Poitiers, église Sainte-Radegonde (vitraux)
L’église Sainte-Radegonde de Poitiers ne conserve qu’une partie des vitraux réalisés dans le dernier tiers du XIIIe siècle, à la fin des travaux de reconstruction de la nef. Les dégâts produits lors du pillage de l’église par les Huguenots en 1562 (Briand 1898, p. 296-297), d’abord, et la réorganisation des pièces récupérées parmi les débris par les restaurateurs de la seconde moitié du XVe siècle jusqu’au XIXe siècle, ensuite, ont drastiquement modifié leur structure d’origine (Favreau 1999, p. 97). Ainsi, si les deux grandes verrières du mur gouttereaux nord datent en grande partie de la seconde moitié du XIIIe siècle, les deux verrières du mur gouttereaux sud ne comportent que quelques éléments du XIIIe siècle, ayant été largement restaurées et complétées au XIXe siècle.

Alphonse de Poitiers et écus à ses armes. Poitiers, église Sainte-Radegonde, Poitiers, mur gouttereau nord, deuxième baie.
Dans le vitraux de la seconde baie au nord, notamment dans celui au-dessous de la grande rose centrale et dans deux plus petites latérales, la présence des armes parties Castille-France (armoiries 1a, b-f, g) permet, comme l’indiquait déjà Barbier de Montault (Robuchon 1890, p. 109), d’en attribuer la réalisation à l’initiative d’Alphonse, comte de Poitiers († 1271), qui, en 1269, légua 100 sous « pro vitreis faciendis » (Richard 1894, p. 445 ; Favreau 1999, p. 16). Fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, Alphonse utilisa en effet des armes parties aux armes de ses parents, présentant parfois Castille en premier (grand sceau, 1243-1249 et 1254-1270 : Sigilla), parfois France (contre-sceau, 1243-1249 : Sigilla), comme on le voit également dans les vitraux de l’église poitevine (armoiries 1a-g, 2). Dans la deuxième baie de Sainte-Radegonde, les armes d’Alphonse accompagnent et habillent le portrait du donateur. Alphonse est représenté d’un côté en prière au centre de la rosace en vestes armoriées (armoirie 1g), juste au-dessus du Christ juge, entouré par cinq écus aux armes parties de France et Castille (armoiries 1b-f), de l’autre en compagnie de deux autres personnages, toujours habillé d’une veste héraldique qui le rend facilement reconnaissable (armoirie 2). De l’autre côté, dans la petite rose de gauche, parmi d’autres femmes, la reine Radegonde est identifiable par le sceptre et, elle aussi, par la veste héraldisée, dans son cas, clairement, d’azur semée de fleur de lis d’or (armoirie 3c) (Fillon 1844, p. 490).

Alphonse de Poitiers en compagnie de deux autres personnages. Poitiers, église Sainte-Radegonde, mur gouttereau nord, deuxième baie.
Des écus aux armes du roi de France se trouvent aussi figurés dans certaines scènes de la fenêtre de la seconde baie méridionale, parfois sous la forme d’un semé (armoiries 3a-b), parfois avec les trois fleurs de lis (armoiries 4a-d). Si les premiers pourraient bien dater de l’intervention financée par Alphonse de Poitiers, les autres semblent plus tardif (fin XIVe siècle ou XVe siècle ?). Dans un cas, comme dans l’autre il s’agit de toute évidence de fragments de vitrail récupérés et recomposés, peut-être en partie déjà à l’occasion des restaurations effectuées à la fin du XVIe siècle, quand les fragments des vitraux endommagés furent replacés dans l’ensemble sans aucun respect pour la composition originelle. Cela est évident pour l’armoirie de France (armoirie 4d) recomposée au milieu de la deuxième baie au sud : probablement datant de la première moitié du XVIe siècle, l’écu armorié est timbré d’une couronne fragmentaire (Briand 1898, p. 307). Les bordures de la même fenêtre caractérisées par une alternance de fleurs de lys et de châteaux de Castille sont elles aussi le résultat d’un assemblage de pièces anciennes et d’éléments restaurés ou réalisés au moment de la restauration probablement à un but probablement purement ornamental.














