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ARmorial Monumental du Moyen-Âge
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Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre et collégiale Saint-Michel et des Saints Innocents

 

L’église Saint-Pierre et la collégiale Saint-Michel et des Saints-Innocents sont situées à la frontière nord de l’arrondissement de Tours et sont classées au titre des Monuments historiques depuis 1912 (base POP). Les deux édifices ne forment en réalité qu’un seul et même ensemble, plus communément appelé collégiale de Bueil, dont les origines remontent aux XIe-XIIe siècles. Une charte de 1108 relate la donation de l’église de Bueil et des droits qui en dépendent par Hugues de Vaux, le premier seigneur de Bueil connu, à l’abbaye de Saint-Julien de Tours (Mabille 1863, num. 1278). L’édifice primitif, dont il ne subsiste que le mur septentrional de la nef de l’église Saint-Pierre, est transformé en 1394 lorsque Jean IV de Bueil (v. 1340-1405), seigneur de Bueil et ses frères Hardouin († 1439), évêque d’Angers, Pierre († 1414), seigneur du Bois, et Guillaume († 1415), seigneur de Valaines, fondent un collège de chanoines de l’ordre de Saint-Augustin. L’acte de fondation (vidimus du 28 avril 1445 : Bourassé 1855, p. 206) ordonne la destruction du chancel de l’église paroissiale pour édifier le nouveau chœur de la collégiale dédiée à Saint-Michel et aux Saints-Innocents. Dès lors, les célébrations sont faites au maître-autel du nouvel édifice, et non plus à celui situé dans l’église primitive, également détruit dans cette phase de travaux. Cependant, bien que la fondation de la collégiale ait été approuvée par le pape Clément VII, l’archevêque de Tours n’avait pas été consulté et de ce fait, Jean Bernard obtint du pape Nicolas V l’annulation de l’acte de 1394 (ibid., p. 185).

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre, vue de l’intérieur (mur nord de la nef).

En 1476, Jean de Bueil (v. 1404-1478) et sa femme Martine Turpin († 1480) obtinrent du pape Sixte IV une bulle pour l’érection d’un chapitre séculier composé de six chanoines, cette fois-ci avec le consentement de l’archevêque de Tours, Hélie de Bourdeuilles. Le seigneur de Bueil donna également à la collégiale tous les fiefs, terres et seigneuries qui leur étaient attachées, ainsi que les bénéfices et droits de justice qui lui appartenaient (Ranjard 1986, p. 225). L’historiographie de la collégiale de Bueil, particulièrement riche entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe (Bourassé 1855 ; Megret-Ducoudray 1875, p. 230-231 ; Carré de Busserole 1878, p. 456-466 ; id.1879, p. 159-160 ; Hucher [1876] ; Martinière 1909), fait de ce personnage le cinquième des seigneurs de Bueil, comte de Sancerre et grand Amiral de France. Cependant, Richard Famiglietti, grâce à de nouvelles découvertes archivistiques, a récemment reconsidère la filiation traditionnelle de la famille de Bueil en prouvant l’existence d’un Jean, seigneur de Bueil, qui n’avait pas été prise en compte dans les anciennes généalogies (notamment celles de Moréri et du Père Anselme) (Famiglietti 2018) : l’Amiral de France, Jean V, devient donc Jean VI (v. 1404-1478), aussi surnommé Fléau des Anglais car il avait combattu auprès de Jeanne d’Arc au Siège d’Orléans (1428-1429). C’est justement Jean VI qui, de son vivant, fit de la collégiale Saint-Michel et des Saints Innocents la nécropole familiale dans laquelle gisaient les effigies armoriées de ses proches.

L’église actuelle dédiée à Saint-Pierre, qui conserve des vestiges du marquage héraldique initial, est reconstruite à partir de 1480 sur l’emplacement de l’édifice roman par les seigneurs de Bueil et les habitants de la commune (Carré de Busserole 1878, p. 457). Consacrée en 1512 comme en témoigne une plaque inscrite au pilier du mur ouest de la nef, elle se compose d’une nef de plan carré, à deux vaisseaux, couverte de voûtes d’ogives. Enfin, en 1540, les travaux de la tour carrée de style Renaissance, à l’ouest, débutèrent (Martinière 1909, p. 248) en marquant ainsi la dernière étape de construction de l’église-collégiale, qui subit des destructions à la Révolution, touchant principalement les armoiries qui y étaient sculptées ou peintes.

