Couhé, abbaye Notre-Dame de Valence
Située à une quarantaine de kilomètres au sud de Poitiers, sur les bords de la Dive et à proximité d’une voie de communication importante menant à Bordeaux, l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Valence aurait été fondée en 1230 par Hugues X de Lusignan, comte de La Marche et seigneur de Couhé (Gallia Christiana, t. 2, 1720, col. 1359). Construite autour d’une église imposante à trois vaisseaux, qui représente le premier grand chantier rayonnant de la région (Andrault-Schmitt 1999, p. 110), elle fut endommagée pendant les guerres de Cents Ans et de Religion (Brouillet 1865, p. 65 ; Lièvre 1869, p. 159). Depuis sa construction, le complexe monastique a fait l’objet de plusieurs interventions de restauration, d’aménagement et d’entretien : des travaux de fortification y furent notamment réalisés au XIVe siècle, puis entre la fin du XVe et le début du XVIe. Aux XVIIe-XVIIIe siècles des réparations importantes affectèrent l’église et les bâtiments conventuels (Andrault-Schmitt 1999, p. 102). Vendue comme bien national en 1791, l’abbaye servit de carrière pour la production de chaux. Du complexe, presque totalement rasé avant 1837, ne restent que quelques vestiges des édifices annexes (porterie, « grange », réfectoire …) (ibid., p. 102-107).
Entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe des travaux d’envergure furent commandités par Raoul du Fou, abbé de Valence de 1479 jusqu’à sa mort en 1511 (Gallia Christiana, t. 2, 1720, col. 1359-1360). Membre d’une famille éminente de la vie politique poitevine et figure exemplaire de l’évergétisme ecclésiastique de la première Renaissance, Raoul était depuis dix ans abbé commanditaire de la non lointaine abbaye de Saint-Junien de Nouaillé-Maupetuis, où il y fit réaliser d’importants travaux, tels la restauration de la sacristie ou la construction du logis abbatial, qu’il signa par l’apposition de son armoirie. Ses armes, associées à celles du roi et de la reine, furent sculptées également sur le portail du prieuré d’Availles, qu’il avait fait renouveler dans les mêmes années.
Dom Fonteneau témoigne que, dans l’abbaye de Notre-Dame de Valence, les armoiries de Raoul du Fou étaient visibles « en quantité d’endroits de l’église dedans et dehors », notamment sur les voûtes de l’église et sur les deux piliers qui soutenaient le clocher (Dom Fonteneau, t. 81, p. 207 : Crozet 1942, p. 171, doc. 665c ; Brouillet 1865, p. 285). Invisible sur le plan du XVIIIe siècle de l’abbaye, ce dernier surmontait peut-être la croisée du transept. Nous pouvons donc supposer que les armoiries de l’abbé étaient sculptés en relief, dans le premier cas (armoiries 1a-?), sur les clefs des voûtes des cinq travées de la nef – qu’il avait fait construire ou reconstruire – et, dans le deuxième, sur des culs-de-lampe ou directement sur les deux piliers soutenant une travée sous le clocher (armoiries 1b-c). La présence à ces endroits des armoiries de Raoul du Fou documentait donc la réalisation d’une restauration de l’église abbatiale dont l’abbé fut le promoteur, entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe.
Par le biais de l’héraldique, Raoul du Fou se présentait comme le nouveau fondateur de l’abbaye en plaçant ses armes à côté de celles des véritables fondateurs du monastère et de leurs successeurs immédiats (Lièvre 1869, p. 141), qui semblent avoir été également visibles dans l’abbaye : les Lusignan (armoirie 2) et les Mortemer (armoirie 3), seigneurs de Couhé par héritage de Jeanne de Lusignan, grand-mère de Roger IV de Mortemer († 1330). Les armoiries des deux familles sont mentionnées comme « gravées » à côté de celles de Raoul du Fou encore au milieu du XIXe siècle (Broullet 1865, p. 300). Malheureusement, nous n’avons pas d’indications sur leurs emplacement, même si nous pouvons présumer qu’elles étaient reproduites au moins sur des tombeaux.
Nous signalerons enfin que la fleur de lys qui ornait jadis le tympan de la porte gothique de la « grange » ne semble pas avoir eu une fonction héraldique ou emblématique. Élément récurrent du vocabulaire ornemental entre le XIIIe et le XVe siècle, elle avait peut-être une fonction symbolique de protection du bâtiment, comme le laisse penser le fait qu’on la retrouve même sur la porte d’une maison de Charroux.





