Charenton-le-Pont, château de Conflans
Situé à quelques kilomètres seulement au sud du château royal de Vincennes, le manoir de Conflans a été hérité par Mahaut d’Artois († 1329) de son père, Robert II. Dans cette résidence, totalement rasée au cours du XXe siècle, la comtesse d’Artois et de Bourgogne fit réaliser d’important travaux entre 1314 et 1320 (Hartmann 1909, p. 30-36). Composé à l’origine d’un logis central abritant les chambres et d’une chapelle, située près du porche d’entrée et déjà restaurée et agrandie par Robert II, le manoir est agrandi par la construction d’une grande salle et d’une tour carrée. Dans cette dernière, flanquée par des tourelles, Mahaut installa sa chambre (Balouzat-Loubet 2015).
Les aménagements effectués par Mahaut concernent aussi l’ornementation des espaces intérieurs. Les œuvres de peinture commanditées le 20 juin 1320 pour décorer une galerie du manoir sont célèbres, même si elles ont été perdues (Mérindol 2013, p. 199 ; Le Deschault de Monredon 2015, p. 135). Les sources écrites attestent que les fresques représentaient le comte d’Artois « armoiez des armes du dit conte » (armoirie 1) en compagnie d’autres chevaliers dont le document ne précise pas l’identité. Ceux derniers étaient accompagnés d’écus chargés de leurs armoiries représentées avec précision (armoiries 2-?). À ce but, le marché passé avec le peintre Pierre de Bruxelles, qui avait déjà réalisé les peintures de la grande salle du manoir (Hartmann 1909, p. 31), précisait qu’il fallait faire des recherches pour documenter la forme des armoiries que ces personnages avaient portées de leur vivant : « et enquerra l’en queles armes il portoient ou temps qu’il vivoient » (Demay 1875, p. 237-239 ; Dehaisnes 1886, t. 1, p. 229-230). Il est impossible aujourd’hui d’établir si les personnages étaient dotés d’écus portant leurs armes ou si ceux-ci étaient plutôt insérés dans une frise qui encadrait une scène représentant un événement historique, comme l’on voit dans d’autres décors contemporains. En effet, d’après le marché passé avec le peintre, la peinture présentait également une scène dans laquelle des vaisseaux transportant des hommes armés traversaient la mer sur des embarcations (Dehaisnes 1886, t. 1, p. 229-230). Pour cela, il a été proposé que la peinture mettait en scène l’expédition navale conduite par Robert II d’Artois, père de Mahaut, en Sicile (1282) (Victoir 2010, p. 175).
Comme les fragments des peintures murales retrouvés dans l’ancien palais d’Étampes, les peintures perdues de Conflans attestent l’affirmation, au début du XIVe siècle, de la représentation d’événements historiques, parfois liés aussi à l’actualité, dans l’ornementation des demeures princières et aristocratiques. Dans ces peintures, une attention particulière était justement consacrée aux détails héraldiques, seuls éléments visuels qui pouvaient facilement donner des indices pour identifier à la fois les personnages et les épisodes représentés.


