Ayron, château
Relevant de la châtellenie de Montreuil-Bonin, les seigneurs d’Ayron résidèrent dans le château surplombant la vallée de la Vendelogne qui, construit au XVe siècle sur les vestiges d’une forteresse plus ancienne, associait une fonction défensive à une résidentielle (Le patrimoine 2002, t. 2, p. 1065-1066). Les tours d’angle et les quelques archères encore visibles – celles-ci transformées en canonnière depuis – témoignent d’une utilisation militaire qui ne doit pas avoir été totalement omise même après la rénovation de la structure. La disparition d’une partie des éléments de défense de la forteresse, notamment d’un trait de la courtine nord et de celle ouest, rend toutefois moins évidente l’évaluation de sa dotation militaire, notamment de celle du côté vers le village, le plus exposé à des attaques éventuelles.
Ouvertes aussi vers l’extérieur de la courtine (côté sud), les grandes baies à meneaux en croix, typiques de l’architecture civile flamboyante, témoignent pourtant que les travaux réalisés au XVe siècle avait visé surtout à transformer le château en un lieu de résidence conforme à la mode de l’époque (Andrault 1995, p. 180). Cette intention est attestée par l’encadrement bien travaillé des baies, avec des colonnettes prismatiques s’appuyant sur des bases arrondies, par les crochets et les autres éléments sculptés (un lion) qui ornent le rampant nord du logis, par les figures en relief qui apparaissent à l’intérieur des accolades côté cour. C’est le cas de l’être monstrueux – mi homme et mi serpent ? – sculpté dans l’accolade qui orne la fenêtre surplombant la porte d’entrée du logis.
Cette dernière donne accès à l’escalier desservant les étages du corps résidentiel et, comme d’habitude pour l’époque, est ornée d’un écu qui devait porter à l’origine les armes des propriétaires (armoirie 1). L’écu est réalisé en relief au milieu du tympan dessiné par les modénatures en forme d’accolade ornant la partie supérieure de la porte, à l’intérieur d’un encadrement polylobé. Si des feuillages et un escargot ornent les montants de la porte, il nous surprend de voir que juste au-dessus de l’écu, presqu’en guise de cimier, se trouvait un petit personnage : assis sur la pointe de l’accolade la plus interne, il appuie ses pieds sur le profil supérieur du bouclier. Martelé par la suite, ce personnage résulte aujourd’hui indéchiffrable.
Le même traitement a été réservé à l’écu armorié, soigneusement bûché probablement à la Révolution. Il est donc impossible de déterminer quelle armoirie y était représentée. Trois familles ont eu possession de cette châtelaine entre la fin du Moyen Âge et la Renaissance (Andrault 1995, p. 180) : la famille d’Ayron, de laquelle seraient issus Aimery et Michel, maires de la ville de Poitiers entre 1352 et 1463 (Thibaudeau 1840, p. 375), les Rivault et les Jouslard des Ombres (Beauchet-Filleau 1968, p. 334), dont Philippe fut maire de Poitiers en 1596 (Thibaudeau 1840, p. 409). La forme allongée de l’écu est typique des la fin du XVe siècle et du début du XVIe et trouve plusieurs comparaisons possibles dans la région (église de Chaunay). Il est donc plausible que l’écu en question portait à l’origine les armes des Rivault, qui ont tenu la seigneurie d’Ayron du milieu du XVe siècle jusqu’à 1577, notamment Pierre ou Jacques qui en ont été les seigneurs entre la fin du XVe siècle et les premières années du XVIe (Labande-Mailfert 1986, p. 173).




