burelé d’argent et d’azur, à six merlettes brochantes en orle, au franc canton de gueules chargé d’une fleur de lys d’or (Paris, BnF, ms. Fr. 32753). Par sa forme, cet écusson semblerait toutefois dater d’une époque plus récente et appartenir, par conséquent, à un descendant de la famille.



