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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Crissay-sur-Manse, château

 

Le château de Crissay-sur-Manse, érigé au XVe siècle sur les fondations d’une forteresse du XIIIe siècle, est aujourd’hui presque entièrement en ruines. Édifié par la famille Turpin, il incarne non seulement la puissance des anciens propriétaires du lieu mais témoigne également de l’architecture castrale de la fin du Moyen Âge en Touraine. Les analyses dendrochronologiques réalisées à la fin du XXe siècle ont permis d’identifier deux phases principales de construction. L’une concerne le logis principal, le corps de bâtiment sud-ouest et la tour carrée située au sud-est du complexe fortifié : datée vers 1408-1411, elle a été réalisée sous l’impulsion de Lancelot Turpin, décédé en 1414. L’autre, datée vers 1496, a été exécutée à l’initiative de Jacques Ier Turpin († 1504) et concerne la reconstruction de la façade nord du logis et l’aménagement de la grande salle située au premier étage (Charenton-le-Pont, MAP, D/1/37/14-24, réf. MH PA00097720 [réf. Mérimée IA37000437], p. 1). Chambellan de Louis XI, Jacques Ier put faire réaliser ce nouveau chantier probablement grâce à la généreuse dot apportée par son mariage avec Louise de Blanchefort (Meyer 2000, p. 276). La construction de la chapelle castrale ainsi que la galerie voûtée d’ogives reliant le corps de logis au mur d’enceinte ouest auraient été réalisées entre 1507 et 1510 (Charenton-le-Pont, MAP, D/1/37/14-24, réf. MH PA00097720 [réf. Mérimée IA37000437], p. 1) à l’initiative de Jacques II Turpin (v. 1491-v. 1551) (Meyer 2000, p. 276). En tant que fils et successeur de Jacques Ier Turpin, le seigneur de Crissay a également financé, avec son épouse Catherine du Bellay († 1529), la construction de la chapelle seigneuriale de l’église paroissiale de Crissay-sur-Manse, où se trouvent certains monuments funéraires de la famille ornés des armoiries des défunts.

Crissay-sur-Manse, château, vestiges de la galerie (© Région Centre – Inventaire général, ADAGP).

En dépit de l’état avancé de délabrement des corps de bâtiment, l’ancien décor héraldique et emblématique du château de Crissay-sur-Manse peut être partiellement reconstitué sur la base des rares éléments subsistants. Les seuls éléments armoriés conservés se trouvent dans la galerie à deux travées, aujourd’hui presque entièrement détruite, que l’érudit Quincarlet qualifiait de manière inappropriée de cloître dans le récit de sa visite du château effectuée à la fin du XIXe siècle (Quincarlet 1880, p. 300). Nous devons en réalité imaginer que cette structure, couverte par des voûtes d’ogive et ouverte sur la cour du château par des arcades, avait une fonction de porche servant de passage extérieur entre les parties est et ouest du château. Au moins quatre écussons armoriés, dont trois seulement conservés, ornaient le mur de fond de cette galerie, sculptés en saillie et incrustés directement dans le parement (armoiries 1-4). Chacune des deux travées devait présenter deux écus accolés, dont les armoiries qui y étaient figurées nous restent malheureusement inconnues, puisqu’elles avaient été déjà grattées avant le passage d’Edouard Quincarlet. Il est cependant plausible que chaque travée comportait les armes accolées du couple seigneurial, celles du mari à dextre et celles de la femme à senestre, conformément à un schéma bien établi dans l’héraldique monumentale. Ainsi, dans l’une des travées, les armes de Jacques II Turpin, à qui la construction de cette galerie est attribuée, auraient pu figurer à côté de celles de sa première femme, Catherine du Bellay († 1529) qu’il épousa en 1514, soit quelques années après la construction de la galerie (Racines & histoire, pl. 4). Dans l’autre travée les armes de Jacques II auraient pu être alors associées à celles de sa deuxième femme, Isabelle Chabot, qu’il épousa en 1532 (ibid.). Si notre hypothèse est correcte, cette série héraldique aurait été donc commanditée par Jacques II Turpin postérieurement à la construction de la galerie pour signifier ses alliances. À ce propos, nous rappellerons que l’utilisation de la galerie comme support pour les représentation des liens familiaux du commanditaire est un phénomène observable dans plusieurs autres édifices de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, comme nous pouvons le constater, par exemple au château de Fère-en-Tardenois, où les armes d’Anne de Montmorency sont représentées. Malheureusement, dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de pouvoir vérifier ces hypothèses.

Crissay-sur-Manse, château, cheminée de la grande salle du logis (© Région Centre – Inventaire général, ADAGP).

