Berthegon, église Notre-Dame
Située aux marges de l’habitat de Berthegon, l’église Notre-Dame, anciennement soumise au chapitre de Sainte-Radegonde de Poitiers (Aubert 1888, p. 330), a été construite au XIIe siècle et subit plusieurs remaniements au cours des siècles. En 1370 elle fut fortifiée sous l’initiative de Jean de Razine et Aimery Paillart, écuyers chargés de la défense la forteresse de Berthegon contre les attaques des Anglais, mais toutes les œuvres réalisées à cette occasion furent détruites six ans plus tard par les villageois (Guérin 1888, DXCVIII, p. 414 ; Crozet 1942, p. 82). Un nouveau chantier fut lancé entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe. De cette époque daterait la construction des voûtes actuelles, soutenues par des nervures prismatiques.
Dotée d’une seule nef formée de quatre travées, sur la dernières desquelles s’ouvre une chapelle seigneuriale, l’église de Berthegon présente un chœur à chevet plat, percé par trois baies. L’accès à l’église se fait par le portail de la façade ouest : protégé par un porche ouvert sur la rue, il semble dater de la phase de reconstruction de l’édifice qui suivit la fin de la guerre des Cent Ans. Un écu carré avec pointe en accolade a été tardivement gravé sur la clef d’arc du portail, probablement au XVIIe-XVIIIe siècle (armoirie 1) : bûché et désormais illisible, il était timbré d’une couronne fleurdelisée. Il est donc plausible qu’il portait les armes du roi, plutôt que celles de la famille de La Touche (Le patrimoine des communes 2002, II, p. 673 ; fiche Association Parvis), et que pour cela il ait été abîmé à la Révolution.

Ecu (aux armes de France ?) timbré d’une couronne. Berthegon, église Notre-Dame, portail ouest.
Nous ne pourrions pas expliquer autrement la présence massive d’éléments armoriés bien conservés à l’intérieur de l’église, sans doute datant de la phase de reconstruction de l’édifice aux XVe-XVIe siècles. Les clés des voûtes des quatre travées de la nef sont en effet toutes ornées d’écussons armoriés (armoiries 2a-5), qui ont été curieusement répliqués au XXe siècle sur les stalles du chœur. Même s’ils ont été tous percés pour faire passer les câbles nécessaires à l’éclairage de l’édifice, ces écus armoriés sont encore parfaitement lisibles, à l’exception de celui de la quatrième travée (armoirie 5), dont la surface a été visiblement grattée. La clef de la première travée, la seule déjà signalée par Longuemar (1859-1861, p. 282), présente une armoirie au lion rampant couronné (armoirie 2a) qui a été déjà attribuée à la famille de la Touche (fiche Association Parvis), ayant cette famille originaire du Poitou porté une armoirie de ce type depuis au moins les années 1340 (Eygun 1938, p. 258, num. 679-681).
L’armoirie suivante, partie, serait en revanche à attribuer à un couple, dont l’époux appartenait à la famille de la Touche (armoirie 3), tandis que la troisième, chargée dans le canton senestre d’un écusson à la fasce (ou burelle) accompagnée d’un croissant (armoirie 4), appartiendrait à un membre de la famille qui reste malheureusement inconnu. Les armes au lion couronné se retrouvent en revanche sur un élément en relief encastré sur le mur pignon d’une chapelle ouverte sur le côté nord de l’église, probablement à l’origine fixé à un autre endroit de l’édifice (armoirie 2b). Nous remarquerons que les couleurs de l’armoirie ont été visiblement refaites sans tenir compte ni de la composition héraldique originaire, ni des règles du blason (le lion bleu est posé sur un fond de gueules !).

Ecu armorié (de la Touche ?). Berthegon, église Notre-Dame, chapelle latérale.
Pour terminer, les armes attribuées aux de la Touche sont également représentées sur la clef de voûte de la chapelle seigneuriale, ouverte en proximité du maître autel sur le côté sud de l’église (armoirie 2c). Même si la facture du lion semble suggérer une réalisation plus ancienne, le profil des nervures de la voûte, identique à celui des voûtes de la nef, fait croire que tous les éléments héraldiques aujourd’hui présents dans l’église appartiennent à la même phase. La mise en signe de la chapelle était complétée par deux écussons sculptés sur les culots soutenant les retombées des nervures de la voûte (armoiries 6-7) : aujourd’hui vierges, ils portaient vraisemblablement les armes des seigneurs, probablement peintes.












