Montreuil-Bonin, château
Situé dans la vallée de la Boivre, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Poitiers, le château de Montreuil-Bonin apparaît dans les chartes au début du XIe siècle (Braudy 2001, p. 182), comme possession des comtes du Poitou qui en gardèrent directement le contrôle aussi par la suite (Crozet 1953, p. 507). Cédé par Philippe Auguste aux Montmorency, puis par Blanche de Castille aux Lusignan, il est récupéré par Alphonse de Poitiers qui le fit réparer. Ce dernier remit également en fonction l’atelier monétaire que Richard Cœur-de-Lion y avait installé. Forteresse stratégique pour surveiller une des voies d’accès à la ville de Poitiers, le château Montreuil-Bonin resta sous l’administration directe de la couronne et fut visé par les affrontements qui ont eu lieu pendant la guerre de Cent Ans. Occupé et incendié par le comte de Derby en 1346, récupéré par Charles V en 1372, il fut repris par les français en 1375, après une nouvelle parenthèse d’occupation anglaise. Comprise dans l’apanage de Jean de Berry, la forteresse revint à la couronne à la mort du duc en 1416. Ce fut sous le règne de Charles VII, en 1423, que Montreuil-Bonin fut finalement cédé à perpétuité à Laurent Vernon, capitaine écossais qui avait servi dans son armée, et à ses successeurs (l’aliénation du fief fut confirmée en 1441 : Crozet 1953, p. 508-509). Passé aux La Noue par le biais du mariage de Marguerite Théligny (fille d’Arthuse Vernon) avec François dit Bras-de-Fer, adhérant à la réforme, le château retrouva pour un certain temps une fonctionne militaire importante. En 1646, Marie de la Noue épousa Léonor-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer, dont la famille garda la possession du château jusqu’au XVIIIe siècle (ibid. ; Du Puis-Vaillant 1869, p. 249-258).

Montreuil-Bonin, chateau-châtelet d’entrée, façade nord.
Des vestiges imposants de la forteresse médiévale sont conservés en bon état. Ils dateraient, pour la partie la plus ancienne, de l’époque de Richard I (Braudy 2001, p. 192) ou, plus probablement, de celle de Philippe Auguste (Crozet 1953 ; Blomme 1993). Ces structures furent ensuite réparées par Alphonse de Poitiers dans les années 1245-1248 et en 1259, mais l’entité de son intervention demeure difficile à determiner (Bardonnet 1875, p. 130, 158, 203, 224 ; Id. 1879, p. 28). Ce fut Jacques Vernon qui fit en revanche construire le logis, qui exhibe des formes typiques du XVe siècle (le logis du XIIIe siècle se trouvait à l’angle sud-ouest de la forteresse), et intervient probablement aussi sur l’enceinte vers 1465 (Crozet 1942, p. 148, num. 581).
De cette époque, ou d’une phase d’un peu précédente, daterait aussi la façade du châtelet d’entrée, collée au devant d’une première structure plus ancienne (Braudy 2001, p. 187). À cette phase de réaménagement appartient l’écu encastré dans la partie supérieure de la façade du châtelet (armoirie 1) (Crozet 1953, p. 512), juste au-dessous des mâchicoulis qui couronnent la partie sommitale du mur compris entre les deux tours. Soigneusement gratté, il ne montre plus aucune trace de l’armoirie qu’il portait. La reprise de l’appareillage de cette partie de la façade laisse croire que sa mise en place fut réalisée lors d’une reprise de la structure, mais, à défaut d’une étude rapprochée du relief, il est impossible d’estimer si l’écu portait les armes du roi de France, propriétaire de la structure (l’hypothèse qui nous semble la plus crédible), celles de Jean de Berry, qui la détint entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, ou, encore, celles de Laurent Vernon.

Montreuil-Bonin, logis du château.
Sur le revers du châtelet, un autre écu est inséré dans l’appareillage juste au-dessous d’une petite fenêtre (armoirie 2). Tenu par deux putti ailés, il est encadré par deux bustes en relief, l’un d’un homme, l’autre d’une femme. Le millésime 1547, inscrit d’un côté et d’autre de l’armoirie, permet de dater l’ensemble qui, toutefois, pourrait ne pas avoir appartenu à l’origine à ce site (armoirie 3). En effet, l’armoirie ne correspond ni à celle des Vernon, ni à celle des La Noue (Crozet 1953, p. 513). Encore plus tardif est l’écu sculpté sur la lucarne du mur pignon nord du logis, aux armes mi-parties des De La Noüe et des Lannoy (de sinople à trois lions d’argent), timbré d’un heaume surmonté d’un cimier au col de cygne. Il s’agit sans doute des armes issues du mariage entre Odet de La Noüe († 1618), entre autres seigneur de Montreuil-Bonnin, et de Marie de Lannoy († 1620). La présence de l’heaume timbré du cimier laisse croire que l’armoirie n’identifiait pas Marie de Lannoy, mais avait été plutôt employée par Odet de La Noüe même, qui voulut ainsi mettre en avant le prestige du lignage de son épouse.






