Lessay, abbaye Sainte-Trinité
L’abbaye bénédictine de Lessay fut fondée vers 1056 par Richard Turstin Haldup, baron de La Haye-du-Puits et par sa femme Emma, qui firent don à la communauté religieuse de tous leurs biens situés dans la paroisse Sainte-Opportune et dans ses environs. La charte de fondation fut confirmée en 1080 par Eudes au Capel – fils du couple et sénéchal de Guillaume le Conquérant – qui à sa mort, en 1098, fut inhumé dans l’église abbatiale (De Gerville 1825, p. 63-64). L’abbaye bénéficia par la suite d’autres donations importantes de la part d’autres membres de la haute noblesse normande, qui contribuèrent ainsi à la prospérité de la communauté religieuse aux XIe-XIIIe siècles (ibid., p. 65). La construction de l’église abbatiale commença en 1064, procédant d’est en ouest. Le chantier se poursuit pendant le XIIe siècle pour s’achever probablement avant 1178, date de la consécration de l’édifice (Baylé 2001). L’église est formée d’une nef de sept travées flanquée de deux bas-côtés et d’un transept saillant. Elle se prolonge dans un chevet culminant dans une abside en cul-de-four et communiquant avec les collatéraux. Les voutes du chevet et celles de la nef ont été couvertes de voûtes d’ogive dès l’origine (Lefèvre-Pontalis 1908).

Lessay, église abbatiale, nef.
Des travaux de restauration importants ont été réalisés entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, sous les abbatiats de Dom Pierre Leroy et de Guillaume de Guéhébert, pour réparer aux dégâts causés par les Anglo-Normands en 1356. Dans cette phase, les voûtes abîmées de la nef furent remontées en utilisant une grande partie des pierres employées dans l’édifice roman. La mise en commende de l’abbaye à la fin du XVe siècle en décréta le déclin. Seule l’installation des Mauristes en 1706 permit de redonner un certain lustre aux bâtiments, et notamment à l’église abbatiale qui fut rénovée. Transformée en paroissiale en 1791 et sauvée des pioches des destructeurs qui s’attaquèrent en revanche à une partie des bâtiments conventuels (reconstruits à l’époque moderne), l’église fut classée monument historique en 1840 (base POP). Restauré dans ses formes romanes, l’édifice fut lourdement endommagé pendant la retraite des allemands le 11 juillet 1944 : l’explosion des mines placées à son intérieur fit crouler les voûtes de la nef et des larges pans du bas-côté sud. Reconstruite à l’identique, récupérant les pierres de l’ancien bâtiment, l’église fut rendue au culte ne 1958 (Musset 1975, p. 169-205 ; Baylé 2001).

Lessay, église abbatiale, nef avant 1944.
Ces évènements traumatiques ont porté à la perte de la décoration de l’édifice qui, à l’époque médiévale, devait être bien plus orné qu’il n’apparaît aujourd’hui. Nous savons, par exemple, que les clefs des voûtes reconstruites à l’époque gothique étaient timbrées par des écussons sans doute jadis portant les armes des abbés qui avaient fait réparer la nef (De Gerville 1825, p. 67 ; Richomme 1841, p. 258). L’un d’entre eux était orné des armes de la famille Thieuville (armoirie 1a), que Charles de Gerville (ibid., p. 68) pouvait attribuer à Guillaume de Guéhébert, abbé de 1420/1423 à 1445 (Gosselin 2005), en raison des écus armoriés figurant sur son tombeau dans la chapelle Saint-Pierre (Richomme 1841, p. 258). Les armes des Thieuville sont d’ailleurs connues par d’autres sources médiévales, manuscrites (Coutances, BM, ms. 8, f. 41v) et sigillographiques (Paris, BnF ms. Latin 17025, f. 144 : Sigilla). À défaut de descriptions plus précises, il est aujourd’hui impossible de déterminer si d’autres clefs de voûte portaient les armes de cet abbé. Si les seules images que nous possédons de la nef avant sa destruction pendant la Guerre confirment en effet la présence d’autres écussons sculptés à cet endroit, elles nous ne permettent pas d’identifier les armoiries qui devaient les orner.

Lessay, église abbatiale, voûte de la nef avec clef armoriée.
De même, il est impossible de savoir quelles armes chargeaient le seul écusson qui orne encore la deuxième travée de la nef (armoirie 2). Replacé dans le cadre de la restauration d’après-guerre et probablement resculpté à cette occasion, l’écu présente aujourd’hui une surface totalement lisse.
D’autres indices prouvent en tout cas l’engagement de Guillaume de Guéhébert pour la réfection et la dotation de l’église abbatiale. Il paraît en effet que ses armes étaient également gravées sur un des culs de lampe de la nef (armoirie 1b), le seul d’après Léopold Quénault (1875, p. 75) à avoir été remplacé dans les travaux réalisés à l’époque gothique. Nous rappellerons enfin que le même abbé avait offert à sa communauté un candélabre en cuivre, probablement destiné au maître autel, sur lequel était gravé son nom (Renault 1860, p. 73).



