Mauprevoir, château de la Rude-Paille
Le château de Mauprevoir se trouve à la limite septentrionale du village homonyme, au début de la route qui mène à Charroux. La forteresse trouve plausiblement son origine à la fin du XIIe siècle. Une seigneurie de Mauprevoir est en effet mentionnée une première fois dans un document de 1179. Appartenant à l’époque à un certain Audebert Vignier, au XIIIe siècle elle relevait du comte du Poitou. Donnée en 1315 par les frères Bernard et Faydit de Mons – l’un écuyer, l’autre clerc – à l’abbé de Charroux, leur oncle, et aux moines de son abbaye (Don Fonteneau t. 18, p. 52 et t. 4, p. 415 : Brouillet 1865, p. 32), elle fut administrée conjointement par la famille de Mons et les religieux de Charroux dans la première moitié du siècle (Durand, Andrault 1995, p. 379). Ensuite, en 1354, la terre de Mauprevoir fut remise par les mêmes religieux à Claire de Lezay, dame de Mauprevoir. Finalement vendue en 1359 à Jean la Personne, vicomte d’Aulnay (Brouillet 1865, p. 33), en 1447 cette seigneurie fut rachetée par Jean Chaperon, abbé de Charroux, à Perrette de Villiers.
L’abbé s’installa ainsi dans le châteaux (Bernard et al. 2001, p. 213), qu’il fit réaménager à l’instar du cloître de l’abbaye qu’il présidait (1444-1474). C’est à lui qu’il faut attribuer l’essentiel du château actuel (Lavault 1983, p. 128), comme le révèlent ses armes sculptées à l’entrée de la forteresse. Elles apparaissent en dessus des mâchicoulis qui couronnent la tour à la droite du pont-levis (armoirie 1), dans le coin entre la tour et le mur qui surmonte l’entrée du château. Il est possible qu’elles étaient aussi représentées dans le tympan de la porte d’entrée de la tourelle d’escalier, dont les formes semblent convenir à une datation à la seconde moitié du XVe siècle (armoirie 3), mais le relief a été bûché.
Au-dessus de la porte d’entrée du pont-levis se trouvent en revanche les armes écartelées d’un autre abbé, accompagnées par une crosse et une mitre (armorie 2). La forme de l’écu et l’ornementation qui l’encadre dénoncent une datation bien plus tardive de la pierre, encastrée dans la maçonnerie dans une phase successive à son complètement.
L’armorie est plutôt abimée et sa lecture résulte difficile. Le relevé de Pierre-Amédée Brouillet (1865, pl. 9) est donc essentiel pour en reconstruire les formes. Nous reconnaissons ainsi au premier quartier les armes des seigneurs de La Roche-Jaubert (ou Joubert) : d’azur à une fasce d’or accompagnée de six fleurs de lys de même, trois en chef et trois en pointe (Beauchet Filleau 1966, t. 5, p. 266). Cette famille monopolisa le titre abbatial de Charroux pour presqu’un siècle avec Pantaléon (1561-1588) – fils de Golfier de la Roche-Jaubert et de Héliette ou Liette de Cumont –, François (1588-1614), son neveu – fils de Robert, frère de Pantaléon, et de Françoise de Saint-Jean – et Jean II (1614-1635) (De Courcelles 1820, p. 373-374). D’après Brouillet (1865, p. 32) l’armoirie était accompagnée par une inscription, en partie effacée, avec le millésime 1477. Au moins que cette dernière ne soit liée à un écu armorié disparu, il faudra peut-être corriger la lecture en 1577 et, donc, attribuer le relief armorié à Pantaléon de la Roche-Jaubert.