Malgré cela, à son intérieur plusieurs éléments armoriés participant de la mise en signe originaire de l’édifice sont encore visibles, notamment sur les clefs de voûte de la nef et du bas-côté sud, portant des écussons dont l’orientation différent selon l’emplacement : si les pointes des écus du bas-côté sud et de celui de la deuxième travée du vaisseau central sont orientées vers l’est, celles des deux écus de la clef de voûte de la première travée du vaisseau sont dirigés vers le mur nord.

Clef de voûte ornée de deux écussons armoriés accolés. Bueil, église Saint-Pierre, bas-côté sud.

La clef de voûte de la première travée du bas-côté sud présente deux écus accolés : les deux ont été bûchés, probablement à la Révolution, et aucune trace d’armoiries n’est aujourd’hui visible sur leur surface (armoiries 1-2). Dans la deuxième travée du même bas-côté, la clef de voûte est chargée d’un écusson entouré d’un décor pseudo-végétal analogue à celui qui encadre les écus de la première travée. Malgré son état de conservation peu satisfaisant, il nous semble possible d’identifier les contours d’un lion et d’une étoile à huit raies posée en chef (armoirie 3), éléments hélas insuffisants pour identifier l’armoirie dont ils étaient partie.

Les deux travées qui composent le vaisseau principal de la nef sont en revanche ornées de deux clefs de voûtes armoriées portant encore des traces de polychromie rougeâtre, réalisée dans un style qui diffère des précédentes. Les ornements qui entourent les écus accolés de la clef de voûte de la première travée sont davantage soignés : avec fleurette, rinceau et une frise ornementale curviligne (armoiries 4-5). Les armoiries ont été bûchées mais l’on discerne encore sur l’écu de gauche ce qui pourrait ressembler à deux chevrons accompagnés d’une quintefeuille en pointe (armoirie 4).

Clef de voûte armoriée. Bueil, église Saint-Pierre, bas-côté sud.

Ces armes correspondraient à celles d’Antoine de Villeblanche, seigneur du Plessis-Barbe, qui était présent lors de la consécration de l’église en 1512 comme en témoigne l’inscription sur le mur du clocher (base POP) : « L’an mil V et douze, le premier jour d’août fut cette église consacrée et dédiée par reverend Père en Dieu Olivier évêque de Sydoine et étaient présents noble homme Antoine de Ville blanche, seigneur de Plessis Barbe, maître Jehan Guernadon, doyen et curé de céans et plusieurs autres. Priez Dieu pour les bienfaiteurs. Pater Noster Ave Maria ». Bien que les armes de l’écu de droite soient illisibles (armoirie 5), il est possible qu’elles appartinssent aux seigneurs de Bueil. En effet, il est probable que les personnes qui avaient financé la construction de l’église avaient obtenu le droit d’y exposer leurs armoiries, comme il arrivait régulièrement déjà à la fin du Moyen Âge. Malheureusement, dans les nombreuses archives des comptes des dépenses pour les travaux de l’église conservées (Bourassé 1855, p. 205-250) aucune mention d’armoiries n’est faite. A l’un des bienfaiteurs de l’église pourrait d’ailleurs avoir appartenu l’armoirie sculptées sur la clef de voûte située à la croisée de la deuxième travée du vaisseau central (armoirie 6) : très fortement dégradée, elle semble avoir été ornée d’un chevron. Il pourrait donc s’agir d’une deuxième armoirie d’Antoine de Villeblanche.

Litre funéraire aux armes de Bueil. Bueil, église Saint-Pierre.

Par ailleurs, le pilier du clocher qui sépare le vaisseau central du bas-côté sud présente, sur une pierre qui fait face à l’entrée seigneuriale, des vestiges emblématiques (armoirie 7). À droite de la dalle, l’on devine les contours d’un écu qui devait être autrefois peint (avec un collier d’ordre ?), tandis qu’à gauche, un personnage est sculpté en relief dans la pierre. Ce curieux élément n’a jamais été commenté dans les sources mais il est probablement un remploi de l’ancienne église romane. Quant à l’écu anciennement peint, il pourrait correspondre aux armes d’un seigneur de Bueil ou de la collégiale (écartelé de Bueil et d’Avoir) puisqu’il faisait face à l’entrée sud, c’est-à-dire à l’entrée seigneuriale. Enfin, les vestiges d’une litre seigneuriale du XVIe siècle sont encore visibles sur les parois de l’église (armoiries 8a-d).

