ArmmA

ARmorial Monumental du Moyen-Âge
Afficher la recherche

Rechercher dans le site

Recherche héraldique

Vivonne, église Saint-Georges (enfeu)

Adossée au mur pignon du bras nord du transept de l’église Saint-Georges de Vivonne, une sépulture en forme d’enfeu conserve un des rares témoignages, en Poitou, de peintures murales ornant des structures funéraires. Des motifs géométriques (un ruban spacieux ?) soulignaient, en couleurs très vives, le profil externe de l’arcade dans laquelle le tombeau était encastré, tandis qu’un élément trilobé en ornait le tympan. Une série de grands écus armoriés couvrait, en revanche, l’intrados de l’arcade selon une solution que l’on retrouve, par exemple, dans l’enfeu des Chaources dans l’église Sainte-Gemme à Neuvillette-en-Charnie (première moitié du XIVe siècle).

Enfeu armorié, détail de l'arcosolium. Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept.

Enfeu armorié, détail de l’arcosolium. Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept.

Si l’enfeu a été jusqu’à présent daté d’une façon concorde de la fin du XIVème siècle (Roussel 1977, p. 48 ; Landry-Delcroix 2012, p. 65), les aspects formels des éléments figurés sur lesquels repose la voussure externe encadrant l’arcade principale et la forme des cinq écussons armoriés conservés (armoirie 1-5) invitent, à mon avis, à en anticiper la chronologie au dernier quart du XIIIème siècle. Partiellement endommagées, la tête d’homme et celle de femme semblent en effet ressentir de la sculpture parisienne de la seconde moitié du XIIIème siècle, dont le portail de la cathédrale de Poitiers offre un témoignage local, tandis que la forme et les proportions des écus, encore très allongés et presque triangulaires, trouvent une comparaison dans le double décor héraldique peint dans l’ « hôtellerie » de l’abbaye de Nanteuil-en-Vallée, que l’on vient de dater entre la fin du XIIIème siècle et les premières années du XIVème (Ferrari 2016).

Enfeu armorié, détail d'une console sculptée en forme de tête feminine. Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept.

Enfeu armorié, détail d’une console sculptée en forme de tête féminine. Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept.

L’identification des armoiries pourrait conduire à la définition d’une datation plus exacte. Toutefois, l’état fragmentaire de conservation des écus peints en entrave la correcte lecture. Seulement une armoirie est en effet bien conservée (armoirie 2) : un burelé d’argent et de gueules que l’on pourrait attribuer aux Lusignan-La Marche sur la base d’une suscription tardive dans l’Armorial Le Breton  (Armorial Le Breton, p. 37). Toutefois, les éditeurs modernes de l’armorial ont démontré que cette identification est très probablement erronée et que l’armorie reproduite dans le manuscrit, et donc dans notre enfeu, pourrait plutôt appartenir à la famille Brisay (De Boos 2004, p. 207, num. 669), possessionnée entre Poitou et Touraine (Beauchet-Filleau 1891, p. 787-788). Sur la partie gauche de l’arcade un deuxième écusson est encore visible, même si dans un état très lacunaire (armoirie 1) : des traces de couleur rouge en chef et des fragments noir sur un fond blanc dans la partie centrale laissent envisager qu’il s’agisse de l’armoirie des Vivonne, seigneurs du lieu, qui portaient d’hermine au chef de gueules. L’association des deux armoiries ne paraît pas incohérente, même si aucun lien direct entre les deux lignages est pour le moment documenté.

Écus aux armes Lusignan-La Marche. Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept, enfeu.

Écus aux armes des Brisay (?). Vivonne, église Saint-Georges, bras nord du transept, enfeu.

