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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Céré-la-Ronde, château de Montpoupon

D’abord forteresse, le château de Montpoupon situé dans la commune de Céré-la-Ronde en Touraine historique, domine la vallée du Cher depuis le Xe siècle (Fréal 1934 ; Vacquier 1928). Château fort édifié par Foulques de Nerra (v. 965-1040), comte d’Anjou, pour commander l’ancienne voie consulaire d’Aquitaine (aujourd’hui route nationale de Paris à Madrid), il subit par la suite de nombreuses transformations. De cette première période de construction, il ne reste que le soubassement du donjon principal, mis à jour en 1920, ainsi que les fondations de cet ancien château fort de forme rectangulaire, flanqué sur la façade nord de deux demi-tours rondes défensives (Ranjard 1994, p. 240). Passée entre les mains de la famille d’Amboise et devenue châtellenie au XIIIe siècle, Montpoupon déplora d’importantes destructions lors de la Guerre de Cent Ans et ce n’est qu’à partir de 1328 que la famille de Prie en prit possession et le reconstruisit.

Céré-la-Ronde, chateau de Montpoupon, poterne nord (© chateau de Montpoupon).

La construction de la demeure de la première Renaissance, encore visible aujourd’hui, est initiée vers 1450 par le conseiller de Charles VII, Antoine de Prie (v. 1399-1481), seigneur de Buzançais et de Montpoupon par son mariage avec Madeleine d’Amboise (v. 1415-1488) en 1431. Elle est édifiée sur les ruines du château du XIIIe siècle, dont le donjon cylindrique à l’angle nord-ouest a été préservé et modernisé en 1460 par Antoine, qui fait également construire une chapelle, détruite à la Révolution. Leur fils, Aymar de Prie (1453-1527), grand arbalétrier puis conseiller de François Ier qui participa à la conquête du royaume de Naples en 1495, fait bâtir vers 1515 le châtelet d’entrée d’inspiration italienne (Babelon 1989, p. 744). Les de Prie restent propriétaires du château jusqu’en 1763, date à laquelle il est racheté par le marquis de Tristan (1733-1820). A cette époque une grande partie de l’édifice est remaniée. Il passa ensuite entre les mains successives des de Farville (1836), des de la Motte Saint-Pierre (1857) et enfin des Louvencourt, propriétaires du château depuis 2005 (Fréal 1934, p. 29). Restauré complètement en 1920, il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis janvier 1966 (base Merimée).

Allège aux armes des De Prie. Céré-la-Ronde, chateau de Montpoupon, poterne.

Les armoiries des propriétaires de ce manoir marquent son architecture à l’extérieur, comme à l’intérieur. L’identité du propriétaire est tout de suite révélée par les éléments armoriés visibles sur la poterne d’entrée, par laquelle on pénètre dans la cour d’honneur. De style Renaissance, élevée par Aymar de Prie vers 1515, elle est constituée d’une tour carrée, percée au rez-de-chaussée d’une baie charretière en tiers-point accompagnée d’une porte à linteau droit (Ranjard 1994, p. 240). Entre deux échauguettes d’angle, en encorbellement, soutenues par des culs-de-lampe et coiffées de toits coniques, les fenêtres et lucarnes sont cantonnées de pilastres. Sur la façade donnant vers l’extérieur, à la verticale du portail d’entrée, l’une des fenêtres a son allège timbrée des armes des de Prie (armoirie 1). Déjà datée du début du XVIe siècle et considerée contemporaine de la construction de l’édifice, elle remonterait plutôt à la deuxième moitié du XVIIe siècle, au plus tôt. C’est en effet seule vers les années 1630-1640 que le système d’hachures introduit au début du siècle pour indiquer les couleurs dans les représentations héraldiques en noir et blanc se stabilise, d’abord dans l’imprimerie et ensuite dans la sculpture monumentale (Grellet 1895, Pastoureau 2008), comme nous pouvons le voir dans notre cas, où la rayoure verticale signifie le gueules, en conformité aux conventions.  Côté cour, la poterne est flanquée au nord-ouest d’une tourelle octogonale renfermant un escalier auquel on accède par une porte dont le linteau est également décoré d’un écu armorié (armoiries 2), en conformité à un usage très répandu à l’époque médiévale et à la Renaissance de marquer l’entrée principale d’un bâtiment par les armes de son propriétaire. Les armoiries sont placées sous une coquille Saint-Jacques inversée, exemple de la première Renaissance tourangelle. Déjà attribuées aux de Prie, elles présentent en réalité une armoirie partie, dont nous n’avons pas encore pu établir l’identité. Elles semblent contemporaines de celles représentées au-dessus du portail, comme le révèle la forme identique de l’écu et de la guirlande de fruits et de fleurs qui les encadrent, motif qui avait été introduit dans les représentations héraldiques par les ateliers Della Robbia au cours de la première Renaissance (Dionigi 2014).