Sceau Jean VI de Bueil 1437. Paris, BnF, ms. Fr. 27033, f. 100.

Les armoiries qui y été représentées ont disparues et il ne subsiste que quatre heaumes aux lambrequins cimés d’une tête et cou de cygne, dans lequel nous reconnaissons le cimier des seigneurs de Bueil, comme en témoigne de nombreux sceaux relevés par Gaignières, aujourd’hui conservés dans les Pièces Originales de la Bibliothèque nationale de France (Paris, BnF, ms. fr. 27033, pièces 57, 64, 99, 100, 148, 151 : base SIGILLA).

Auteur : Sarah Héquette

Pour citer cet article

Sarah Héquette, Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre et collégiale Saint-Michel et des Saints Innocents, https://armma.saprat.fr/monument/bueil-en-touraine-eglise-saint-pierre-et-collegiale-saint-michel-et-des-saints-innocents/, consulté le 27/05/2024.

 

Bibliographie études

Bourassé Jean-Jacques, « Notice Historique et archéologique sur l’ancienne église collégiale de Bueil », Mémoires de la Société archéologique de Touraine, 7, 1855, p. 183-250.

Carré de Busserole Jacques-Xavier, Dictionnaire géographique historique et biographique d’Indre-et-Loire et de l’ancienne province de Touraine, t. 1, Tours 1878.

Carré de Busserole Jacques-Xavier, Dictionnaire géographique historique et biographique d’Indre-et-Loire et de l’ancienne province de Touraine, t. 2, Tours 1879.

Famiglietti Richard C., Recherches sur la maison de Bueil, Providence 2018.

Hucher Eugène, Monuments funéraires epigraphiques, sigillographiques de la famille de Bueil, Paris [1876].

Mabille Émile, Catalogue analytique des diplomes, chartes et actes relatifs a l’histoire de Touraine contenus dans la collection de Dom Housseau, Tours 1863.

Martinière Louis R., « La Collégiale de Bueil et ses tombeaux », Mémoires de la Société archéologique de Touraine, 48, 1909, p. 243-286.

Megret-Ducoudray, « Notes sur les sirs de Bueil », Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. 3, 1875 (1877), p. 223-235.

Ranjard Robert, La Touraine archéologique : guide du touriste en Indre-et-Loire, Mayenne 1986 (éd. or. 1930).

Photographies du monument

Armoiries répertoriées dans ce monument

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie bûchée (armoirie 1)

De…

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie bûchée (armoirie 2)

De…

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie inconnue (armoirie 3)

De… au lion ? de… à une étoile à huit raies de… posée en chef.

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie Antoine de Villeblanche ? (armoirie 4)

De (gueules) au chevron d’(argent), chargé d’un chevron d’(azur) et accompagné de trois quintefeuilles d’(or) ?

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie bûchée (armoirie 5)

De…

Bueil-en-Touraine, église Saint-Pierre. Armoirie Antoine de Villeblanche (armoirie 6)

De (gueules) au chevron d’(argent), chargé d’un chevron d’(azur) et accompagné de trois quintefeuilles d’(or) ?

Bueil, église Saint-Pierre. Armoirie de Bueil ? (armoiries 8a-d)

(Ecartelé : aux 1 et 4 d’azur, au croissant montant d’argent, accompagné de six croix (ou croisettes) recroisettées, au pied fiché d’or (Bueil) ; aux 2 et 3, de gueules, à la croix ancrée d’or (Avoir) ; sur le tout, écartelé aux 1 et 4, d’or au dauphin d’azur, crêté, barbé, loré, peautré et oreillé de gueules (Dauphiné), aux 2 et 3, d’azur, à la bande d’argent accolée de doubles cotices potencées et contrepotencées d’or (Champagne-Sancerre)).

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