Civaux, tour au Cognum
Nommée dans le texte à partir de 1443 (Crozet 1971, p. 195), la Tour au Cognum (ou aux Cognons, du nom de la famille des Connienses qui en avait eu le contrôle en première au XIe siècle : De Huart 1887, p. 444 ), s’élève sur la rive gauche de la Vienne en face du village de Civaux. À l’origine la structure fortifiée se composait de la grand tour carrée : datée de l’XIe siècle, elle est considérée « un des exemples, les plus précoces et les plus simples, des donjons romans de l’Ouest » (Durand, Andrault 1995, p. 353). Relevant de la baronnie de Calais, dans la Basse-Marche, la châtellenie de la Tour au Cognum s’étendait aux paroisses de Lussac, Persac et Moussac (Huart 1887, p. 433).
Comme pour d’autres nombreuses forteresses de la région, l’édifice fut renouvelé vers la fin du XVe siècle, c’est-à-dire après la conclusion de la guerre de Cent Ans. Les espaces résidentiels de la tour furent réaménagés avec l’ouverture de grandes fenêtres, la construction d’une grande cheminée (dont il ne resterait qu’un piédroit) et la création d’un nouveau logis adossé à la tour, désormais en ruine (Baudry 2001, p. 294-295 ; ead. 2011, p. 231).
De cette phase de réfection daterait le portail qui actuellement constitue l’entrée du logis collé à la tour, du côté de la route départementale. La porte est surmontée par une accolade formée par des moulures à section ronde, fréquentes au XVe siècle, qui poursuivent tout au long des piédroits, et ornée par un écu armorié (Le patrimoine 2002) à sept fleurs de lis, disposées trois, deux, deux (armoirie 1a). Une deuxième armoirie est sculptée dans le tympan d’une autre porte, elle aussi ouverte dans l’enceinte de la propriété sur le côté rue (armoirie 1b). Il s’agit clairement d’un remploi d’une architrave attenante à une porte plus ancienne. La surface de la pièce a été érodée par les agents atmosphériques et présente quelques fractures. Dans le bouclier nous arrivons quand même à reconnaître la présence de plusieurs fleurs de lis disposées sur trois rangées.
Si l’armoirie qui apparaît sur la première porte pourrait bien dater de l’époque des travaux de restauration, cette dernière semble plus ancienne, pour la forme allongée de l’écu, aussi que pour la présence d’éléments anthropomorphes déployés dans l’ornementation du cadre supérieur et de la petite accolade placée juste en dessus de la pointe de l’armoirie. Une datation comprise entre la seconde moitié du XIVe siècle et le premier quart du XVe nous semblerait donc plausible.
La ligne en relief qui encadre les deux armes devra être interprétée comme un expédient adopté par le sculpteur pour mettre en valeur l’armoirie plutôt comme une bordure, éventuellement introduite avec la fonction de brisure de l’enseigne familiale. S’identification de cette armoirie demeure incertaine, il sera intéressant de signaler que la famille Saint-Savin, qui eut la seigneurie de la Tour au Cognum dès le début du XIV siècle (Huart 1887, p. 444), portait « d’azur à la fasce ondée d’argent accompagnée de 5 fleurs de lys de même, 3 en chef et deux en pointe » (ibid., p. 444, note 1).