Linteau aux armes d’un membre de la famille de Prie, Céré-la-Ronde, Château de Montpoupon, poterne (© Flickr).

Le château renferme d’autres armoiries plus tardives, datant des XVIIIe et XIXe siècles, des différents propriétaires du château. On retrouve une nouvelle fois les armes des de Prie (pilastre encadrant la troisième fenêtre de la dernière travée à l’est de la façade donnant sur la cour d’honneur), mais aussi des Tristan (au même endroit), d’Amboise (cheminée de la salle qui porte le nom de la famille), de France (cheminée de la salle à manger et cheminée de la chambre du Roi), et des de La Motte Houdancourt (cheminée du grand salon). Enfin, il semble que quelques pièces sculptées de l’édifice XVe-XVIe aient été déposé dans la chapelle aménagée au XIXe siècle avec parmi eux, les armes de la famille de Prie (La Motte Saint-Pierre 1971, chap. 4).

Auteur : Sarah Hequette

Pour citer cet article

Sarah Hequette, Céré-la-Ronde, château de Montpoupon, https://armma.saprat.fr/monument/cere-la-ronde-chateau-de-montpoupon/, consulté le 25/05/2022.

 

Bibliographie études

Babelon Jean-Pierre, Châteaux de France au siècle de la Renaissance, Paris 1989.

Fréal Vincent (dir.), Châteaux et manoirs de France  : région de  la Loire, v. 3, La Possonnière, Saint-Georges, la Chevalinière, Valmer, Pocé, Amboise, le Clos-Lucé, Château-Gaillard, Chanteloup, Chenonceaux, Chissay, Montpoupon, Genillé, Lestang, Montrésor, Valençay, Chaumont, Paris 1934.

Grellet Jean, « Les hachures héraldiques », Archives héraldiques suisses, 9, 1895, p. 24-30.

La Motte Saint-Pierre Thérèse de, Histoire de Montpoupon, ses suzerains, seigneurs et propriétaires, Château de Montpoupon 1971.

Pastoureau Michel, Noir. Histoire d’une couleur, Paris 2008.

Ranjard Robert, La Touraine archéologique : guide du touriste en Indre-et-Loire, Mayenne 1994 (éd. or. 1930).

Vacquier Jules, Les anciens châteaux de France. La Touraine : Azay-le-Rideau, Champigny-sur-Veude, Loches, Montpoupon, Paris 1928.

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Céré-la-Ronde, château de Montpoupon. Armoirie de Prie (armoirie 1)

De (gueules) à trois tiercefeuilles d'(or).

  • Attribution : Prie de famille ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : 2ème étage ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Façade ; Poterne ;
  • Emplacement précis : Fenêtre ;
  • Support armorié : Allège ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1601-1700 ; 1701-1800 ;
  • Dans le monument : Céré-la-Ronde, château de Montpoupon

Céré-la-Ronde, château de Montpoupon. Armoirie inconnue (armoirie 2)

Parti, au premier de… au lion de… à la barre de… brochant ; au deuxième, de… à deux bâtons noueux de… en sautoir accompagnés de quatre… de…

  • Attribution : Armoirie inconnue ;
  • Position : Extérieur ;
  • Étage : Rez-de-chaussée ;
  • Pièce / Partie de l'édifice : Poterne ; Tourelle d'escalier ;
  • Emplacement précis : Porte d'entrée ;
  • Support armorié : Linteau ; Linteau de porte ;
  • Structure actuelle de conservation : In situ ;
  • Technique : Relief en pierre ;
  • Période : 1601-1700 ; 1701-1800 ;
  • Dans le monument : Céré-la-Ronde, château de Montpoupon

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