Attainville, église Saint-Martin
L’actuelle église Saint-Martin d’Attainville a été construite dans les années 1570 (une clef de voûte dans le chœur porte le millésime 1574 : Terrasse 1922, p. 172) sur les vestiges d’un édifice plus ancien, documenté à partir du milieu du XIIe siècle. C’est à cette époque, en 1147, qu’une bulle de pape Eugène III confirme au monastère de Saint-Martin-des-Champs de Paris tous ses bénéfices et toutes ses propriétés, parmi lesquelles on comptait aussi l’« ecclesiam de Attenvilla cum decima » (ELEC – Cartulaires d’Île-de-France, Saint-Martin-des-Champs, t. 2, XI, doc. 265). Aucun vestige architectural n’est aujourd’hui visible de cet édifice primitif qui, consacré en 1529, menaçait déjà ruine en 1570 (Foussard et al. 2008, p. 50-52). Seulement une plate tombe atteste l’origine ancienne de l’église. Placée contre un mur latéral au milieu du XIXe siècle (Bigard 1929, p. 24), mais jadis située dans la nef, elle se trouvait « rejetée au seuil de la porte principale » de l’édifice quand Ferdinand de Guilhermy la vit dans les années 1870 (Guilhermy 1875, p. 463). L’historien et archéologue déplorait les conditions de conservation de cette tombe qu’il définissait en termes élogieux comme « une des plus belles que nous puissions offrir à nos lecteurs » (ibid.).

Dalle funéraire d’Ydoine d’Attaiville. Attainville, église Saint-Martin (Wiki).
La dalle fermait la tombe d’une dame représentée débout, les yeux ouverts et les mains unies dans le geste de la prière (Le patrimoine 1999, t. 1, p. 177). Habillée d’un manteau doublé de fourrure, qui indique son rang noble, elle est encadrée par deux colonnes surmontées par des chapiteaux corinthiens soutenant une arcade polylobée. Deux anges sont placés dans les écoinçons compris entre le gable et le bord extérieur de la plate tombe où une épitaphe a été gravée : « Ici gist madame / [I]doine dame D’Ateinville qui trespassa en l’an de grac/e M (et) DD (et) IIIIXX (et) V / le samedi après la Seint Martin deste priez pour lame ». Il pourrait s’agir d’Idoine dame d’Attainville, épouse de Félix Farjou, nommée dans un document de 1247 et propriétaire d’un moulin à Attainville (Grimot 1863, p. 361).

Plate tombe d’Idoine d’Attainville dans l’église Saint-Martin à Attainville, détail des armoiries (Guilhermy 1875, p. 462).
La femme est accostée de quatre écussons armoriés, aujourd’hui encore parfaitement lisibles, disposés sur deux rangées (armoiries 1-4). Nous pouvons les décrire en suivant l’ordre dans lequel ils sont disposés sur la base, vraisemblablement, de leur importance. Les armes de l’Isle-Adam sont facilement identifiable, en haut à gauche (dextre), à la place la plus honorifique (armoirie 1). De l’autre côté de la tête de la défunte se trouve un écusson losangé (armoirie 2) que Guilhermy accostait aux armes des Belloy (Guilhermy 1875, p. 463), mais que nous devrions plus probablement attribuer aux De la Queue, famille possessionnée dans le village tout proche de Montsoult (voir Paris, BnF, ms. Lat. 5462, p. 134 et les sceaux de la famille dans Sigilla). Ensuite, en bas à gauche (dextre) nous rencontrons un écu à trois ruches, que nous n’avons pas pu identifier (armoirie 3). La série est complétée par un écu bandé et portant un chef (armoirie 4) : il pourrait s’agir des armes des D’Attainville dont Ferry portait de… à trois bande de… au chef de… chargé d’un lambel (Paris, BnF, ms. Lat. 5462, p. 133 : Sigilla). Malgré les problèmes que l’identification des quatre armoiries pose, nous pouvons tout de même imaginer que l’ensemble héraldique évoquait l’identité des parents ou des ancêtres de la femme et/ou de son époux.