Si la composition du cycle invite à trouver un lien entre les deux écussons placés au milieu de l’arcade, aucune alliance et aucun rapport féodal sont à ce moment connu entre les deux lignages. L’interprétation des armoiries qui complètent la série du côté droit demeure encore plus énigmatique. La première (armorie 3)d’or, à quatre pals de gueules, à trois ( ?) fasces vivrées de sable brochant sur le tout – rappelle l’armoirie des Cléret, famille poitevine qui portait d’or à deux fasces vivré de sable (Petitet 1911, p. 41). La deuxième (armoirie 4) présentait deux ou trois fasces vivrées de gueules sur un fond qui à l’origine était probablement d’argent (l’azur actuellement visible semble produit par une altération de la couche picturale, peut-être imputable à l’humidité de la pierre). Nous rappellerons alors qu’un écu à deux fasces vivrées était gravé sur le sceau de Hugues de Prissay en 1285 (Eygun 1938, p. 241, n. 568).

Auteur : Matteo Ferrari

Pour citer cet article

Matteo Ferrari, Vivonne, église Saint-Georges (enfeu), https://armma.saprat.fr/monument/eglise-saint-georges-enfeu-vivonne/, consulté le 17/10/2021.

 

Bibliographie sources

Armorial Le Breton, Paris, Archives Nationales, ms. MM684/L-AE/I/25/6.

Bibliographie études

H. Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, t. 1, Poitiers 1891.

R. Petiet, Armorial poitevin : liste alphabétique des familles nobles ou d’ancienne bourgeoisie habitant ou ayant habité le Poitou, Niort-Paris 1911.

F. Eygun, Sigillographie du Poitou jusqu’en 1515, Poitiers 1938.

S. Painter, « The lords of Lusignan in Eleventh and Twelfth Centuries », dans Speculum, 32, 1, 1957, p. 27-47.

E. De Boos et al. (éd.), L’armorial Le Breton, Paris 2004.

M. Roger, « F. Jean de Vivonne, prieur d’Aquitaine (1421-1433) », dans Templiers et Hospitaliers (XIVe-XVe siècles) (Revue historique du Centre-Ouest, 7, 2, 2008), Poitiers 2009, p. 287-400.

M. Ferrari, « France et Castille. Les décors héraldiques de l’« Hôtellerie » de l’abbaye de Nanteuil-en-Valée (Charente) », dans T. Hiltmann, M. Metelo de Seixas (dir.), Heraldry in Medieval and Early Modern State-Rooms, actes du colloque (Münster, 16-18 mars 2016), sous presse.

 

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Eglise Saint-Georges, enfeu. Vivonne. Armoirie Vivonne (armoirie 1)

D'(hermine) au chef de gueules.

  • Attribution : Vivonne, famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Transept (bras nord) ;
  • Emplacement précis : Enfeu ; Mur pignon ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1276-1300 ;
  • Dans le monument : Vivonne, église Saint-Georges (enfeu)

Eglise Saint-Georges, enfeu. Vivonne. Armoirie Brisay (armoirie 2)

Burelé d’argent et de gueules.

  • Attribution : Brisay (Brizay), famille ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Transept (bras nord) ;
  • Emplacement précis : Enfeu ; Mur pignon ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1276-1300 ;
  • Dans le monument : Vivonne, église Saint-Georges (enfeu)

Eglise Saint-Georges, enfeu. Vivonne. Armoirie inconnue (armoirie 4)

D’argent (?) à trois (?) fasces vivrées de gueules.

  • Attribution : Armoirie inconnue ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Transept (bras nord) ;
  • Emplacement précis : Enfeu ; Mur pignon ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1276-1300 ;
  • Dans le monument : Vivonne, église Saint-Georges (enfeu)

Eglise Saint-Georges, enfeu. Vivonne. Armoirie inconnue (armoirie 3)

D’or, à quatre pals de gueules, à trois ( ?) fasces vivrées de sable brochant sur le tout.

  • Attribution : Armoirie inconnue ;
  • Position : Intérieur ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Transept (bras nord) ;
  • Emplacement précis : Enfeu ; Mur pignon ;
  • Support armorié : Intrados d'arc ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Peinture murale ;
  • Période : 1276-1300 ;
  • Dans le monument : Vivonne, église Saint-Georges (enfeu)

Recherche

Menu principal

Haut de page