Il est par ailleurs possible que cette mise en signe héraldique du château était renforcée par d’autres ornements renvoyant, de manière plus allusive, aux armes des Turpin. C’est le cas de certains détails du décor de la grande salle au premier étage du logis. Divisée ultérieurement dans sa hauteur par un faux plafond dont les poutres en bois restent encore en place (Meyer 2000, p. 276), elle est surnommée « chambre rouge » en raison de la couleur des peintures murales ornant les poutres et le linteau de la cheminée monumentale. À l’extrémité de la salle, une cheminée est encadrée par des colonnettes et surmontée de petites tourelles couronnant un édifice fortifié, dont les créneaux semblent porter des archères. Au registre inférieur, une frise présente des décorations désormais effacées, ne laissant visibles que des formes ovales soutenues par des rubans ou des cordelières. En revanche, le registre supérieur, bien que partiellement gratté, révèle une succession de losanges entourés de cordelières ou de rubans avec des traces de peintures dorés. Puisque les cheminées des grandes salles des châteaux princiers de la fin du Moyen Âge constituaient des emplacements privilégiés pour le déploiement d’un discours héraldique (voir le château de la Motte à Chalandray), il n’est pas exclu que les losanges figurant sur la cheminée du manoir de Crissay-sur-Manse faisaient allusion aux armoiries des Turpin.

Crissay-sur-Manse, château, cheminée de la grande salle du logis, détail de l’ornementation avec des losanges (et des pommes de pin ?) (© Région Centre – Inventaire général, ADAGP).

Les losanges de leurs armes étant de gueules et d’argent, il faudrait alors imaginer que le fond n’était pas rouge mais peint de la couleur bleu que l’on distingue encore à certains endroits (seule une analyse stratigraphique fine des couches picturales pourra cependant permettre de dirimer la question). Quant à elles, les tours sculptées sur cette même cheminée pourraient évoquer le nom des seigneurs Turpin – auquel fait aussi allusion le cimier familial en forme de tour que nous trouvons représenté dans la litre de l’église de Crissay-sur-Manse –, à l’instar de celles que nous trouvons dans l’encadrement d’une autre cheminée, en mauvais état, située dans une salle dans la partie sud-ouest du corps de logis. Cependant, la valeur emblématique de cet élément du décor n’est pas assurée. En effet, il n’était pas rare, à la fin du XVe siècle, de voir des cheminées couronnées d’ornements rappelant l’architecture défensive de l’époque, comme en témoigne la cheminée de la grande salle du château de Langeais en Touraine, datée des années 1465 (base POP). Même si l’interprétation de l’ornementation de la cheminée du château de Crissay-sur-Manse reste donc à préciser, ce rapprochement confirme la datation de cet élément à l’époque de la seconde campagne de construction de la grande salle, initiée par Jacques Ier Turpin à la toute fin du XVe siècle.

Auteur : Sarah Héquette

Pour citer cet article

Sarah Héquette, Crissay-sur-Manse, château, https://armma.saprat.fr/monument/crissay-sur-manse-chateau/, consulté le 19/06/2024.

 

Bibliographie études

Carré de Busserolle Jacques-Xavier, Dictionnaire géographique historique et biographique dIndre-et-Loire et de lancienne province de Touraine 2 , Tours 1879 (Mémoires de la société archéologique de Touraine, 31).

Quincarlet Edouard, « Une excursion à Crissay (19 avril 1882) », Bulletin de la Société archéologique de Touraine, 5, 1880, 290-302.

Meyer Christiane, « Présentation de Crissay-sur-Manse », Bulletin de la Société archéologique de Touraine, 46, 2000, 269-280.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Crissay-sur-Manse, château. Armoirie perdue (armoirie 1)

De…

  • Attribution : Armoirie perdue
  • Position : Intérieur
  • Étage : Rez-de-chaussée
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Pierre sculptée
  • Structure actuelle de conservation : Pièce disparue
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1501-1525 ; 1526-1550
  • Dans le monument : Crissay-sur-Manse, château

Crissay-sur-Manse, château. Armoirie vierge (armoirie 2)

De…

  • Attribution : Armoirie effacée ; Armoirie bûchée ; Armoirie vierge
  • Position : Intérieur
  • Étage : Rez-de-chaussée
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Pierre sculptée
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1501-1525 ; 1526-1550
  • Dans le monument : Crissay-sur-Manse, château

Crissay-sur-Manse, château. Armoirie vierge (armoirie 3)

De…

  • Attribution : Armoirie effacée ; Armoirie bûchée ; Armoirie vierge
  • Position : Intérieur
  • Étage : Rez-de-chaussée
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Pierre sculptée
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1501-1525 ; 1526-1550
  • Dans le monument : Crissay-sur-Manse, château

Crissay-sur-Manse, château. Armoirie vierge (armoirie 4)

De…

  • Attribution : Armoirie effacée ; Armoirie bûchée ; Armoirie vierge
  • Position : Intérieur
  • Étage : Rez-de-chaussée
  • Pièce / Partie de l'édifice : Galerie
  • Emplacement précis : Mur
  • Support armorié : Pierre sculptée
  • Structure actuelle de conservation : In situ
  • Technique : Sculpture en pierre
  • Période : 1501-1525 ; 1526-1550
  • Dans le monument : Crissay-sur-Manse, château

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